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«La musique et le théâtre sont deux modes d’expression liés»

En concert vendredi à Vevey, la chanteuse Rokia Traoré a toujours plus de cordes à son arc.

Evoluant désormais à l'opéra mais aussi au théâtre, Rokia Traoré chante vendredi au Reflet de Vevey.
Evoluant désormais à l'opéra mais aussi au théâtre, Rokia Traoré chante vendredi au Reflet de Vevey.
Danny Willems

On a pu l’apercevoir dans un «Didon et Énée» mis en scène par Vincent Huguet, mais Rokia Traoré a aussi composé la musique de l’opéra contemporain «Kirina», chorégraphié par Serge Aimé Coulibaly. Alors qu’elle présente vendredi le spectacle «Bamanan Djourou», mélange de grands titres de la chanson française et de titres classiques de l’héritage bambara, la chanteuse malienne détaille cet éclectisme qui la voit toujours plus évoluer hors du cadre de la world music.

Dernièrement, vous avez multiplié les expériences artistiques. Pourquoi?

De nos jours, dès qu’un artiste n’a plus d’album, il n’existe plus. Le changement a été amorcé il y a environ dix ans, mais que le système disque-tournée ne marche plus relève désormais de l’évidence. La pop ne se vend plus, ou alors dans le cadre d’un formatage au sommet de son activité. Cela me concerne personnellement puisque je sors environ un disque tous les cinq ans… Il faut gérer, investir d’autres domaines. J’aime ça, c’est le bon côté, mais il y a aussi une nécessité d’adaptation qui me pousse vers le théâtre, l’écriture, en plus de la musique où, là aussi, il faut créer des spectacles, recourir aux arts visuels.

Le théâtre se présentait-il comme une évolution logique?

La musique et le théâtre sont deux modes d’expression très liés. J’y trouve le même plaisir. Pour moi, chanter et jouer, c’est la même chose. Il faut parvenir à se connecter avec le public, se faire comprendre et chercher le plaisir dans un lien commun. J’aime aussi l’idée que ces projets me font continuer à apprendre, car je pense que nous sommes dans ce monde pour cette raison. On en est tous capable, à condition d’en avoir envie.

Opéra, théâtre, musique, mais aussi écriture?

Oui, à la demande d’un éditeur, je viens juste d’accepter de réécrire le monologue que je joue dans «Dream Mandé-Djata», accompagnée de deux musiciens. J’avance tranquillement dans ce nouveau monde, mais j’espère poursuivre avec l’écriture d’un roman.

Vous variez aussi les projets musicaux. À Vevey, vous venez avec un spectacle où vous réinterprétez des chansons françaises.

Oui, il s’agit de reprendre des classiques de cultures différentes avec de jeunes musiciens de ma Fondation Passerelle, en puisant dans l’héritage bambara du Mali, mais aussi dans les classiques de la chanson française.

Y a-t-il une idée politique dans cette association?

Même sans penser à notre passé colonial, représenté dans tout ce qu’on fait, cette double culture existe. L’idée est plutôt d’apprendre de belles choses. Il y a de très beaux chants classiques maliens qui sont déposés, sous leurs noms, par des artistes qui les remanient. Et cela correspond trop souvent à violer un site archéologique car ces chants sont souvent liés à une histoire précise. J’ai dû interroger des griots, réaliser énormément de recherches pour retrouver des sens enfouis ou des parties oubliées.

Avez-vous un exemple?

Des paroles à la gloire de la bière de mil et à la maîtrise de l’art de sa fabrication ont pu être rejetées par la religion musulmane, avec des parties changées ou qu’on ne chante plus. D’autres chants risquent de disparaître ou alors de se perdre par la multiplication de leurs versions.

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