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Il pleut des cordes dans le jazz

Trois sorties de disques célèbrent un instrument pas toujours mis en valeur du côté de la note bleue. Perspectives

Chris Thile, star US de la mandoline et du bluegrass, s'allie avec le pianiste Brad Mehldau pour un album lumineux.
Chris Thile, star US de la mandoline et du bluegrass, s'allie avec le pianiste Brad Mehldau pour un album lumineux.

Les cordages n’ont pas toujours fait bon ménage dans les tangages du jazz. Pourtant trois sorties toutes fraîches – le duo entre le mandoliniste Chris Thile et le pianiste Brad Mehldau, le Quartet de John Abercrombie et le solo de Ralph Towner – rappellent que le manche s’invite volontiers dans les flots de la note bleue. «Pour moi, la guitare ne fait pas partie à proprement parler du registre du jazz», juge Julien Feltin directeur de l’Ecole de jazz et de musique actuelle de Lausanne et guitariste lui-même. «Je pense naturellement basse, batterie, piano et souffleurs, mais la guitare a une place à part.»

Dès les origines (mais sans remonter jusqu’au banjo), cette catégorie d’instrument a pourtant participé activement à l’élaboration de la révolution musicale du XXe siècle. Il suffit de mentionner les noms de Charlie Christian, de Wes Mont­gomery, de Django Reinhardt ou encore de Tal Farlow pour s’en convaincre. «Au début, la guitare servait surtout à la rythmique dont elle était une pièce du puzzle – la fameuse «pompe» – et ne jouait que peu ou pas de partie soliste. L’un des musiciens représentatifs de ce rôle était Freddie Green dans le big band de Count Basie.» Si ses cordes accompagnent néanmoins les développements du New Orleans et du bop, la guitare demeure un instrument périphérique.

Chamboulements électriques

«Mais l’électricité a chamboulé tout ça», souligne un Julien Feltin qui s’est lui-même beaucoup intéressé aux possibilités sonores que pouvait lui ouvrir la technique. «Dans les styles fusion, le guitariste devient non seulement soliste – il peut commencer à chercher le saxophone – mais les effets lui permettent aussi d’aborder sa musique différemment, en coloriste, de triturer les sons grâce à l’électronique comme le fait Eivind Aarset (ndlr: en concert demain à Yverdon). Depuis, certains sont restés sur une approche plus traditionnelle, comme Pat Metheny, d’autres, comme Bill Frisell, sont partis sur d’autres territoires.»

La guitare aurait ainsi trouvé une identité plus stable et plus forte dans d’autres genres musicaux. C’est une évidence dans le rock dont elle est en quelque sorte devenue l’emblème (avec Hendrix en figure tutélaire à la croisée des styles), mais, sur un versant plus boisé, elle s’est aussi imposée dans la folk et elle demeure marquée par son héritage classique. L’instrument jouit d’un certain nomadisme stylistique et ce n’est pas un hasard si les Gitans l’ont adopté au même titre que le violon – instrument bien présent dans le jazz mais encore plus marginal. Sa mobilité n’est pas seulement esthétique. «La guitare, c’est l’instrument populaire par excellence, avec l’accordéon et l’harmonica, de ceux que l’on peut facilement transporter partout.»

Sa réapparition régulière dans des projets jazz permet d’ouvrir des voies inédites ou d’infléchir le son d’une formation de manière originale. Versatiles, les cordes gardent encore des trésors d’inventivité à déployer, hors des canons de la tradition. C’est peut-être pour cela que les étudiants de l’EJMA sont nombreux à choisir la guitare. «Dans un esprit de curiosité des genres», assure Julien Feltin.

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