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Les travaux d’Hercule de George Petrou

Le chef d'orchestre grec dirige «La donna del lago». Interview parue dans le Supplément Opéra de janvier 2018.

Le chef d'orchestre grec George Petrou.
Le chef d'orchestre grec George Petrou.
Ilias Sakalak

De grands yeux ardents, un menton déterminé, un geste athlétique: George Petrou est un héros fascinant de la culture grecque contemporaine, fier résistant au marasme économique qu’il voit presque comme une manière de tester la capacité des artistes à travailler différemment. Le pianiste athénien est devenu en très peu d’années une référence de la direction d’orchestre dans le domaine de la musique ancienne et de l’opéra baroque avec son ensemble Armonia Atenea, en accompagnant notamment les productions de Max Emanuel Cencic dans les meilleurs festivals européens et en disque chez Decca (Alessandro, Ottone et Arminio de Haendel, Siroe de Hasse). Avec son ensemble, le chef d’orchestre était venu à Lausanne diriger l’électrisant Siroe en 2016. Pour Rossini, il conduira l’OCL comme chef invité.

L’émergence en quelques années – et pourrait-on dire au pire moment – de cet acteur culturel grec sur la scène internationale a quelque chose de fascinant. A écouter George Petrou, la crise lui aurait presque servi de tremplin. «A vrai dire, le mot crise ne fait pas partie de notre vocabulaire. Nous avons toujours voulu l’ignorer en essayant d’agir normalement, de penser au lendemain, à l’année prochaine. Nous avons évidemment beaucoup travaillé, probablement fait les bons choix et eu beaucoup de chance.» Quand George Petrou est appelé comme principal chef invité de la Camerata d’Athènes en 2009, cet ensemble jouant sur instruments modernes existe depuis 1991 comme orchestre rattaché au Megaron, la grande salle de concert athénienne. Il y introduit petit à petit des instruments anciens, sans abandonner sa polyvalence initiale, pour le profiler dans le répertoire en vogue mais très concurrentiel de la musique baroque. Et il change son nom en Armonia Atenea, le terme de Camerata étant devenu à ses yeux trop démodé. Bingo! «Nous avons acquis un nouveau statut et même augmenté notre audience locale, constate le chef, en partie parce que les gens voulaient rester en contact avec l’art, mais en partie aussi parce que nous avons développé une approche davantage tournée vers le public.» La plongée dans cet Atlantide aux trésors encore engloutis que représente la corpus de musique ancienne, George Petrou l’a appliquée à lui-même avant d’emmener ses musiciens dans ces territoires. «En tant que pianiste, j’avais un certain succès, en particulier mon duo avec Christos Papageorgiu, et j’aime mon instrument, mais je souffrais de solitude et je sentais aussi les limites de mon instrument pour jouer Bach, Scarlatti et même Mozart.» Le déclic de l’approche historique, George Petrou le ressent très fort à l’écoute de l’enregistrement d’Ariodante de Haendel par Marc Minkowski: «J’avais l’impression de découvrir un nouveau monde, inouï. Je ne pouvais plus continuer à l’ignorer.» Le nouveau fer de lance du mouvement baroque ne boude cependant pas les orchestres modernes: «Je suis convaincu qu’avec les instruments d’époque, on comprend mieux comment la musique a été composée – et c’est le cas précisément pour Rossini. Mais un orchestre comme l’OCL est très expérimenté sur les musiques des XVIII e et XIX e siècles. Certains musiciens savent d’ailleurs jouer sur les deux types d’instruments, et le plus important est le style. On peut tout à fait donner une interprétation fraîche et inspirée. Et chez Rossini, c’est autant le génie mélodique que le sens du théâtre qui captivent.»

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