Passer au contenu principal

Verbier intronise sobrement son tzar

La manifestation valaisanne a ouvert ses portes pour la 25e fois, jeudi, en compagnie du nouveau directeur musical de l’orchestre, Valery Gergiev. Récit d’une soirée vibrante.

Le chef d’orchestre russe Valery Gergiev a dirigé pour la première fois dans sa nouvelle fonction de directeur musical de l’orchestre du festival de Verbier.
Le chef d’orchestre russe Valery Gergiev a dirigé pour la première fois dans sa nouvelle fonction de directeur musical de l’orchestre du festival de Verbier.
Aline Paley

À Verbier, où les coups d’éclat et les cascades de paillettes semblent à tout moment relever du possible, on aura assisté jeudi soir à une ouverture des portes d’une sobriété quasi janséniste. Voilà de quoi étonner d’entrée de jeu. Certes, l’événement, qui fête cette année son quart de siècle d’existence, déroulera, le 25 juillet, des décamètres de tapis rouge et une liste opulente d’artistes incontournables pour graver dans ses annales une soirée d’anniversaire qui s’annonce inoubliable. Mais, à l’opposé de cette promesse, les tonalités un rien compassées de la soirée liminaire, tout comme les réactions du public, somme toute tièdes à l’issue du concert, en ont surpris plus d’un. En attendant des soirées plus enflammées, le mélomane fidèle aura retrouvé dans ces hauteurs alpestres quelques constances, grandes et petites, qui donnent du relief à un rituel à la fois musical et mondain.

Coupettes et encas

Ainsi, après les retrouvailles entre amis sous les tentes VIP qui jouxtent la grande salle des Combins, après les coupettes à bulles et les encas, après les coups d’œil distraits au programme de la soirée et les récits condensés de l’année écoulée depuis les dernières rencontres, tout le monde a pris place dans une salle surchauffée. D’autres traits immuables ont retrouvé alors leur forme: la scène en 16/9 peuplée de jeunes venus des cinq continents, la voix fidèlement monocorde de celui qui vous enjoint d’éteindre le téléphone portable, et puis l’arrivée du maître des lieux. Fondateur et directeur du festival, Martin Engstroem a ainsi foulé la scène vêtu de son immanquable costard crème. Il a fait apparaître de ses poches les feuilles de son discours et s’est lancé, dans un français teinté d’accents nordiques.

Ses mots de bienvenue ont rappelé sommairement, par traits impressionnistes, la success story qu’incarne la manifestation; les premiers pas parfois chancelants et l’envie présente de viser haut dans les exigences artistiques. La liste succincte des remerciements qui ont suivi laisse entendre quels ont été les appuis sans lesquels rien, de ce projet culturel aujourd’hui puissant, n’aurait pu prendre forme en 1994. Les appuis apportés par Nestlé et UBS, et par leurs dirigeants de l’époque, tous assez vite conquis par le projet, ont été particulièrement salués.

Quelques minutes plus tard, les lumières sont tamisées. C’est le moment de croiser quelques valeurs sûres du festival. Celles de l’orchestre et, surtout, de son nouveau directeur musical, le Russe Valery Gergiev. Divinité vivante de la baguette, l’homme en complet anthracite, cravate bleue et chemise blanche a déjà œuvré par ici à plusieurs reprises. Mais avec son nouveau statut, il ajoute une charge supplémentaire dans un agenda déjà insoutenable pour le commun des mortels. Le patron de l’Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg a mené ses nouveaux protégés à travers un programme bigarré qui a permis à quelques jeunes solistes de réaffirmer l’étendue de leur talent.

L’heure de trois talents

Ce qui fut le cas du violoniste suédois aux origines russes Daniel Lozakovich, qui a impressionné par la profondeur expressive de son jeu et par ses qualités techniques (un legato souvent éblouissant) dans l’«Introduction et Rondo capriccioso op. 28» de Camille Saint-Saëns. Et ce fut le cas aussi de la Sud-Africaine Pretty Yende, soprano espiègle à la voix puissante, qui a régalé les spectateurs dans un extrait de l’opérette «Candide» de Leonard Bernstein. Et enfin, ce fut le cas du pianiste Américain George Li, prodigieux dans une pièce (le «Premier Concerto pour piano et orchestre» de Mendelssohn) d’un intérêt plutôt relatif.

Les véritables frissons sont arrivés en deuxième partie de concert. On aura été surtout soufflé par les qualités de l’orchestre dans une des pièces fétiches de Gergiev: «Shéhérazade» de Rimski-Korsakov. Préparée dans le moindre détail, cette œuvre aux accents orientaux a trouvé des couleurs soyeuses et puissantes, portée par des chefs de pupitre (très exposés) particulièrement inspirés. Le patrimoine le plus visible du festival – la centaine de musiciens réunis sur scène après être passés par de rudes sélections – a réaffirmé tous ses atouts. Cela promet de grands jours avec le tzar russe.

Verbier Festival, jusqu’au 5 août. Rens. www.verbierfestival.com

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.