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La tournée inaugurale des Lausanne Soloists éblouit

Lancé à Evian en février, l’ensemble de Renaud Capuçon a fait tente comble à Tannay.

Dans le «Concerto pour deux violons» de Bach, Renaud Capuçon dialogue avec son ancienne élève, Alexandra Conunova.
Dans le «Concerto pour deux violons» de Bach, Renaud Capuçon dialogue avec son ancienne élève, Alexandra Conunova.
Fabrice Nassisi

Applaudissements nourris sous la tente comble des Variations Musicales de Tannay mardi pour la vingtaine de musiciens à cordes réunis sous la bannière des Lausanne Soloists. Renaud Capuçon vient d’emmener de l’archet ses jeunes recrues dans les élans passionnés et élégiaques de la «Sérénade pour cordes», de Tchaïkovski. L’interprétation est effectivement d’une grande beauté plastique et d’un engagement à toute épreuve. Encore plus électrisante que les concertos de Bach joués en première partie dans une veine certes plus romantique que baroqueuse, mais assumée avec un souci de pureté constant.

Porté par l’enthousiasme de ses musiciens et du public, le violoniste flotte sur un nuage: «Nous savons maintenant que nous pouvons faire arrêter la pluie!» plaisante-t-il. Ce concert radieux avait en effet commencé sous les dernières gouttes des averses ininterrompues de la journée. Et lors du raccord vers 18 h, il tombait encore des cordes, couvrant presque par leur bruit celles qui se chauffaient sur scène.

L’invitation de Tannay était un passage obligé pour Renaud Capuçon, ami fidèle du petit festival de La Côte. «C’est un festival auquel je suis très attaché, reconnaît le virtuose. Il n’a pas de grande salle, mais on s’y sent bien et il n’y a que des bonnes intentions. Il est très suisse, dans le bon sens du terme.» Ce rendez-vous marquait aussi la dernière étape d’une dizaine de concerts depuis le lancement des Lausanne Soloists qu’il a fondés en février. Après quelques jours de résidence et un concert inaugural à Évian, l’ensemble avait fait le plein à Lausanne, à Grenoble, à Aix-en-Provence et à Mougins.

Rebelote cet été: cinq concerts en huit jours avec le même programme Bach et Tchaïkovski dans les doigts et 4500 km de bus entre Menton et Grafenegg, réunissant jusqu’à 2000 auditeurs à La Roque-d’Anthéron. «Avec Menton, Rocamadour et La Roque, nous avons testé le plein air, qui pose de vrais problèmes de précision, d’intonation, indique le violoniste. L’exercice est encore différent à Tannay où, pour une tente, ça ne sonne pas sec du tout.» On pourrait même ajouter que, par rapport au chantier du mois de février, la cohésion et la réactivité du groupe impressionnent. L’expérience des Lausanne Soloists marque incontestablement une nouvelle réussite pour le violoniste savoyard et pour la Haute École de musique de Lausanne où il enseigne depuis 2014. Ce succès était-il à ce point prévisible? Il faut reconnaître que tout ce que Renaud Capuçon entreprend suscite l’intérêt et l’enthousiasme, du grand public comme des artistes. Cheffe d’attaque des Lausanne Soloists, Alexandra Conunova mène aujourd’hui une carrière ascendante de soliste. Avait-elle vraiment besoin de suivre son ancien professeur dans son projet pédagogique? «Non, c’est plutôt par reconnaissance, suggère la violoniste moldave. Je ne peux pas lui offrir des engagements, comme il l’a fait pour moi. C’est un plaisir et c’est aussi pour moi un apprentissage au niveau humain.»

Pour Renaud Capuçon, la réalité de ce collectif dépasse tout ce dont il avait rêvé. «Ce sont évidemment des jeunes encore en apprentissage, précise-t-il. Mais il n’y a aucun infantilisme dans notre échange. Dès que nous sommes sur scène, on est entre professionnels et ils le sentent. Ils n’ont pas 15 ans d’orchestre derrière eux, par contre, ils transmettent une fraîcheur et une envie de jouer incroyables.»

En évoquant ce bonheur palpable, le violoniste ne peut s’empêcher de repenser à ses jeunes années à lui, quand il était violon solo du Gustav Mahler Jugendorchester sous la conduite de Claudio Abbado. «Je lui avais demandé pourquoi il passait tous ses étés avec des jeunes, alors qu’il dirigeait Berlin et Vienne le reste du temps. «Tu comprendras quand tu auras mon âge», m’avait-il répondu. Je ne l’ai pas encore, mais j’ai compris. Je retrouve ici cette qualité de «musiquer» ensemble – zusammen musizieren – dont parlait Abbado.» Les heureux élus ont déjà réservé les deux prochaines sessions des Lausanne Soloists en hiver et en été 2020.

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