Reines barbares ivres d'apocalypse

CritiqueRetour en grâce pour les Queens Of The Stone Age, dimanche soir au Montreux Jazz. Soit une démonstration de violence sombre et joyeuse, animale et sophistiquée.

Image: MJF Lionel Flusin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Quand Josh Homme, mastar indolent né dans le désert californien d'une lointaine ascendance viking, crache sur son manche et l'astique, c'est que la soirée sera bonne. Sexuelle ou besogneuse, la métaphore vaut dans les deux cas. Le glaviot du bûcheron qui empoigne sa cognée pour l'abattre, les premiers rangs du Stravinski l'ont vu partir de la bouche du chanteur américain, expectoration discrète mais scintillante dans la forêt de lumières qui transperçaient la scène.

Excusez pour l'entrée triviale, mais on l'attendait depuis des années, cette inélégance du géant roux. Depuis dix ans, environ, que l'un des inventeurs du rock stoner, graisseux et dopé, se rêvait en Elton John (qu'il convoquait sur disque) et soignait plus la carrosserie de ses Queens Of The Stone Age que la qualité explosive de leur kérosène. Le dernier album en date pousse loin le blasphème pour ce groupe créé en trio en 1997 et sauveur d'un certain hard rock au groove brutal, via l'indépassé "Songs for the Deaf" en 2002. Quinze ans et quatre disques plus tard, les Californiens convoquaient le roi de la pop, Mark Ronson, pour produire un "Villains" aux guitares comme des synthétiseurs et à la batterie telle une boîte à rythmes...

Ce n'était donc pas la seconde venue au Montreux Jazz (premier concert en 2005 au "petit" Miles Davis Hall) qui devait a priori sceller le retour des Reines vers leur inclination juvénile, cette violence brutale et sensuelle que le gamin Josh Homme déchaînait presque par accident. Avec le temps, il a appris à gérer son talent et à devenir star. Alors bien sûr, le cadre du Stravinski et ses 4000 personnes, tout comme les arenas que visitent le groupe en tournée, ne permettent plus les combats rapprochés, les bastons au couteau et aux coups de boule. Dimanche, c'était un pilonnage large qui accueillait la foule, dans un apocalypse de lumières projetées vers elle, démultipliant la frappe sonore et le "Song for a Deaf" d'entrée, cassant en fragments infernaux les cinq musiciens sur scène. Dont Josh Homme, imperator incontesté de la troupe, ricanant béatement, hagard et ivre de puissance, de joie ou de toute autre substance moins spirituelle, malaxant sa guitare avec une dextérité et une furie égales.

"Il y a des soirs où l'on a rien à dire", prévient le chanteur. Qui dira néanmoins beaucoup, dont des "I Love you" empâtés trahissant un état un peu second. Aucune importance. L'enivrement a toujours été le moteur revendiqué du groupe, assuré dans sa capacité à le transformer en orgasme collectif. Dimanche, il y parvient à nouveau, malgré un son fait pour les stades, puissant mais diffus. Durant une centaine de minutes, Queens Of The Stone Age honore ce que sa position de mégagroupe peut encore laisser échapper de sa nature guerrière, rude et franche.

Les cinq virevoltent entre les disques et les époques, irréprochables dans leur interprétation. C'est toutefois le chef qui monte au front, vocalement et instrumentalement, assurant les parties les plus ardues, glissant ses solos, confirmant son don d'omnipotence spectaculaire. "Il faut que les gens se demandent comment je fais", confessait-il en interview, pas faussement modeste. A Montreux, il réussit à concilier ce que son groupe fut et ce qu'il est devenu, à donner aux nostalgiques des jeunes ruades sauvages tout comme aux adhérents de ses récentes appétences pop.

Et tant pis s'il fait sourire en cognant rageusement les tiges luminescentes disposées comme des roseaux sur la scène, qui se redressent aussitôt malmenées. Ou en allumant une clope l'air de rien, John Wayne de la nicotine. Trop opulentes pour être désormais dangereuses, ses Reines n'en sont pas moins formidablement belles à regarder. (24 heures)

Créé: 09.07.2018, 06h57

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Visite du pape en Suisse, paru le 21 juin.
(Image: Bénédicte) Plus...