De Strauss à Bach, le Verbier Festival s'est offert un tour d’un monde en 24 heures

ClassiqueLa station a basculé de l’opulence de «Die Frau Ohne Schatten» à l’épure des «Brandebourgeois». Récit d’un voyage.

La distribution de «Die Frau Ohne Schatten», avec le chef Valery Gergiev.

La distribution de «Die Frau Ohne Schatten», avec le chef Valery Gergiev. Image: DIANE DESCHENAUX

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En vingt-quatre heures à peine, deux mondes inconciliables peuvent parfois se succéder sur les scènes de Verbier et faire tanguer les repères du mélomane. Le festival valaisan en aura donné la preuve une fois encore en offrant à ses fidèles un mouvement de bascule saisissant, qui a mené tout le monde depuis un opéra opulent de Richard Strauss – «Die Frau Ohne Schatten», donné en version de concert mardi soir – à des pièces pour petits ensembles de Johann Sebastian Bach – les six «Concertos brandebourgeois», mercredi. Le hiatus entre ces deux grandes plaques pourrait se mesurer au nombre de pupitres ayant occupé successivement le plateau de la salle des Combins: une centaine abondante dans le premier cas, une maigre douzaine, et par endroits moins, dans le second.

Dans les deux scénarios, cependant, on a été soufflé par l’aboutissement des gestes musicaux proposés. Ce fut particulièrement le cas pour l’opéra de Strauss, qui, disons-le, est très mal né à Verbier, et a fait craindre le pire. Trois figures dans la distribution, et non des moindres (Nina Stemme, Matthias Goerne et Brandon Ivanovich), ont déclaré forfait en rapide succession, à quelques jours à peine de la représentation. Faits concomitants qui ont suscité dans la station toutes sortes de commentaires plus ou moins bienveillants et qui ont donné des sueurs froides au chef Valery Gergiev et à tout le plateau engagé.

Pourtant, cette «Femme sans ombre» à la trame féérique et un rien saugrenue, a ébloui, portée tout d’abord par un orchestre des grands soirs, d’une étonnante maturité face à une partition à la richesse rare. Archets somptueux, «tutti» précis et renversants de puissance, passages chambristes (violoncelles en particulier) fins et soyeux: ici on a touché à une certaine perfection. Il y a eu ensuite la distribution, qui a permis de découvrir des voix qu’on reverra assurément sur les grandes scènes lyriques – une surtout, celle de la soprano Miina-Liisa Värelä – et de retrouver des valeurs sûres – John Lundgren, baryton-basse puissante et boisée.

Et les «Brandebourgeois»? Une toute autre histoire, déployée en comité scénique réduit (l’Orchestre de chambre du Verbier Festival) et raconté par ce vieux renard du répertoire baroque qu’est le chef Reinhard Goebel. Allure d’alchimiste enthousiaste, nœud papillon et large ceinture en étoffe au rouge pourpre, l’Allemand a avancé comme toujours, avec des attaques saignantes et des tempi alertes, épaulé par un Konzertmeister, Roberto González-Monjas, tranchant et charismatique. Cette autre étape du voyage fut tout aussi emballante.

Créé: 25.07.2019, 10h30

Verbier Festival
jusqu’au 3 août
Rens. www.verbierfestival.com

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