Il est rock, mon Conservatoire!

Musique Cours de batterie, d’electro, de hip-hop, les écoles de musique genevoises se mettent au goût du jour. Celui des écoliers, celui du marché également.

Cours de batterie au Conservatoire de musique de Genève, avec le professeur Raphael Nick.

Cours de batterie au Conservatoire de musique de Genève, avec le professeur Raphael Nick. Image: Pierre Abensur

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est une révolution radicale sur le fond, mais si discrète en apparence qu’elle n’a pas encore touché l’opinion publique. Des musiques «actuelles» sont enseignées au Conservatoire. Il y a du rock entre le cours de solfège et la classe de violon. Voilà qui était inimaginable il y a cinq ans! La chose est désormais bien réelle. La vénérable académie s’est mise à enseigner la pratique du répertoire «non classique», comme on dit à la place Neuve.

Au Conservatoire de musique de Genève (CMG), un cours de batterie a ouvert en 2012, qui attire de plus en plus d’élèves. «Aux plus jeunes, dès 6 ans, on apprend le tempo le plus simple, le poum tchak du rock, de sorte qu’ils puissent rapidement improviser», explique Raphael Nick, professeur lucernois issu du jazz.

L’objectif est de jouer en groupe. Il en va ainsi de Lucas, 16 ans, élève avancé, qui prépare un échange avec la classe de piano jazz du Conservatoire populaire de musique. «Tous les cours d’instruments du CMG touchent un minimum au répertoire moderne, relève Raphael Nick. Mais il est utile pour les batteurs de se confronter à d’autres élèves déjà spécialisés. Il a donc fallu inventer des passerelles avec les autres écoles. On se met d’accord sur le répertoire, et les deux institutions engagent un bassiste professionnel pour accompagner les élèves.»

Dans la salle de classe, maître et élève se font face, chacun sur son instrument. Leçon du jour: swing et bossa, de Señor Blues à 500 Miles, autant de standards que l’élève doit apprendre à «stabiliser». La solidité du groupe en dépendra. «J’ai débuté avec les percussions, raconte Lucas, mais je ressentais plus d’affinité avec la batterie. J’aime taper sur des trucs! Je suis également un atelier à l’AMR, et j’ai un groupe de rock avec des amis.»

Evolution des mentalités

Pareille nouveauté vient compléter une offre de plus en plus abondante à Genève, notamment grâce à l’apport de l’ETM-Ecole des musiques actuelles, installée aux Acacias, qui propose dès 7 ans une initiation à la musique assistée par ordinateur. Tandis que pour les plus âgés, divers ateliers hip-hop ou electro viennent compléter les cours de blues, jazz, metal et pop. Signe d’un renouveau global, le premier bachelor romand en musiques actuelles vient d’ouvrir à Lausanne (lire ci-dessous).

A l’ETM, nous retrouvons plusieurs élèves de la filière pré-professionelle en plein exercice. L’outil de base? Le logiciel informatique, Ableton Live, Logic ou Cubase, programmes vedettes de la musique assistée par ordinateur, ou MAO. Vincent, 22 ans, alterne entre la guitare et l’écran, tandis qu’un camarade se charge des parties de batterie. Chacun à son poste, pour créer un morceau à partir de rien, ou presque. «Un exercice incontournable consiste à refaire dans son entier un morceau d’Adele en ne gardant de l’original que partie vocale», détaille Pascal Hausamann, professeur de MAO.

En abordant les musiques actuelles, la méthode d’enseignement change-t-elle? «L’apprentissage oral a une importance prépondérante, souligne Raphael Nick, professeur de batterie. Mais les élèves doivent connaître le solfège pour être capables de s’adapter en toutes circonstances. On prend des deux traditions ce qu’il y a de meilleur!»

L’enthousiasme avant tout

Polyvalence, voilà le maître mot. Chez les enfants comme chez les futurs professionnels. Polyvalents, comme les outils à disposition lorsqu’on recourt en plus des partitions aux enregistrements sur iPhone, aux liens YouTube pour faire écouter un rythme à son élève. Multiple, comme les styles abordés, classique et rock, musiques du monde également, autre domaine en plein essor au CMG comme au Conservatoire populaire.

L’apprentissage de la musique classique comme matrice de toutes les formations musicales, rock compris, a-t-il vécu? Les avis restent partagés. Tout dépend de l’instrument: «Pour faire un master en piano, il n’y a pas de miracle, la vieille méthode reste la meilleure», rappelle Olivier Rogg. Pour la batterie, cependant, «l’essentiel est dans le jeu en groupe», constate Raphael Nick.

«Le classique demande une discipline intérieure qui ouvre d’autres portes, dans le rapport à l’écrit, à la précision», répond Eva Aroutunian, directrice du Conservatoire de musique de Genève. «Mais le cerveau, on le sait, se développe uniquement quand on exerce une activité avec enthousiasme. Quel que soit le style, classique ou pas.»

Créé: 15.11.2016, 08h52

Le musicien de demain doit savoir tout faire

Enfant, vous avez tâté du piano. Ado, vous vous êtes initié à l’informatique musicale. A présent, il s’agit d’en faire son métier? Lausanne, qui a un coup d’avance sur Genève, a ouvert il y a un an la première filière de musiques actuelles de Suisse romande avec, à la clé, un Bachelor of arts en Creative Performer. Au programme: travail de la technique instrumentale, comme dans toutes les Hautes écoles de musiques, mais aussi musique assistée par ordinateur, composition et songwriting, techniques d’enregistrement et mixage. De même que culture pop et management. Le profil type du candidat? Une carrière en bonne voie de développement et des objectifs professionnels bien établis. La filière accueille six étudiants par volée, avec pour but de former des professionnels polyvalents.

Stephan Kohler, alias Mandrax, DJ fameux dans les années 1990, dirige la filière: «Le monde de la musique est de plus en plus compliqué; le musicien ne peut plus se contenter d’être un instrumentiste chevronné, il doit aussi bien savoir utiliser des software que composer, enregistrer que produire. Et il lui faut également développer ses compétences sociales!»

Pour Stephan Kohler, l’ouverture de ce nouveau Bachelor «comble un manque»: «Il s’agissait de faire comprendre aux autorités que les musiques actuelles représentent un domaine d’importance majeure pour l’économie et la collectivité. Les musiques actuelles, c’est ce qu’on achète le plus et qu’on écoute le plus. A l’HEMU, nous abordons aussi bien le rock indépendant que la pop mainstream. Il faut savoir tout faire. Mais avec la garantie de sérieux qu’offre l’enseignement d’une Haute école.»

A Genève, l’ouverture du Bachelor en musiques actuelles intéresse particulièrement l’ETM: ses élèves en filière préprofessionnelle sont susceptibles de poursuivre leur formation à Lausanne, précise le directeur, Stefano Saccon. Mais pas seulement: «L’ETM a augmenté ses exigences, de sorte que le niveau atteint après 2 ans d’études permette à l’élève de se lancer dans le métier».

Pour l’ETM aussi, il s’agit de répondre à l’évolution du marché. S’ils sont encore nombreux, les musiciens désireux de monter sur scène, les nouveaux venus envisagent également de travailler dans l’ombre, pour le cinéma, la publicité ou l’industrie du jeu vidéo. «Beaucoup de petites entreprises recherchent les services de producteurs, sans pouvoir cependant y mettre des moyens exorbitants. Voilà une des nouvelles réalités du marché.»

Tandis que les rockers de demain sont à présent formés à bonne école, les écoliers ont droit désormais à leurs cours de hip-hop, d’electro et de rock. L’évolution de l’un va-t-il de paire avec l’autre? Qu’il s’agisse d’enfants ou de jeunes adultes, la formation répond au goût de l’époque. Et les mentalités changent ce faisant: «Globalement, on subventionne mieux le classique que le rock, constate Stefano Saccon, parce que le classique est une valeur acquise.» Mais cela pourrait changer.«»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.