Le songwriter nourrit son art d’une danse intérieure

PortraitL’Italo-Britannique Piers Faccini sort quatre titres de folk lumineuse. Il enseigne l’art de la chanson à Lausanne.

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«Je crois que c’est important de rendre un peu ce qu’on a reçu, que la lumière qui est faite autour de soi puisse aussi rayonner sur les autres. Ben Harper a fait ça pour moi, lorsque je débutais et faisais la première partie de ses concerts…» Voilà en somme pourquoi Piers Faccini, musicien accompli à la voix comme nulle autre, s’attèle aujourd’hui à transmettre son savoir musical. Grèves obligent, c’est par appel vidéo que nous l’avons finalement rencontré, un soir de décembre, dans la lumière orangée et les gazouillis d’enfants de sa maison cévenole. Barbe de quelques jours, regard s’égarant parfois dans le lointain, cet auteur-compositeur-interprète est intarissable quand il s’agit de développer sa démarche artistique. Un petit accent flûté induit ses origines: né à Londres, d’un père italien, dans une famille d’intellectuels, «mélomane mais sans plus», il arrive en France à 5 ans mais poursuit la majorité de ses études en Angleterre, avant d’entrer aux Beaux-Arts, à Paris.

«Mon premier amour, c’est la peinture. Vers 10 ans, je rêvais d’être peintre. La musique est venue un peu plus tard, à l’adolescence, mais je n’envisageais pas du tout de faire carrière. C’est une série de coïncidences et de rencontres qui a fait que je crée mon premier groupe (Charley Marlowe), puis qu’un label me découvre en solo et me propose d’enregistrer un disque.» Avant de faire battre le cœur des amoureux de folk épurée, il montait des expos, vendait ses tableaux et découvrait peu à peu, «émerveillé», le blues du Mississippi, la richesse des musiques traditionnelles méditerranéennes, du Maghreb, de l’Ouest africain qui ne cesseront de teinter ses chansons ciselées. «J’ai cherché à développer une écriture qui fasse le lien entre tout ce que j’aime, qui rassemble toutes ces influences. Pour moi, il n’y a pas de suprématie dans l’art, un masque dogon n’est pas inférieur à une sculpture romaine, un maqâm (ndlr: structure musicale arabe) n’est pas inférieur à une fugue de Bach, et inversement.»

Piers Faccini signe cette année le quatrième opus d’une petite série d’EP sortis dans la collection Hear My Voice de son propre label indépendant Beating Drum. «Ce label est une histoire de famille, je m’occupe de la direction artistique et de la musique, et mon épouse de tout ce qui est production et finances. Il est né de l’envie de faire quelque chose en lien avec notre époque, de valoriser des coups de cœur, en faisant un genre de curation d’artistes inconnus que j’aime. C’est un travail très personnel, quasi artisanal, où je peux réaliser tant une pochette, un film d’animation, une peinture que des chansons…»

Une autre temporalité

S’il ne le dit qu’entre les lignes, on perçoit que sa sensibilité a eu besoin de s’approprier une autre temporalité, un esprit plus doux que ne peut l’être l’industrie musicale qu’il a largement côtoyée avant de trouver refuge dans les Cévennes. Une grande liberté surtout. En 2015, il a ainsi édité un livre-album de poésie bilingue français/anglais, finement mis en musique, «No One’s Here» est très inspiré par Rûmi et la poésie soufie qu’il aime tout particulièrement et cite souvent. «Finalement, je crois qu’on essaie tous de dire la même chose, mais que ce sont juste les détails qui changent», lance-t-il un rien mystérieux. C’est-à-dire? «L’amour. Une forme de vérité, ou quelque chose de fixe sur des sables mouvants… C’est d’ailleurs une quête paradoxale que de rechercher du permanent dans l’impermanent. Et la vérité, c’est celle qui est un mensonge…»

Il y a trois ans, il est invité à donner une master class à la Haute École de musique de Lausanne, qui reconduit depuis chaque année l’expérience. «C’est un artiste avec un univers très particulier, à la fois calme et intense, précis et très émotionnel», s’enthousiasme Laurence Desarsens, directrice de la section Musiques actuelles de l’HEMU. «Un excellent pédagogue aussi, avec une qualité d’écoute rare et une approche multi-instrumentiste qui enjoint les étudiants à sortir de leur zone de confort. Il est primordial que de futurs musiciens professionnels puissent rencontrer des artistes de terrain exceptionnels comme lui, c’est une chance.» De l’importance d’être touche-à-tout? «C’est super de jouer de plusieurs instruments, nous répond Piers Faccini, ça aide à comprendre les autres. C’est vrai que j’encourage beaucoup cela, même à la maison d’ailleurs, où mon plus jeune fils chante, fait du piano et de la batterie.»

«Nos racines sont nos mémoires»

En février et mai 2020, au Bourg à Lausanne, ses étudiants donneront à ses côtés deux concerts, après avoir suivi ses cours intitulés «Feeling in Rhythm» et «Folk Memories». «En musique, ce qu’on appelle le feeling, c’est cette intensité qui amène à la transe, au moment suspendu, à l’intemporalité. C’est fondamental, et c’est la précision rythmique qui permet cela. Si j’ai compris une chose en étudiant les musiques traditionnelles, c’est que tout est toujours lié à la danse. Au pas de danse. Et la danse intérieure est fondamentale. Si une voix nous touche, c’est parce que le chanteur a trouvé le moyen de faire sortir la profondeur de son intériorité.»

Quant à son attrait pour la musique folk en particulier, «c’est une attache aux racines. Sans racine, on risque de tomber, et nos racines ce sont nos mémoires, notre passé.» Se rappelle-t-il son premier souvenir? «C’est marrant, c’est peut-être pour cela que j’ai beaucoup travaillé autour des silhouettes dans mon travail plastique, notamment sur mes pochettes d’album, répond-il après un temps de réflexion. Je crois que c’est la silhouette d’une chauve-souris contre une fenêtre. Cette forme reste en moi.»

Créé: 09.01.2020, 09h34

Bio

1970 Naissance à Londres.

1989 Quitte Londres pour Paris. Rencontre avec le violoncelliste Vincent Ségal.

1996 Crée le groupe Charley Marlowe à Londres avec la poétesse Francesca Beard.

2003 Premier album solo «Leave No Trace».

2005 Lors d’une tournée aux USA, rencontre le réalisateur JP Plunier avec qui il enregistre à Los Angeles son 2e album «Tearing Sky».

2013 Création de son label Beating Drum.

2017 Première masterclass à l’HEMU de Lausanne.

Infos

En concert avec les étudiants de l’HEMU, le 4 février et le 5 mai, Le Bourg, Lausanne.

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