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Le taxi-brousse fiévreux de Manu Dibango tombe dans le fossé du coronavirus

Le saxophoniste camerounais, l’une des premières stars africaines mondiales avec «Soul Makossa», est mort à Paris.

Manu Dibango, encore en pleine action en juin 2018, alors âgé de 84 ans, à Abidjan.
Manu Dibango, encore en pleine action en juin 2018, alors âgé de 84 ans, à Abidjan.
Sia KAMBOU / AFP

L’Afrique figure déjà en tête de liste des artistes victimes de la pandémie. Cinq jours après Aurlus Mabélé, roi du soukous congolais, le saxophoniste Manu Dibango vient lui aussi de succomber à Paris du coronavirus, lundi. Le musicien camerounais, devenu célèbre avec son morceau «Soul Makossa» de 1972, fut l’une des premières célébrités mondiales venues d’Afrique, même si sa contemporaine, la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba - qu’il appréciait beaucoup - l’avait précédé sur la voie de la reconnaissance internationale.

L’originalité de ce pionnier né en 1933 - il venait de fêter ses 60 ans de carrière - consistait à avoir opéré d’incessantes synthèses entre jazz, traditions africaines et pop, sous la bannière, ouverte à tous les vents, de l’«afrojazz». «La musique est comme un diamant, elle a plusieurs facettes que je continue à explorer en permanence», déclarait-il à la RTBF en 2003.

L'éclectisme made in France

Son éclectisme, sa capacité à réunir les pans culturels de son parcours, ne seront jamais pris en défaut. Il faut se souvenir que lorsque le jeune Manu Dibango débarque en étudiant à Marseille en 1949, avec 3 kilos de café dans ses bagages en guise de monnaie d’échange, il est français, protectorat oblige. Mais son parcours scolaire va rapidement souffrir de sa fascination pour le jazz.

Happé par cette passion, il joue rapidement de plusieurs instruments, mais c’est un ami africain qui lui prête son premier saxophone. Le musicien aimait à rappeler ses virées dans le Paris du St-Germain des années 1950 où il pouvait croiser Sydney Bechet ou Boris Vian. C’est pourtant à Bruxelles que le Camerounais s’installe dans le circuit des clubs, où il rencontre Le Grand Kallé, père de la musique congolaise moderne avec lequel il enregistre ses premiers succès africains.

Ces ouvertures le font revenir – au Congo et au Cameroun, pays dont il a repris la nationalité à l’indépendance en 1960 - sur son continent d’origine où il est déjà acclamé. Après y avoir introduit le twist, il finit par revenir en France où il monte sa propre formation et joue du clavier pour Dick Rivers et Nino Ferrer. Son album de 1969, «Saxy Party» est propulsé par le rhythm’n’blues.

Le goal de «Soul Makossa»

En 1972, alors qu’il enregistre en France pour la TV et la publicité des titres qui ont depuis été réunis dans l’excellent album «African Vodoo» (réédité l’an dernier),

il demande à composer l’hymne de la 8e édition de la Coupe d'Afrique des Nations de football, qui a lieu au Cameroun. Personne ne se souvient de l’hymne, mais la face B du 45t n’est autre que «Soul Makossa» qui devient son plus grand tube, d’abord en France puis à New York, repéré par un DJ.

Le morceau n’a pas fini de rebondir: il sera emprunté par Quincy Jones et Michael Jackson pour l’album «Thriller», sur le titre «Wanna Be Startin' Somethin'». Cet usage non-autorisé donnera lieu à des démêlés judiciaires que Manu Dibango ne gagnera pas mais qui lui vaudront des dédommagements financiers que son large sourire avait tendance à estimer très corrects…

En voyage africain

Figure incontournable des Africains de Paris, le saxophoniste a toujours eu des sentiments ambivalents à chacun de ses retours au pays, mais il n’a jamais cessé d'explorer les musiques du continent en érudit qui rappelait volontiers que ses débuts dataient de sa fréquentation, à l’église, de Bach et Haendel - ces dernières années, il tournait d’ailleurs avec un ensemble symphonique.

L’album «Waka Juju» lui aussi réédité (en vinyle) se penchait ainsi en 1982 du côté du Nigéria, mais le souffleur réalise son plus grand rêve en 1994 avec «Wakafrika» où il embarque des artistes de toutes provenances - Youssou N'dour, King Sunny Adé, Salif Keïta, Angélique Kidjo, Papa Wemba, mais aussi Peter Gabriel et Sinéad O'Connor - dans son taxi-brousse pour réenregistrer les tubes de toute l’Afrique.

Bienveillant, d’une humilité sans chichis, ce grand monsieur de la sono mondiale s’est toujours évertué à découvrir et à réunir, malaxant le groove avec douceur et chaleur.

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