Passer au contenu principal

Le profil égyptien de Natacha Atlas, hiéroglyphe aux arabesques jazz et electro

La chanteuse joue mardi à Morges, avant de sortir un nouvel album à la fin de l’été. Entretien.

Au cours de trente ans de carrière musicale, Natacha Atlas a vécu de multiples métamorphoses. La dernière est son exploration du jazz.
Au cours de trente ans de carrière musicale, Natacha Atlas a vécu de multiples métamorphoses. La dernière est son exploration du jazz.
DR

Grâce à Natacha Atlas, le temps des divas orientales ne s’est jamais achevé pour le public occidental. La chanteuse, révélée dans les bouillonnements electros de l’Angleterre des nineties, alors aussi rythmées par la montée des DJ indo-pakistanais, a chevauché toutes sortes de montures musicales mais toujours cultivé ses racines paternelles égyptiennes. Au cours de trente ans de carrière musicale, cette briseuse de frontières a vécu de multiples métamorphoses, la dernière en date étant son exploration du jazz sur l’album «Myriad Road», avec Ibrahim Maalouf. Coup de fil à cette héritière d’Oum Kalsoum, avant son passage au Théâtre de Beausobre, à Morges, mardi.

Par rapport à vos débuts, la perception de l’Orient a beaucoup changé. Comment avez-vous vécu cette évolution? Dans les années 1990, on vivait une grande ouverture. Après les événements du 11 septembre 2001, il y a eu de la résistance face à la culture orientale. Mais je pense que cette mauvaise passe est désormais derrière nous. Je remarque un regain d’intérêt depuis deux-trois ans, qui se traduit autant dans les festivals, les scènes alternatives, que dans un magazine comme «The Wire». Beaucoup de jeunes groupes égyptiens trouvent des moyens de se produire en Europe. Un lien s’est renoué. Aux États-Unis, cela se passe plutôt dans le milieu du jazz, par exemple avec le jeune violoncelliste Naseem Alatrash, qui a joué avec Danilo Perez. Les chorégraphes sont aussi intéressés, j’ai collaboré avec Angelin Preljocaj et maintenant avec Hervé Koubi. Après une période sombre, les sons orientaux sont de nouveau intéressants pour le monde. Le pendule se balance.

Votre parcours est marqué par une très grande curiosité. Cela explique l’éclectisme de vos choix? J’aime les défis, sinon je m’ennuie. J’ai toujours besoin d’apprendre, autrement on devient tout sec! Me lancer dans le cadre du jazz, dernièrement, a été une éducation pour moi. Les langages orientaux, très modaux, et ceux du jazz, qui travaillent les changements d’harmonie, sont très différents. Mais l’improvisation les relie. Pour mon dernier album, «Myriad Road», j’ai travaillé avec Ibrahim Maalouf, qui maîtrise les deux aspects. J’ai beaucoup appris. Mais je n’ai pas non plus abandonné l’électronique. Pour le spectacle «Les Nuits», de Preljocaj, la musique que nous avons composée avec Samy (ndlr: Bishai, violoniste anglo-égyptien et compagnon de la chanteuse) était plutôt électronique avec des touches de jazz.

Vous avez grandi en Belgique et en Angleterre: comment êtes-vous restée en contact avec la culture traditionnelle égyptienne? Je suis souvent retournée au Caire dans la famille de mon oncle quand j’étais jeune. Dans les années 1990, j’ai habité pendant six ans dans la capitale, j’y suis retournée deux ans au début des années 2000. J’ai aussi vécu quelque temps en Grèce. J’ai toujours gardé le contact, je faisais des allers-retours. Mais je n’y suis pas retournée depuis la révolution de 2012, cela devenait difficile d’y donner des concerts.

La condition de la femme arabe évolue-t-elle aussi au gré des artistes? Cela commence à changer, spécialement depuis la révolution. Avec une chanteuse comme Maryam Saleh, qui joue aussi dans Lekhfa, est apparu un personnage assez punk; c’est la première fois que je vois ça! Avec Nadah El Shazly, on a une figure avant-gardiste programmée dans des festivals electros… Il y en a d’autres encore, et c’est une indication que les choses changent pour les femmes, qui doivent pourtant toujours oser faire ce pas en avant, quitter leurs peurs pour trouver le courage de vivre leur passion. Ça ne plaît évidemment pas à tout le monde.

Vous-même étiez assez sauvage à vos débuts! La jeunesse nous soutient, nous donne confiance; on veut que quelque chose se passe! Au début des années 1990, j’étais débutante, mais j’avais confiance. C’était peut-être courageux, mais surtout très naturel. Aujourd’hui, j’ai passé 50 ans mais je voudrais bien prendre encore un peu de ce truc-là...

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.