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De la pop new-wave à l'épure, Mark Hollis a écrit une ambitieuse partition des eighties

Mort à 64 ans, le chanteur de Talk Talk avait fui le succès pop pour les subtilités et un sommet solo: «Mark Hollis». Parcours.

Né en 1955, Mark Hollis avait sauté de la pop eighties des débuts de Talk Talk aux finesses de l’épure.
Né en 1955, Mark Hollis avait sauté de la pop eighties des débuts de Talk Talk aux finesses de l’épure.
STEVE RAPPORT/KEYSTONE

Avec le décès de Mark Hollis, la musique britannique perd une figure importante de ses reformulations eighties. Au début de la décennie, les groupes anglais prêts à envahir le champ de bataille des charts pop dans un paysage musical dévasté (et rénové) par le punk sont légion. Depeche Mode, Tears For Fears, Pet Shop Boys sont dans les starting-blocks, espérant tous rejoindre les sommets déjà atteints par Spandau Ballett ou Soft Cell avec «Tainted Love» en 1981.

Cette même année, le Talk Talk mené par un Mark Hollis de 26 ans rejoint la troupe des aspirants. Aidé par son frangin Ed, manager d’Eddie & The Hot Rods, gang de pub rock connu pour son titre de 1977 «Do Anything You Wanna Do», le chanteur aurait eu plus d’ouverture dans un milieu aux odeurs de bière et de sciure. Mais, avec un peu de bonne volonté, les voies de la pop ne sont pas toujours impénétrables…

Pris d’abord sous l’aile d’Island, puis d’EMI, l’étudiant en psychologie pour enfants n’aura pas le temps de douter sur l’orientation à donner à sa carrière. Le groupe, sans guitare mais influencé par Roxy Music, fait la première partie de Duran Duran, alors en pleine ascension, et enregistre avec leur producteur Colin Thurston, qui a travaillé sur le «Heroes» de Bowie et le «Lust for Life» d’Iggy Pop.

Un coup de dé abolit le hasard

Talk Talk n’aura besoin que de deux albums pour s’installer dans le peloton de tête. «The Party’s Over» (1982) les installe dans le circuit avec les single «Mirror Man» et «Talk Talk», mais «It’s My Life» (1984) les propulse au firmament via le morceau titre, «Dum Dum Girl» et, surtout, «Such A Shame», chanson lettrée puisque inspirée par le roman «L’Homme-dé» de Luke Rhinehart.

Avec sa voix aussi lancinante que voletante, son lyrisme à la mélancolie nasale et sa frimousse à la John Lennon, Mark Hollis s’impose en nouvel héraut de ce romantisme spécifique aux années 1980, mais sans maquillage ni mèches blondes. Il va pourtant mettre un coup d’arrêt à son ascension.

De l’artisanat punk au cosmos

L’artisanat punk l’a transformé en musicien bûcheur, exigeant, mais très mal à l’aise avec la célébrité. En 1986, l’album «The Colour of Spring» quitte les rivages de la synth-pop, s’étoffe musicalement et raffine le propos avec de très nombreux invités issus des scènes folk et jazz, dont Steve Winwood et Danny Thompson. Un très beau succès, soutenu par ce qui sera la dernière tournée du groupe – elle passe d’ailleurs par le Montreux Jazz Festival.

Trouvant ensuite refuge à la campagne avec femme et enfants, ce travailleur à l’ancienne, toujours plus érudit musicalement, consomme son divorce avec la pop en 1988. Mark Hollis a de grandes oreilles, c’est un fait, mais il les laisse aussi traîner dans des registres toujours plus variés et complexes.

L’album «Spirit Of Eden», somptueux dans son acoustique et ses recherches dans les vocabulaires du jazz et de la musique contemporaine, l’éloigne ainsi définitivement des paillettes, de la recherche du tube à tout prix. À partir de nombreuses sessions d’enregistrement très libres, le musicien recompose ses six morceaux comme on assemblerait un puzzle musical aux pistes croisées, éditées en studio. Ce chef-d’œuvre aura probablement une influence sur de nombreux groupes de la décennie suivante, qui retrouveront les ambitions un peu perdues d’un rock progressif aussi défricheur que subtil.

«La technologie, la technique, tout ça ne sert qu’à remplir. Donc, à rien», déclare-t-il aux «Inrocks», en 1991, année où Talk Talk sort encore «Laughing Stock», toujours aussi grandiose dans ses visées. Le chant du cygne est proche. Mark Hollis poursuit ses expérimentations en solitaire, composant de manière extrêmement épurée pour des instruments à vent comme le basson, la flûte, la clarinette, le cor anglais et accouche, enfin, de «Mark Hollis», enregistrement d’une grâce infinie mais à la fragilité assumée.

Comme si, après des années d’agitation et de complication, le musicien s’était débarrassé du bavardage un peu clinquant qu’induisait le nom de son groupe pour retrouver son intégrité. Ensuite, le silence lui suffira, jusqu’à l’annonce de sa mort, mardi.

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