«Je suis terrorisée par le monde aujourd'hui»

MusiqueKeren Ann a à la fois la sérénité due à l'expérience et l'angoisse de la mère de sa petite Nico. Son album exprime les deux

L'Israélo-Franco-Néerlandaise est revenue vivre à Paris après quelques années new-yorkaises.

L'Israélo-Franco-Néerlandaise est revenue vivre à Paris après quelques années new-yorkaises. Image: Amit Isareli

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Avant son troisième passage à Montreux lundi soir, Keren Ann semble sereine dans sa loge. Elle se réjouit de présenter au Club son septième album, You’re Gonna Get Love, sorti après cinq ans de silence. La «faute» à la naissance de sa fille, Nico, en 2012. Rencontre.

Comment va Nico?
Elle va bien. Elle me suit en général en tournée, sauf ici où j’ai fait l’aller-retour en 24 heures.

Elle a changé votre façon d’écrire?
Non, je n’ai pas fait «l’album de la maternité». Bien sûr que ma vie a changé, mais beaucoup de femmes songwriters ont fait de longues pauses d’écriture, Patti Smith, Kate Bush, Ricky Lee Jones. La composition coulait de source, j’ai travaillé pour le théâtre et le cinéma. Pour l’écriture de chanson, il a fallu que je réaménage mon temps. On est obligé, quand on écrit, d’être concentré sur soi. On n’est pas du tout dans cet état-là quand on est parents, surtout quand les enfants sont très petits.

Votre album semble plus abouti que les précédents...
Avec le temps, on devient plus exigeant avec l’écriture. Côté structure, on cherche des choses plus simples. Là, j’ai approché le blues, quelque chose qui pourrait paraître simple. Mais il faut arriver à mettre une vraie histoire dans ces répétitions de couplets et de refrains. Même les chansons qui n’ont pas le format blues dans la surface, comme Easy Money ou You’re Gonna Get Love ont quand même le format blues au départ.

Cela vous permet d’approcher cette mélancolie poétique que vous affectionnez?
La mélancolie a toujours existé dans mes chansons, aussi bien dans les plus rythmées, celles qui passaient à la radio, que dans les ballades que j’adore écrire.

Et vous avez pris un réalisateur, une première pour vous.
Je voulais faire un album live, avec un son très live, sur une base guitare-basse-batterie, avec énormément d’espace, quitte à faire ensuite des overdubs de claviers ou de cordes. Je ne pouvais pas être à la console pour enregistrer du live.

Vous ne pouvez pas rester pour voir Patti Smith mercredi?
Non, hélas, je joue à Lyon au Fourvière. Mais je l’aie vue à l’Olympia l’hiver dernier. C’est très beau, très poétique. Elle fait partie des femmes qui savent mélanger la poésie avec de belles compositions, qui aiment le rock et les statements, la force dans l’écriture, la force dans la féminité. C’est totalement pour moi le visage du rock’n roll.

Vous venez d’Israël, vous vivez à Paris ou à New York, des villes meurtries par le terrorisme…
Je suis totalement terrorisée par ce qui se passe aujourd’hui dans le monde. Aujourd’hui, on n’a plus que des extrêmes. Aux Etats-Unis, on a Bernie Sanders, qui est fantastique, qui est la voix du peuple, mais on a aussi Donald Trump. On n’arrive plus à trouver un équilibre entre l’angoisse et la peur d’un côté et l’espoir. Money makes the world go round.

Vous parlez peu de politique dans vos chansons?
Je parle d’amour mais la politique est souvent dans mes chansons, même intimes. Bring Back, The River That Swallows All the Rivers , You Know Me Then parlent d’enfants partis à la guerre, de frontières qui divisent...

Aborder le monde par des histoires intimes, c’est une écriture de femme?
Non, Dylan, Springsteen ou Cohen le font. C’est notre manière de pouvoir sentir les choses à l’extérieur et de les ramener vers soi, de pouvoir toucher celui qui est en face de nous en lui faisant passer un message fort.

Après deux albums en français et quatre en anglais, vous allez réécrire en français?
Oui, je passe plus de temps en France, à Paris, et ça me revient même si les gens qui partagent ma vie ne parlent pas français. Mais c’est une écriture différente. Cet album-là n’aurait pas pu exister en français. (24 heures)

Créé: 05.07.2016, 11h41

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Le disque

You're Gonna Get Love

Keren Ann

Distr. Universal

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