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La voix de Duras dans leur souffle

À Morges et Monthey, Sandrine Bonnaire, Marcello Giuliani et Erik Truffaz font entendre deux textes de l’écrivaine. Entretien avec le trompettiste.

Basse, trompette et voix au service de «L’homme assis dans le couloir» et «L’homme atlantique» de Duras.
Basse, trompette et voix au service de «L’homme assis dans le couloir» et «L’homme atlantique» de Duras.
VALERIE CARY

«Allo? Ah, ça tombe bien, j’allais partir faire des courses, je dois acheter du PQ.» À téléphoner au trompettiste Erik Truffaz, le registre n’est pas absolument durassien, plutôt bukowskien! «Bukowski, on a aussi travaillé sur ses textes, mais les droits sont surprotégés. C’est drôle d’ailleurs quand on songe au personnage… Il n’y a pas forcément beaucoup de points communs entre lui et Duras, si ce n’est leur amour immodéré du vin et le fait que ce sont tous deux des provocateurs.»

Si le musicien a réalisé des essais sur la prose de l’Américain avec le comédien Jean-Luc Bideau – tous deux présenteront finalement «Une nuit avec Hamlet» du poète tchèque Vladimir Holan, en février au Théâtre de Vidy – c’est pourtant bien sur Marguerite Duras et ses textes «L’homme assis dans le couloir» et «L’homme atlantique» que le musicien a jeté son dévolu. Son spectacle «L’Homme A», actuellement en tournée avec l’actrice Sandrine Bonnaire et son complice de toujours, le bassiste Marcello Giuliani, passe par Monthey et Morges.

Le renouvellement par Picasso

On connaissait la passion littéraire qui anime le souffleur. Il confirme avec exigence mais aussi avec une préoccupation d’évolution artistique en tête. «C’est un souci majeur, poursuit celui qui assure en parallèle plusieurs projets dont une tournée en hommage aux 20 ans de son album «Bending New Corners» de 1999. Le fer de lance du renouvellement est incontournable et je dois trouver des solutions pour changer de formes et dire des choses intéressantes. Parfois cela tient au hasard…» L’amorce de ses multiples collaborations textuelles s’est jouée lors d’un spectacle avec Jacques Weber autour des textes politiques de Picasso. «J’ai rebondi sur le procédé.»

Après un spectacle réalisé avec le dessinateur Enki Bilal où l’image prenait une place prépondérante, les mots, la littérature, s’invitent au centre de sa partition. Pour dire Duras, Erik Truffaz a immédiatement pensé à Sandrine Bonnaire. «Quand je l’ai appelée, elle m’a dit qu’elle allait justement me contacter pour composer la musique de son prochain film, elle était en train d’écouter mon album avec l’électronique de Murcof, très sympa pour planer tranquille.» Les deux projets aboutiront.

Sur les gammes de l’amour

Dans les choix des textes – évoquant tous deux l’amour, mais sur des gammes différentes –, le trompettiste a d’abord choisi des œuvres courtes en raison des contraintes d’un spectacle, mais a aussi dû envisager les liens possibles entre voix et musique. «Il y a une contrainte atmosphérique dans ce genre de projet. Avec «L’homme atlantique», on plonge dans ses souvenirs de manière tranquille et acoustique. «L’homme assis dans le couloir» est un texte très érotique. Si ce n’était pas Duras, qui écrit si bien, ce serait presque pornographique, avec des phrases comme «la chair des seins est douce et chaude, on s’y embourbe». On se lâche un peu plus dans cette évocation électrique des ébats entre un homme et une femme.»

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