Pour Verdi, l’Opéra fait exploser le décor

Arnaud Bernard a imaginé un visuel impressionnant pour «Simon Boccanegra», l’œuvre à découvrir dès dimanche. Reportage avec le chef des ateliers de construction de décors.

Jean-Luc Reichenbach (g.), responsable de l’atelier de construction des décors, et Arnaud Bernard, metteur en scène, apprécient le travail accompli.

Jean-Luc Reichenbach (g.), responsable de l’atelier de construction des décors, et Arnaud Bernard, metteur en scène, apprécient le travail accompli. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Des ponts-levis basculant sur le plateau, hissés par des treuils, des rouleaux de câbles suspendus dans le vide, des silhouettes de roues dentées et un chariot-grue caché dans les coulisses. Le décor de «Simon Boccanegra», de Giuseppe Verdi, construit à l’Opéra de Lausanne évoque davantage une gravure de prison imaginaire de Piranèse ou les machines de guerre de Léonard de Vinci plutôt qu’un chantier naval, s’il n’y avait pas l’ouverture sur la mer imprimée en toile de fond.

Les luttes politiques étaient âpres dans la Gênes du XIVe siècle. En imaginant son décor, le metteur en scène Arnaud Bernard avait cette intuition: «D’abord, créer un espace qui fait jouer l’imaginaire. Un lieu scénique unique, une sorte de machine-théâtre, machine-bateau, machine de guerre. Machine à broyer les vies.» Virgile Koering, son assistant qui a dessiné les plans, précise encore l’idée: «Cette machinerie traduit ce qui se passe dans la tête de Simon, entre les intrigues du pouvoir et le sort de sa fille.» L’opéra de Verdi, à voir dès dimanche, montre en effet le doge en proie aux pires conspirations. Mais le fait que sa fille Amelia, perdue et retrouvée, soit la petite-fille de son ennemi Fiesco vient tendre l’intrigue jusqu’à la mort de cet homme pris au piège du pouvoir.

La réalisation de cet imposant décor a occupé durant plusieurs mois les ateliers de construction de décors de l’Opéra. Son responsable, Jean-Luc Reichenbach, a même dû faire appel à des renforts. «Nous avons profité que les techniciens du plateau étaient moins sollicités sur «La donna del lago» pour les faire venir à l’atelier. Il y avait aussi beaucoup d’éléments mécaniques à monter.» Il a fallu en effet concevoir un moyen pour faire descendre les ponts-levis avec les moteurs des cintres. «Mais comme on les monte à la verticale, ils n’ont plus l’inclinaison nécessaire pour redescendre de leur propre poids, détaille Jean-Luc Reichenbach, d’où la mise en place d’un système de béliers actionnés par des machinistes en coulisses qui font basculer les passerelles jusqu’à ce qu’elles puissent être prises en charge par le treuil électrique.»

En février, lors de notre passage à Romanel, Béatrice Lipp, peintre en décors, colorait déjà les grands panneaux du grand mur gris, posés à plat sur le sol. C’est elle aussi qui a donné une patine hyperréaliste de vieux bois vermoulu à la frise Renaissance du palais ducal. «Avec Arnaud Bernard, on avait envie de travailler sur l’aspect maquette, détaille Virgile Koering. À l’époque, les architectes produisaient des grandes maquettes en bois de leurs bâtiments. Certaines ont été conservées en Italie.» Celle-ci prend des proportions géantes, 8 mètres sur 15, formée d’une douzaine d’éléments combinant le bois, le polystyrène et l’aluminium. «La façade est l’élément que j’ai le plus «mouliné», reconnaît Jean-Luc Reichenbach. Elle devait peser moins d’une tonne et, au final, elle ne fait que 450 kilos, moins que le mur du fond, qui en pèse 850.»

Après les quatre représentations lausannoises, les décors seront démontés, installés dans quatre camions semi-remorques et la production sera remontée à Maribor, en Slovénie, et à Bari, dans les Pouilles.

Lausanne, Opéra

Di 3 (17 h), me 6 (19 h), ve 8 (20h), di 10 (15h)

Rens.: 021 315 40 20

www.opera-lausanne.ch

Créé: 01.06.2018, 10h40

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