Patti Smith et PJ Harvey au Stravinski: la bataille des anciennes et des modernes

Montreux Jazz FestivalLe rock se conjuguait au féminin mercredi avec la vieille sorcière américaine et la presque encore jeune Anglaise. Critique.

Entre une Patti Smith pétrie de nostalgie et une PJ Harvey au show sombre, teinté de socio-politique, l'actualité était du côté de l'Anglaise à l'Auditorium Stravinski mercredi.

Entre une Patti Smith pétrie de nostalgie et une PJ Harvey au show sombre, teinté de socio-politique, l'actualité était du côté de l'Anglaise à l'Auditorium Stravinski mercredi. Image: CHANTAL DERVEY

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Il y a des généalogies rock qui valent d’ancestrales lignées aristocratiques… Sur la scène Auditorium Stravinski à l’audience touffue, il ne manquait mercredi plus que la chanteuse et guitariste Anna Calvi, 35 ans et fille putative, pour compléter l’arbre.

Dans le rôle de la grand-mère, Patti Smith, 69 ans, ouvrait encore une fois son livre de souvenirs, sans craindre la florissante industrie de la nostalgie. Un comble pour la vieille punk pourtant pas indigne! Dès l’ouverture – pas le poème de Ginsberg – avec Dancing Barefoot (titre qu’elle prétendait tantôt ne plus vouloir jouer…), l’héroïne post-beatnik allume le premier cierge à sa gloire.

De Frederick à Land, en passant par When Doves Cry (hommage à Prince oblige) et People Have The Power, on pourrait énumérer tous les titres historiques égrenés par la sorcière, sans oublier l’hommage-medley de ses musiciens au Velvet. Patti Smith prétend croire toujours à la rage et à l’amour, engageant ses ouailles à s’unifier. Après quarante ans d’échecs répétés, le credo mériterait d’être amendé. Pas pour elle, toujours sur la lancée de son imperturbable posture contestataire. Un bon concert, mais aux idées courtes.

Le corbeau a les plus belles plumes

Dans le rôle de la mère, PJ Harvey, 46 ans, faisait son apparition en corbeau famélique aux reflets cuivrés (un saxe à la main!) non pas pour délivrer un prêche, mais un show abouti bâti sur son dernier album, le récent The Hope Six Demolition Project. Une orchestration mêlant fanfare presque militaire (le propos se veut politique) et électricité rock encadre sa voix vénéneuse, mais qu’elle parvient à moduler mieux que jamais, entre raucité goudronnée et piaillements psychotiques.

La maîtrise de l’Anglaise est totale et son band masculin (neuf gars dont John Parish, son complice de toujours, et Mick Harvey, ex-Bad Seeds) la soutient avec une force organique dans ce projet épique qu’elle porte depuis l'album Let England Shake de 2011. L’incursion dans le passé ne fait pas défaut: l’interprétation de Down by the Water et To Bring You My Love démontre autant la hauteur de son art vocal que la persistance de visions assombries par un désespoir tenace, en aucun cas contredit par le récent Community of Hope. Le noir est une couleur plus réaliste.

Créé: 07.07.2016, 17h13

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