Le pouvoir, la solitude et la mer

OpéraGrande et belle démonstration de savoir faire et d'intelligence autour de «Simon Boccanegra» de Verdi à l'Opéra de Lausanne.

Dans la lutte entre plébéiens et patriciens, Simon Boccanegra (Roberto Frontali) reste au-dessus de la mêlée et défend un message de paix et d'amour.

Dans la lutte entre plébéiens et patriciens, Simon Boccanegra (Roberto Frontali) reste au-dessus de la mêlée et défend un message de paix et d'amour. Image: Alan Humerose

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La vie de Simon Boccanegra connaît une invraisemblable succession de moments où son destin bascule. Dans l’opéra éponyme de Giuseppe Verdi, présenté à l’Opéra de Lausanne jusqu’au 10 juin, le corsaire est élu doge de Gênes presque contre son gré. De son amour impossible pour la fille de son ennemi Fiesco (George Andguladze, basse exemplaire), il a eu une fille, Amelia (Maria Katzarava, voix d’exception), qu’il a perdue encore enfant. Quand il la retrouve, elle aime Gabriele Adorno (Andeka Gorrotxategi, ténor idéal), l’homme qui veut le renverser. Or c’est son allié Paolo (surprenant Benoît Capt), amoureux éconduit d’Amelia, qui deviendra son assassin.

Arnaud Bernard traduit littéralement cette existence chahutée par un enchevêtrement de pont-levis, de passerelles branlantes, de cordages obsédants. Dans la formidable scène du conseil, c’est un trône en forme de grue – balance déséquilibrée qui place Boccanegra au-dessus de la vile mêlée politique, mais qui pourrait aussi le catapulter dans le néant. Sombre pépite trop négligée de Verdi, «Simon Boccanegra» brille d’un éclat très particulier dans cette mise en scène inventive et audacieuse, magistralement éclairée par Patrick Méeüs. On y sent physiquement les rets du pouvoir, la noirceur des luttes politiques, l’impossibilité du bonheur familial et la nostalgie immense de la mer qui sourd de la fosse autant que du fond de scène. Préparateur du chœur, Salvo Sgrò a d’ailleurs sauvé la représentation de dimanche du naufrage, en remplaçant admirablement Stefano Ranzani, hospitalisé.

Boccanegra, en buvant le poison qui va l’achever, a cette phrase désespérée: «Même l’eau de source est amère sur les lèvres de l’homme qui règne.» Plus que les malédictions, les imprécations et même les réconciliations pathétiques de dernière heure, ce sont ces vérités terribles, presque murmurées, qui donnent le ton d’une œuvre et d’une âme. Dans cet exercice de dépouillement, Roberto Frontali est désarmant de justesse.

Créé: 04.06.2018, 18h21

Infos pratiques

Mercredi 6 (19 h)
Vendredi 8 (20 h)
Dimanche 10 (15 h)
Renseignements: 021 315 40 20
www.opera-lausanne.ch

Articles en relation

Pour Verdi, l’Opéra fait exploser le décor

Arnaud Bernard a imaginé un visuel impressionnant pour «Simon Boccanegra», l’œuvre à découvrir dès dimanche. Reportage avec le chef des ateliers de construction de décors. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 19 septembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...