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Sylvie Courvoisier dans les rythmes du «Sacre du printemps»

La pianiste de jazz retrouve Israel Galván pour aller à l’essence du ballet de Stravinski.

Sylvie Courvoisier, Israel Galván et Cory Smythe lors des répétitions de «La consagración de la primavera» sur la grande scène de Vidy.
Sylvie Courvoisier, Israel Galván et Cory Smythe lors des répétitions de «La consagración de la primavera» sur la grande scène de Vidy.
Florian Cella

Selon la légende, René Gonzalez aurait eu lui-même l’idée de réunir Israel Galván, danseur de flamenco rebelle, et Sylvie Courvoisier, intrépide pianiste de jazz lausannoise. L’ancien directeur du Théâtre de Vidy avait pressenti que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre. Ainsi, depuis «La curva», première collaboration du tandem en 2010 – un spectacle qui a tourné pendant sept ans avec environ 150représentations –, le danseur et la pianiste ont multiplié les projets communs. À écouter la musicienne installée à New York, l’envie du «Sacre du printemps» de Stravinski, en création depuis samedi à Vidy, avait germé dès «La curva».

Avez-vous souvent travaillé avec des danseurs?

Non. En fait, je n’aime pas la danse. Je suis mal à l’aise avec mon corps, j’ai toujours envie de me cacher derrière mon piano. Mais avec Israel et tous les membres de sa compagnie, c’est autre chose, c’est ma famille, c’est mon frère. Et nous ne refaisons jamais la même chose.

Comment est née cette chimère entre une pianiste qui ne joue jamais de musique classique et un danseur de flamenco?

Pendant les répétitions de «La curva», Israel avait improvisé quelques gestes de Nijinski et j’ai aussitôt joué quelques notes du «Sacre». Nous nous sommes découverts une passion commune pour Nijinski, qui a débouché sur une première esquisse de huit minutes lors d’un show à l’Opéra Bastille, où je l’accompagnais au piano seul. On parle depuis des années de faire le ballet complet, mais Israel ne lit pas la musique et il tenait à faire une chorégraphie sonore: un sacré défi.

Qu’est-ce qui vous fascine tant dans cette partition?

C’est vraiment une musique géniale, sublime, encore plus belle que tout ce que je pourrais écrire. Elle a contaminé tout le monde, du classique au jazz. J’adore son énergie, sa folie. Israel y retrouve des souvenirs de rythmes flamencos, comme la séguedille. Même si je n’ai pas grandi dans un milieu amateur de classique, j’ai découvert «Le sacre» très tôt, mais je n’ai jamais imaginé le jouer. À l’époque, j’étais une fille rebelle, je n’ai jamais fini le Conservatoire... J’y travaille depuis deux ans et à deux pianos, avec Cory Smythe. On va dans le détail, j’adore ça.

N’est-ce pas frustrant de se priver de l’orchestre?

Pas du tout. Pour moi, c’est même plus intéressant pour entendre l’harmonie, la polytonalité. Au piano, on peut imiter l’orchestre, on peut être encore plus percussif, jouer plus vite. À la fin, ça tourne en fête. Israel a mémorisé la partie d’orchestre, nous l’avons donc en tête.

Que peut-on écrire autour du «Sacre»?

C’est la vraie question! Nous débuterons par une improvisation purement bruitiste, Cory et moi, en faisant résonner les cordes, mais sans jouer de notes. Quand la première mélodie retentira, ce sera magique. J’ai écrit ensuite «Spectro», comme un fantôme du «Sacre», qui laisse apparaître la contamination de ma musique par Stravinski, mais sans jamais le citer. On pourrait dire que c’est du Courvoisier qui a bu un peu trop de «Sacre»!Matthieu Chenal

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Lausanne, Théâtre de Vidy

Ma 26 (19 h), me 27 et je 28 (20h)www.vidy.ch

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