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Piers Faccini embarque pour l’île de ses rêves

Avec le miroitant «I Dreamed an Island», le chanteur trouve son album le plus ambitieux. En concert à Cully.

Piers Faccini a su capter la diversité des lueurs musicales méditerranéennes sur son album.
Piers Faccini a su capter la diversité des lueurs musicales méditerranéennes sur son album.
OLIVIER METZGER

Piers Faccini tient du vagabond magnifique, folksinger aux semelles de vent. Après dimanche dernier à Cully pour l’hommage à Chet Baker, on le croise ensuite à Lausanne avant qu’il ne reparte dans son refuge des Cévennes, pour revenir ce samedi dans le village de Lavaux afin de jouer cette fois le répertoire de son dernier album, I Dreamed an Island.

Cet enregistrement somptueux, aussi voyageur que son auteur – intrépide «fomenteur» de concerts au fond des bois et dans les lieux les plus à l’écart du circuit – collectionne les sonorités, luxuriantes comme les motifs d’un tapis oriental. Une manière de poursuivre la navigation entamée par My Wilderness, album de 2011 qui dessinait déjà des territoires imaginaires. «Oui, il y avait déjà des couleurs moyen-orientales, deux morceaux avec la trompette d’Ibrahim Maalouf. J’avais envie d’approfondir ça, même si entre les deux j’étais retourné à un folk pur et dur.»

A la cour de Roger II

Là où il s’était amusé à entrelacer ses racines et ses influences en un jeu de pistes artistiques, Piers Faccini développe un propos plus fort sur un I Dreamed an Island combinant ses préoccupations poétiques et politiques. «Avant l’enregistrement, je me suis penché sur la Sicile du XIIe siècle, car la cour des rois Normands, particulièrement celle de Roger II, a probablement été l’une des plus éclairées en ce qui concerne la tolérance entre les peuples et les religions, à l’image de la période arabo-andalouse des Abd al-Rahman. Pendant un peu moins d’un siècle, on pouvait ainsi entendre à Palerme le chant du muezzin, les cloches orthodoxes ou romanes, tout en passant devant une synagogue… Les inscriptions sur les murs de la ville étaient souvent réalisées en trois, quatre, voire même cinq langues.»

Cette inspiration historique irriguant un imaginaire musical situé entre les traditions chrétiennes, juives et musulmanes, trouvait des résonances dans les propres origines du chanteur. «Par ma famille (ndlr: un père italien, une mère anglaise, un vécu français), j’ai toujours été sensible au métissage. Je n’ai pas d’appartenance particulière. Pour cette raison, les musiques du monde m’ont toujours attiré. J’aime les croisements, la culture du dialogue. Je me suis donc demandé comment en faire un album. Je ne suis pas Jordi Savall, alors je l’ai construit un peu comme un roman.»

Proximités méditerranéennes

Evidemment, Piers Faccini a aussi été guidé par l’actualité de ces dernières années avec une Méditerranée qui, de formidable plate-forme d’échanges, s’est transformée en no man’s land dédié à la mort et au silence. «Les pays méditerranéens ont toujours été très proches. Il y a aujourd’hui un révisionnisme autour des notions de frontière, qui nie ce dialogue. Cette mémoire, qui a tracé tant de nos généalogies en Europe, est vivante si on ne l’oublie pas. En cas d’oubli, nous deviendrons plus pauvres, tant personnellement que politiquement. Quand cela se produit, on tombe dans le piège du fascisme, de la peur de l’autre.»

En somme, ce musicien aussi érudit que boisé pourrait revendiquer le rôle contemporain du troubadour, terme dont il se méfie pourtant. «Le personnage charrie un cliché, même s’il s’agit bien, au fond, du griot européen qui raconte, en historien ou en journaliste de jadis, les guerres ou les intrigues de l’époque. C’est un poète qui observe, dont les origines passent par la cour d’Abd al-Rahman, mais venu du Proche-Orient, de Syrie. Les gens de droite qui refusent le multiculturalisme ne se rendent souvent pas compte que le métissage n’est pas une chose nouvelle, mais très ancienne au contraire! Aujourd’hui, on représente la tragédie syrienne à travers de pauvres réfugiés en terroristes potentiels ou en profiteurs qui veulent pomper le système, mais ils viennent de l’un des plus grands berceaux de la civilisation au monde!»

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