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Le retour des hommes de bonne compagnie

Issu du rock, The Company Of Men a trouvé dans un cadre domestique la raison d’être de sa folk boisée. Nouveau disque.

The Company Of Men, quatre gars et des guitares. Soit (de g. à dr.) Sandro Lisci, Gregory Wicky, Jeff Albelda et Christian Wicky.
The Company Of Men, quatre gars et des guitares. Soit (de g. à dr.) Sandro Lisci, Gregory Wicky, Jeff Albelda et Christian Wicky.
Pierre Daendliker

Les canapés romands sont des veinards. Après avoir été cajolés comme jamais depuis mi-mars, enveloppant à longueur de journée la masse avachie de leurs propriétaires confinés, les voici qui seront bercés d’un peu de musique dès que s’ouvriront à nouveau les portes de leurs foyers. Quatre musiciens franchiront le palier, une camaraderie, presque une compagnie, celle des «hommes». De bon goût, sans doute. De bonne volonté, certainement.

Depuis son premier disque en 2016, The Company Of Men a ainsi marqué la Suisse romande en inventant le «concert de salon», presque l’unique lieu où les messieurs ont joué en acoustique leur répertoire boisé. En trois années, plus de 120 domiciles (et quelques scènes de festivals idoines) ont été visités par la clique de quadras, tous issus d’un réservoir de rock électrique où les clubs sentaient la bière froide plutôt que les tapas tièdes, la pisse aigre plutôt que les lieux d’aisances senteur jasmin.

«Sincèrement, les concerts privés nous ont peut-être sauvés»

Mais n’allez pas croire à de l’embourgeoisement! «Sincèrement, les concerts privés nous ont peut-être sauvés», raconte Gregory Wicky, collègue de «24 heures», au chant et à la guitare de la mâle équipée. «On était partis pour relancer la machine, la tournée après le disque, etc. Et sans doute que nous n’y serions pas parvenus, par manque de réceptivité ou d’énergie. Les petits formats nous ont donné un rythme qui nous convient et un plaisir inattendu de jouer. Neuf fois sur dix, la prestation est plus satisfaisante que dans un club.»

Quand Gregory Wicky parle de «machine», il fait référence à celle de l’ancien monde, l’analogique, lorsque le rock lausannois s’exportait en bus loin de ses frontières, CD et T-shirts dans le coffre. Il y avait Chewy, où jouait Gregory et que rejoignit le batteur Sandro Lisci, et il y avait Favez, accroché à la barbe de son aîné Christian Wicky et que retrouva Jeff Albelda. Les deux groupes dissous, les quatre musiciens se sont unis, unissant du même coup toutes leurs influences au registre d’un rock anglo-saxon des années 60 et 70.

«C’est très cool de jouer avec son frère car on se retrouve naturellement sur des choses qu’on a écoutées gamins. Simon & Garfunkel, c’est sans doute le truc le plus inconsciemment fondateur, du très grand public totalement défendable en termes de qualité.»

«Simon & Garfunkel, c’est sans doute le truc le plus inconsciemment fondateur»

Sur les arpèges de trois guitares et dans les harmonies impeccables de deux, trois ou quatre voix élevées, «Sounds Of The Century» puise abondamment à ceux du siècle passé. L’album réjouit par sa cohérence affirmée, osant plus de concision dans ses chansons alors que le premier opus, en 2016, s’enfuyait dans différents essais stylistiques et des structures parfois à rallonge.

Ici, le long compagnonnage des musiciens permet à leur musique de gagner en équilibre et en intuition. Les frères Wicky se partagent les voix lead et réjouiront les amateurs de leurs anciens groupes, en une symbiose assez idéale, tout comme ils feront frémir les amoureux de Neil Young et les fétichistes d’harmonies en B majeur, des Beatles aux Beach Boys et pourquoi pas les Bee Gees. «En studio, on avait l’ambition de chanter comme eux, tous en chœur autour d’un micro mais on a vite calmé notre enthousiasme.»

Le credo acoustique n’exclut pas des inventions, voire de l’emphase au point que la texture sonore de certains titres mériterait un traitement live sur une «vraie» scène, avec la puissance adéquate.

«On a décidé de partir à nouveau sur une tournée des salons, conclut le chanteur. Le pari est qu’on puisse tous tenir dans la voiture de Jeff. À part le souvenir d’un fâcheux bruyant qui draguait une nana en nous tournant le dos, on a vraiment adoré aller chez les gens, jouer dans cette proximité, au chapeau – ce qui, au final, donne souvent des cachets dignes d’un club, les frais en moins.»

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