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Vincent Peirani, l’accordéoniste volontiers «voleur et bricoleur»

Le musicien ouvre le festival lausannois mercredi. Coup de fil à un soufflet assez rock

Quand un musicien émerge de l’anonymat malgré le double handicap de l’accordéon et du jazz, il n’est pas difficile d’imaginer ce que son parcours suppose, non seulement de talent et de travail, mais aussi d’affirmation de soi. Car évidemment, les a priori sur cet instrument demeurent puissants, à moins de s’appeler Richard Galliano. Celui qui arrive mercredi au festival lausannois JazzOnze + a 38 ans et se nomme Vincent Peirani.

Depuis quelques années, il s’impose à son tour en champion du soufflet sur les terrains musicaux les plus divers, que ce soit avec ses complices récurrents, le saxophoniste Émile Parisien ou le pianiste Michael Wollny, qu’il épaule la chanteuse Youn Sun Nah ou qu’il prête ses sonorités inventives au rappeur Gaël Faye et au chanteur Stromae. Dans un passé révolu, il a même évolué au sein d’un groupe inspiré par le metal, les United Colors of Sodom! Même dans ses propres albums – il vient de publier «Night Walker» avec son quintet Living Being –, ses choix font le grand écart entre Led Zeppelin et Purcell, quand il ne compose pas le reste.

Comment avez-vous commencé à jouer de l’accordéon?

Ce n’était pas un choix personnel, mon père m’a forcé! J’écoutais du rock et je voulais jouer de la batterie. La grosse misère… Un instrument connoté qui vous renvoie aux grands-parents. Mais je suis un bon élève. Un an plus tard, grâce à la clarinette – encore mon père –, j’ai découvert le répertoire classique, qui m’a retourné. On m’a dit: si le classique te plaît, tu peux aussi le jouer à l’accordéon. J’ai cru à une blague, mais non. J’hallucinais d’entendre Bach ou Mendelssohn sortir de mon accordéon. Petit à petit, cela m’a fait découvrir les possibilités d’un instrument. Un mariage forcé mais heureux.

L’instrument vous a ouvert l’esprit?

À l’époque, j’écoutais Nirvana, Rage Against The Machine. Je nourrissais une passion pour le rock seventies. Mais je jouais du classique, tout en continuant à écouter du rock. Cela me frustrait. Se saisir d’un truc de Deep Purple à l’accordéon, ça n’allait pas de soi, mais il n’y avait pas de raison, je me débrouillais dans ma chambre sur «Smoke On The Water». Au début, c’était une démarche inconsciente, je copiais la guitare, la batterie, je trouvais de nouveaux sons. Progressivement, j’ai pris conscience que ce qui m’importait était de raconter des histoires. Pour simplifier, je suis juste un voleur et un copieur doublé d’un bricoleur qui sait s’adapter!

Cela vous a amené vers le jazz?

J’ai toujours été curieux de toutes les musiques, sans a priori. Je peux aimer tous les styles. Le meilleur chemin pour trouver ce qui nous plaît, c’est de chercher, en artisan qui façonne la matière sonore. Le jazz est un terrain propice à ce jeu avec sa culture de liberté, d’ouverture.

Facile de s’imposer dans ce milieu avec un accordéon?

Même après avoir travaillé à raison de douze-treize heures par jour, le plus dur était à venir! Il fallait jouer des coudes, alors que je pensais les jams de jazz ouvertes à tous, amicales. On me demandait si je jouais, et quand je disais «de l’accordéon», il y avait un silence, un grand blanc. «Ce sera bientôt ton tour», et on ne m’appelait jamais. La première fois que j’ai pu jouer, c’est grâce à une pinte de bière qu’un gars m’avait renversée accidentellement dans le dos. J’ai demandé à jouer le prochain morceau. Il ne pouvait pas refuser, il était tellement gêné.

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