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La «Passion selon saint Jean» ouvre les feux à la cathédrale

Au Festival Bach de Lausanne, le chef britannique Paul McCreesh et son orchestre les Gabrieli exhumeront le sublime oratorio du compositeur allemand, avec six écrans vidéo.

Paul McCreesh (en bas, à dr.) et les Gabrieli signaient déjà au Festival Bach la «Passion selon saint Matthieu» en 2011. DR
Paul McCreesh (en bas, à dr.) et les Gabrieli signaient déjà au Festival Bach la «Passion selon saint Matthieu» en 2011. DR

Affirmer que la «Passion selon saint Jean» de Jean-Sébastien Bach (1685-1750) est sublime ne fait pas verser dans l’hyperbole, loin de là. Pour le bonheur des mélomanes, l’œuvre qui met en musique la passion du Christ telle que décrite dans l’Évangile selon saint Jean, créée pour la première fois à Leipzig le Vendredi-Saint en 1724, sera jouée à la cathédrale de Lausanne, le 8 novembre en ouverture de la 22e édition du Festival Bach. En 2007, le chef de chœur vaudois Christophe Gesseney avait déjà réalisé dans ce haut lieu une version théâtralisée de l’oratorio – écrit à la base pour un quatuor ou un quintet de solistes, un orchestre et un chœur – en collaboration avec le metteur en scène Gérard Demierre. Une grande première dans ce style en Suisse romande, pour mieux «montrer la musique», disait le premier, remportant un beau succès auprès du public. Ainsi Jésus et les autres personnages de l’Évangile prenaient vie au cœur du transept…

Retour à une forme plus classique ce vendredi avec Paul McCreesh et son ensemble de musique sur instruments anciens Gabrieli Consort Players, déjà lauréat d’une palette de prix prestigieux. «Nous prenons très au sérieux le contexte autour d’une œuvre, insiste le chef. Nous travaillons celle-ci dans les moindres détails, avec des instruments d’époque, tout en gardant l’esprit libre au moment de l’interprétation.» Et le Britannique d’ajouter: «Si vous me demandez comment j’interpréterais aujourd’hui cette passion, je vous dirais avec quatre ou huit chanteurs, mais la cathédrale de Lausanne étant très grande, nous avons décidé de nous ouvrir à une tradition plus tardive.»

«Il faut rester ouvert, vivre avec son temps. Je veux stimuler le grand public et pas seulement les adeptes de musique ancienne»Kei Koito Directrice du Festival Bach

Jusqu’à même laisser les nouvelles technologies franchir la porte de la maison de Dieu: pour mettre en lumière les quatorze solistes, l’évangéliste britannique Nicholas Mulroy et les dix-neuf musiciens de l’ensemble, huit écrans vidéo retransmettront en direct le concert dans tout l’espace, pour permettre au public d’observer gestes et mimiques des interprètes dans leurs moindres détails. «Un tel dispositif est à la fois provocant et attirant, assume Kei Koito, fondatrice et directrice artistique du festival. Mais il faut rester ouvert, vivre avec son temps. Je veux stimuler le grand public et pas seulement les adeptes de musique ancienne! Les écrans provoqueront également une immersion dans la dimension théâtrale de l’œuvre. Selon moi les plus grands opéras sont les passions de Bach, et l’excellent évangéliste sera là pour servir ce chef-d’œuvre.»

Bach et l’Europe

«On a tendance à considérer Jean-Sébastien Bach comme un héros romantique qui lutte dans cette ville de province, à l’est de l’Allemagne, essayant d’écrire cette musique révolutionnaire qui est la sienne, relève encore Paul McCreesh. En fait, rien n’est plus faux. Au XVIIIe siècle, Leipzig était l’épicentre d’une ville passionnée et puissante. Et Bach a travaillé dans une communauté très vivante et fertile, où la religion était le symbole unificateur, tout en restant alerte aux créations du reste du monde.»

Pour révéler cet esprit d’ouverture, le festival déploie cette année également ses tentacules au reste de l’Europe, avec notamment un concert d’ensemble qui rend tout entier hommage à la musique italienne des XVIIe et XVIIIe siècles, une des nombreuses sources d’inspiration de Bach. Ainsi, si le compositeur n’a que peu voyagé, «il connaissait beaucoup de musique européenne», explique encore Kei Koito. Dès 13 ans, avant d’aller à l’école de Lunebourg, il a été accueilli par son frère qui l’a initié à d’autres cultures, grâce aux partitions en sa possession. Finalement, «en combinant éléments instrumentaux et vocaux, Bach surpasse tous ses prédécesseurs et contemporains, en les fusionnant en un tout organique et cohérent, relève encore la directrice. Là se trouve le cœur de son génie musical.» Loin de l’image luthérienne simpliste qui lui colle souvent à la peau…

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