De la voix jazz et de la fleur bleue

MusiqueFrançais et jazz font bon ménage dans les albums de Sarah Lancman et Camille Bertault. Cueillette.

Sarah Lancman chasse la piste amoureuse sur un jazz chanté en français. Une nouvelle réussite.

Sarah Lancman chasse la piste amoureuse sur un jazz chanté en français. Une nouvelle réussite. Image: Daniel Lober et Hugo Chevallier

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«J’ai eu envie d’écrire en français pour me dévoiler davantage, ne plus me cacher par pudeur derrière la langue anglaise. Et il y avait aussi l’envie, le défi, de faire sonner ces mots sur du jazz.» Après Inspiring Love, son deuxième album leste et élégant qui effectuait hors de l’anglais deux incursions dans sa langue maternelle, Sarah Lancman a définitivement franchi le Rubicon des langues avec son nouvel enregistrement, un À contretemps majoritairement écrit dans la langue de Verlaine, pour citer un poète qu’elle affectionne.

Dans sa volonté musicale de «faire de la voix un instrument» et de «choisir chaque mot pour sa sonorité», la Française, qui a longtemps résidé dans la région lausannoise au temps de ses études à la HEMU, admet qu’«avec le jazz, tout est plus maniable pour s’accorder les phrases et les rythmes».

«Et si tu n’existais pas/Dis-moi pourquoi j’existerais»: si, de sa voix irrésistible, l’espiègle nous chante au téléphone l’entame de la fameuse chanson de Joe Dassin, ce n’est pas en vue d’une déclaration, mais pour illustrer la parenté de sa démarche de femme du jazz avec la tradition de la chanson française. «La limite entre les styles est infime. Le jazz permet de l’improvisation et une richesse dans les harmonies, mais je me sens très proche d’une approche à la Michel Legrand. Gainsbourg a d’abord été pianiste de jazz, ses premières compositions en portent la trace.» De retour de Nantes, elle a en tête la chanson du même nom de Barbara, qui l’impressionne non seulement pour sa sublime tristesse, mais aussi pour l’usage de poinçon très concret dans son texte. «Quand elle mentionne le Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup, je suis happée par un sentiment d’authenticité.»

L'amour, toujours...

Épaulée par le virtuose du piano Giovanni Mirabassi, partenaire du label Jazz Eleven qu’ils viennent de fonder et émule de Bill Evans avec qui elle peut conjuguer son penchant pour un lyrisme aussi swing que raffiné, la chanteuse n’en met pas moins l’amour au centre des thématiques d’À Contretemps. «L’amour, la rupture… Toutes les facettes de ce l’on peut vivre, avec une prédilection pour ce que l’on ne dit habituellement pas, comme ces séparations où l’on aime encore.» Dans les vertiges de son ardeur à écrire, celle qui se rêvait poète dès l’enfance admet qu’elle y met du sien. «Forcément, il y a une part de moi, de vrai… Comme un acteur qui va chercher au fond de lui pour se transcender. Ce n’est pas pour rien que nous sommes des hypersensibles!»

Habituée du Chorus lausannois où elle a encore joué en novembre dernier, Sarah Lancman s’apprête à partir en tournée au Japon où elle retrouvera Toku, trompettiste et crooner qui apparaît sur deux titres d’À contretemps. Mais pour l’heure, elle fêtera son 30e anniversaire ce samedi à Paris en suivant un concert de Camille Bertault (lire ci-contre).


Sarah Lancman
«A contretemps»
Jazz Eleven

Créé: 19.01.2018, 20h57

Concurrence en «French touch»

Plus ludique, mais aussi plus démonstrative, Camille Bertault sort un album le même jour que celui de Sarah Lancman. Son «Pas de géant» évolue lui aussi sur les allées d’un jazz chanté en français. Avec son titre en clin d’œil à une vidéo où elle reprenait vocalement le «Giant Steps» de John Coltrane – performance qui avait attiré l’attention sur la vocaliste –, cette collection généreuse de 16 titres tient du feu d’artifice où les pyrotechnies de scat (ces onomatopées du jazz) explosent sous les formes les plus diverses.



Que Camille Bertault, emprunte à Françoise Hardy («Comment te dire adieu» de Serge Gainsbourg), à Brassens («Je me suis fait tout petit») ou à Brigitte Fontaine («Conne»), qu’elle mitraille les «Variations Goldberg» de Bach ou qu’elle déclare sa flamme à Ravel et à Debussy, cette délurée fait feu de tout bois, quitte parfois à forcer le trait. Mais l’on ne cite pas Brigitte Fontaine impunément. Coloré.

Camille Bertault
«Pas de Géant»
Sony

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.