La trompette d’Ibrahim Maalouf dans l’oreille de Dalida

InterviewLe souffleur vient de sortir un album inégal de reprises de la chanteuse de variétés. Entretien.

Ibrahim Maalouf distribue les cartes du répertoire de Dalida à un allstars de chanteurs français.

Ibrahim Maalouf distribue les cartes du répertoire de Dalida à un allstars de chanteurs français. Image: Yann Orhan

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Trente ans que Dalida a quitté les lumières impitoyables du show-biz et celles, pas assez consolantes, de la vie. Pendant longtemps symbole d’un kitsch de variétés, la chanteuse italo-égyptienne n’a pas attendu cet anniversaire funèbre pour connaître une réhabilitation légitime. En 2001 déjà, que Dominique A reprenne Les enfants du Pirée dans son album Auguri était un signe qui ne trompait pas.

Aujourd’hui, le trompettiste Ibrahim Maalouf, champion de l’éclectisme toutes catégories – entre jazz, musique arabe et pop –, s’attelle à une visite du répertoire sentimental de la belle disparue. Interview téléphonique de l’un des très rares instrumentistes à avoir atteint le statut de star ces dernières années – même s’il chante aussi.

Cet album, c’est une idée de maison de disques?
Non, non, je le porte complètement. C’est un vrai album, même si le chemin a été assez long pour y arriver. Barclay, le label historique de Dalida m’avait contacté et j’ai d’abord pensé comme vous et j’ai répondu que cela ne m’intéressait pas. Comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, je me suis dit que j’en avais envie pour autant que je puisse choisir les chansons et créer de beaux arrangements en toute liberté. Ils auraient pu refuser ma proposition, mais ils ont tout accepté: le choix des artistes invités, le big band… Ce n’est donc pas un projet commercial mais un authentique hommage. J’ai tout validé.

Avant de vous lancer quel était votre rapport avec l’univers de Dalida?
On ne connaît jamais rien complètement. Ma mère l’écoutait quand j’étais petit, mais il y a beaucoup de choses que j’ai découvertes en cours de route, comme Je me repose ou la moins connue Love in Portofino. Et nous avons une histoire familiale marrante en relation avec elle: le frère de ma grand-mère, Antoine, – qui nous a quittés récemment – a été une conquête de Dalida! Ma grand-mère était une Égyptienne d’origine libanaise, comme celle de Matthieu Chedid. Toutes deux évoluaient dans le cercle de Dalida, à l’époque où elle n’était pas connue.

Vous ne faites pas que réaliser et jouer. Vous chantez aussi…
Ce n’est pas une nouveauté, je l’ai déjà fait, mais c’est anecdotique ici. Sur J’attendrai, je chantonnais avec Melody Gardot pour lui indiquer ce que je voulais – ce genre de projet ressemble parfois à de la direction d’acteurs – et elle m’a demandé de chanter avec elle. On s’amusait bien, cela fonctionnait avec ce côté brésilien qui me rappelait Caetano Veloso. Mais nous ne nous prenions pas au sérieux: la légèreté cela fait du bien.

Alain Souchon, - M - & Monica Bellucci, Rokia Traoré, Arno: cet album tient du who’s who. Une façon de montrer votre influence actuelle?
Pas à ce point-là! Il y a surtout moins une envie de featurings qu’une pertinence dans les choix. Les participants correspondent à mon premier choix quand j’ai pensé ces chansons. Maurane, avec sa voix entre jazz et chanson, est la seule qui n’a pas pu participer car elle avait une opération qui la rendait indisponible. Je n’ai pas voulu la remplacer et Il venait d’avoir 18 ans est restée instrumentale. Mais il n’y a aucun choix stratégique.

L’album lui-même est très éclectique. À votre image?
Je crois qu’il y a, en plus du fil d’Ariane de Dalida, elle-même très diverse, une logique musicale et d’instrumentation cohérente du début à la fin. Sauf dans le piano-voix d’Izia sur Laissez-moi danser. Ensuite, les chansons voyagent aussi, je ne voulais pas qu’elles se ressemblent toutes, mais l’album garde un mood jusqu’à l’arrivée.

Vous dites souvent que vous allez arrêter la trompette. Vous confirmez?
J’ai dit que, passés mes 40 ans, je ne serai plus présenté comme trompettiste. Ce sera devenu secondaire. Je compose déjà beaucoup de musiques de film. J’aimerais en réaliser plus. Mais je me méfie surtout du piège de la routine, je ne veux pas tomber dans la facilité. Un jour, un chanteur connu, avec une longue carrière, m’a demandé son avis sur son album avant la sortie. Je lui ai dit que ses chansons étaient belles mais que les arrangements étaient un peu datés – je les aurais un peu modernisés. Il m’a répondu: «Si je fais ça, les gens ne vont pas comprendre.» C’est exactement ce que je n’aimerais pas à avoir à dire. Je ne veux pas m’habituer au énième concert. Par contre, je n’arrêterai jamais la musique.

Qu’en est-il de l’affaire de mœurs dont on vous a accusé au début de l’année?
Il n’y a aucune suite légale, sauf pour le journaliste qui a sorti cette inanité sans faire son travail jusqu’au bout – sans enquêter, sans m’appeler alors qu’il avait mon numéro de téléphone – et qui va payer pour ça. Il est ahurissant de voir à quelle vitesse tout cela a été repris sans que personne ne vérifie. La vérité ne se propagera malheureusement pas à la même vitesse.

Créé: 26.11.2017, 18h29

L'album

Sur pièces, l’idée de redéployer l’univers sentimental de Dalida s’avère plus complexe qu’on pouvait le penser. L’affaire commence d’ailleurs très mal avec un Alain Souchon qui chevrote un «Bambino» où le lustre de la trompette ne fait que souligner ses effets de voix cacochymes. Les cabotinages de Ben l’Oncle Soul sur «Come Prima» aggravent encore l’impression de dénaturer des chansons qui exigent intensité et candeur, à moins de les considérer comme de simples terrains de jeu… Pour une fois, le pire de l’album a été placé à l’entame! Le duo fruité bossa avec Melody Gardot exhale des langueurs bienvenues avant que le «Paroles Paroles» de - M - et Monica Bellucci ne viennent, enfin, signer la première réussite dramaturgique de l’ensemble quand Matthieu Chedid fait fuser le «Caramel» pendant que l’actrice soupire d’amour – «Je te jure! Que tu es beau!» La recherche de profondeur, voire d’une certaine gravité avec Izia ou Rokia Traoré, est ensuite plus payante, tandis que le «Salma Ya Salama» de Mika pèche par excès de clinquant. Un pot-pourri trop inégal où brille encore un Arno déchirant.

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