La vision de Dick Annegarn au cœur de la Fête

Fête des VigneronsLe chanteur folk s’est installé à Vevey pendant trois jours pour enregistrer les visiteurs. Le temps d’assister au spectacle avec un œil critique. Rencontre.

Dick Annegarn traque la culture populaire partout où elle se niche et se transforme. À Vevey, il n’a pas trouvé son compte.

Dick Annegarn traque la culture populaire partout où elle se niche et se transforme. À Vevey, il n’a pas trouvé son compte. Image: CHANTAL DERVEY

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«On rame un peu, mais on va se rattraper.» Et, de fait, dimanche dernier, le petit studio d’enregistrement improvisé au théâtre Oriental-Vevey, d’abord peu fréquenté, commence à se remplir de jeunes filles qui se lancent dans la «Chanson du Petit Chevrier», un classique de la Fête des Vignerons. Soutien de l’association Les Amis du Verbe, Dick Annegarn, 67 ans, s’est installé à Vevey pour recueillir les expressions populaires de la tradition, du folklore, de toute forme d’héritage culturel que l’oralité continue à charrier d’une génération à l’autre.

«La culture est ce qui reste quand on a tout oublié», revendique le chanteur francophone d’origine néerlandaise qui se passionne autant pour les musiques gitanes ou marocaines. «C’est un travail de mémoire auquel il faut parfois donner un coup de pouce. Les gens se souviennent souvent des deux premiers couplets mais ça se complique ensuite. Pas grave: on peut utiliser internet comme une petite bibliothèque. Je connais mes 200 chansons, mais pas beaucoup plus. Trenet en avait 800 et on dit de Dylan qu’il en a 2000, et il les balance toujours presque en slam, dans un télescopage de mots où les rimes et les métriques permettent de ne pas oublier le texte.» Du côté de sa propre production, le chanteur de «Bruxelles» cite volontiers le refrain de son titre «Ubu» (écouter la chanson ci-dessous): «Il avait un tout petit zizi et un gros cul/Le père Ubu».

On l’aura compris, Dick Annegarn, qui parle volontiers d’«oraliture», traque la culture populaire partout où elle se niche, se transforme, se déplace et persiste. «Je me réjouis par exemple que le rap quitte l’autobiographie, le «je», le «moi» – et le monde cruel! – pour raconter des histoires, inventer des personnages. Le folk, et donc le blues et la chanson, crée des narrateurs qui parlent au nom d’un peuple.»

La vigne en superproduction

À son arrivée, vendredi, à Vevey, il a bien sûr aussitôt assisté à la tradition de la Fête des Vignerons, mais sans y trouver son compte, adressant au spectacle des critiques qu’il n’est pas seul à formuler. «C’est surproduit, la scénographie est trop lourde. J’ai un peu de peine avec le spectacle total, cela me rappelle certaines manifestations avec l’armée qui défile à Bratislava. Des moments comme celui de la petite fille qui danse traduisent superbement la vigne comme suc de la terre, mais ils sont noyés dans l’excès des effets, la surenchère technologique. Le récit n’est pas clair. Il aurait besoin d’un zig-zag entre effets forts et effets faibles, qui manquent… Après, on perçoit le plaisir des participants, de leurs familles dans les gradins, mais cela ne suffit pas à créer l’émotion.»

S’il cherche les pistes des rituels et des célébrations d’aujourd’hui, Dick Annegarn n’en oublie pas pour autant les exemples du passé. «Cela fait trois cent cinquante mille ans qu’on se raconte des histoires. Les épopées. Les fêtes grecques comme les Dionysies et leurs joutes poétiques étaient aussi largement accomplies par le peuple, sans toujours avoir besoin des écrivains! Il y a un génie populaire de l’ivresse, du grotesque, de l’excès.» Et si Dionysos était un demi­-dieu, le chanteur rappelle que nos idoles n’en sont parfois pas loin. «Johnny vit encore!»

Attentif aux «bruissements populaires qui ajoutent des qualités aux choses», il salue les symboles si puissants de la nature et de la mort dont les traditions s’emparent souvent avec humour. «Il y a un manque d’humour et de moquerie. C’est aussi le cas dans le rock, d’ailleurs, à part dans le hard-rock.» Aucun pessimisme, pourtant, chez cet artiste activiste qui observe un retour aux circuits courts, aux démarches low energy et aux réveils identitaires. «Cela peut donner lieu à un fascisme régionaliste aussi, mais on se rend surtout compte que notre grand-mère pouvait être sexy. Elle aussi a baisé, rigolé, s’est enivrée.»

Créé: 22.07.2019, 19h39

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