Sanseverino s’échappe du bagne

MusiqueLe chanteur a adapté au disque le fameux livre «Papillon» d’Henri Charrière qui avait donné un film avec Steve McQueen. Interview

Sanseverino plonge dans le bagne de Cayenne pour en sortir des chansons. Image: SONY/LDD

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Il arbore sur ses bras et ses mains des tatouages d’un noir bleuté que ne renierait pas un bagnard de la Belle Epoque, mais Sanseverino ne s’est jamais retrouvé derrière les barreaux. «Jamais, même pas une petite garde à vue», jure le chanteur qui sort Papillon, un album qui adapte en chansons le fameux livre autobiographique du champion de l’évasion Henri Charrière (1906-1973), rendu célèbre par le film du même nom avec Steve McQueen et Dustin Hoffman. «Je serais plutôt du genre à me fendre d’un: «Je grillerai plus jamais le feu, m’sieur l’agent!» Par contre, à chaque fois que j’ai l’occasion de donner un concert en prison, j’y vais. J’ai déjà dû en donner une quinzaine.»

Cela fait des années que le musicien pas bégueule porte en lui ce récit à la véracité souvent mise en doute. «Je l’ai découvert quand j’avais 16 ans, donc il y a 4 ans!, assure celui qui ne prend pourtant pas la peine de cacher ses 54 ans. A l’époque, je l’avais lu 8 ou 10 fois d’affilée et, depuis deux ans, je l’ai relu trois fois.» Ces nombreuses lectures n’ont pas amoindri sa fascination pour un texte qu’il compare volontiers aux aventures d’Indiana Jones. «Même si lui, c’était plutôt Indiana Jaune», fabule-t-il, en référence aux difficultés d’un évadé souvent provisoire. «Un artisan et syndicaliste de l’évasion», précise-t-il admiratif devant celui qui n’aurait jamais renoncé à se faire la malle. «D’autres forçats lâchaient prise, s’achetaient un peu de confort sous les cocotiers avec du pognon et se faisaient couper des vestes dans les sacs de jute.» Il faut dire que Papillon en avait pris pour perpét’ et considérait que «la fonction du bagnard était l’évasion».

Retour au bluegrass

Peu importe si Gérard de Villiers en a contesté le témoignage peu conforme à d’autres comptes rendus de l’île du Diable en Guyane, Sanseverino maintient sa fascination intacte pour les marlous et les durs à cuire échoués dans ce bagne de Cayenne. «Je n’ai pas développé tous les thèmes, celui de l’homosexualité, par exemple, ou du racisme banalisé envers les «bicots», les Arabes qui servaient de porte-clefs à l’administration.»

Pour raconter en musique l’épopée de celui qui serait resté quelque 13 ans à l’ombre, entrecoupant son séjour de plusieurs tentatives de fuite, Sanseverino a choisi de revenir au bluegrass qu’il avait déjà dévalisé pour son album Honky Tonk. «Cette musique au croisement du folk américain, du blues et des apports irlandais s’est développée à peu près au même moment que l’histoire de Papillon, même si elle n’a pas trop de rapport avec un truand français. Je ne sais pas si David Bowie adore ce truc, mais c’est propice pour raconter des histoires.»

«Echapper à la pop casse-couille»

Contrairement à l’image qu’en a gardée le grand public, le chanteur n’évolue pas exclusivement dans l’univers d’un swing manouche qu’il a contribué à populariser. «Au fond, le style musical n’intéresse pas tant que ça. Je donne parfois des concerts très blues et tout le monde est content! L’important est de garder une part d’impro et d’échapper à la pop casse-couilles commerciale avec des paroles où des jeunes pleurent d’avoir rayé la Mercedes à papa.»

Sanseverino fait la sourde oreille quand on lui demande s’il n’est pas un peu perclus de nostalgie. L’Italien d’origine, fan de tarentelle, n’a toujours pas payé son tribut à la culture du pays de son père, mais reconnaît adorer toutes les musiques qui se jouent dans les bistrots, s’écoutent – ou pas – mais savent mettre l’ambiance: danse, claquements de doigts et grappa!

Créé: 07.11.2015, 20h30

En concert

Romont, Bicubic
Samedi 27 février 2016 (20 h)
Rens.: 026 651 90 51
www.bicubic.ch

Critique

L’entreprise est rare. Adapter un récit en 14 chansons tient de la gageure. Sanseverino s’en sort lestement, sans subordonner le propos musical aux contraintes narratives. Même s’il vaut mieux connaître l’histoire d’Henri Charrière avant de faire défiler ces rengaines bien balancées, elles n’en sont pas moins parsemées d’images fortes qui, en trois mots, brossent des situations. En attendant l’adaptation BD de Sylvain Dorange (en janvier), cet album fait revivre avec originalité un livre fameux (1969, 13 millions d’exemplaires) et le film culte qui en fut tiré.

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