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Johnny Hallyday, à tombeau ouvert

Entendu lundi à Paris dans le plus grand secret, le disque posthume du chanteur s’est révélé une expérience troublante et une réussite musicale.

WARNER

«À aucun moment je n’ai pensé que ce disque sortirait ainsi.» Maxim Nucci a la mine triste. Face à lui, dans la salle de répétition parisienne de Warner Music, une quarantaine de journalistes et une dizaine de fans ont été réunis dans un secret digne d’un transfert d’espions pour écouter en primeur l’album le plus important – en tout cas médiatiquement et commercialement – de l’année: celui de Johnny Hallyday. En compositeur et producteur, Maxim Nucci, alias Yodelice, répond aux questions. Un homme manque, celui dont on fête le disque. Le 51e, le dernier. Le posthume.

Une heure plus tôt, la voix du disparu avait traversé la pièce, capitonnée dans autant d’écouteurs que portait chaque invité afin d’éviter tout enregistrement pirate. Pas une note ne doit filtrer des onze chansons, dont une instrumentale, avant la mise en vente de l’objet, vendredi 19 octobre à minuit (des magasins ouvriront leurs portes pour l’occasion). De casque en casque, donc, «Mon pays c’est l’amour» s’est dévoilé. Une expérience invraisemblable. Comment recevoir autrement cette première chanson, titrée «J’en parlerai au diable», où Hallyday met en scène son arrivée dans l’au-delà et sa discussion avec le Malin? Sur un tempo appuyé, dans une ambiance d’orgues hiératiques pas loin de ses productions des années 70 («Que je t’aime»), il défie la mort, lui qui savait alors sa fin proche. Des dix titres, sept furent interprétés fin septembre 2017, deux mois avant son décès. Trois avaient été capturés en mars, après qu’il eut appris la récidive de son cancer.

Aucune manipulation ou ajout vocal n’a été effectué de façon posthume, il s’agit de sa voix seule, brute. Et elle surprend: la puissance demeure intacte mais une clarté nouvelle (ou ancienne, celle de sa jeune époque) l’enveloppe. Les premiers titres chahutent ainsi un rock’n’roll de gosse marqué par Chuck Berry où le gamin du Golf-Drouot chatouille ses idoles. «4 m2» se veut ensuite un blues sudiste du meilleur effet, lardé de guitares slide, tout comme «L’Amérique de William». Aucune mièvrerie de variété mais beaucoup de rock musclé aux épais arrangements parcourent ce disque qu’il rêvait à destination des stades. Quelques effets faciles («Back in L.A.», cliché aux mauvais textes de Miossec) ne parviennent pas à émousser la force de l’ensemble, rage vitale quand il honore l’esprit du rock, rugissements d’outre-tombe quand sa voix d’imperator surgit de morceaux plus denses et lourds, comme un ultime message aux vivants. «J’aurais voulu rester pour le pire et le meilleur, mais je ne suis qu’un homme». (Dernières) paroles de Johnny.

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