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«La zarzuela est un genre qui nous appartient»

Roberto Forés Veses dirige une version revisitée de «Doña Francisquita». Rencontre avec un chef espagnol déterminé.

Roberto Forés Veses est directeur de l’Orchestre national d’Auvergne depuis 2012. Il est aussi fin connaisseur du répertoire slave et nordique.
Roberto Forés Veses est directeur de l’Orchestre national d’Auvergne depuis 2012. Il est aussi fin connaisseur du répertoire slave et nordique.
VANESSA CARDOSO

L’homme est assez petit, posé, discret, très peu démonstratif. Roberto Forés Veses n’a rien du cliché du chef d’orchestre qui en impose et étale son charisme. On pressent davantage chez le musicien catalan le goût du détail et de la précision, l’économie d’un marathonien endurant qui doit tenir près de trois heures dans la fosse. C’est ce qui l’attend dès dimanche à l’Opéra de Lausanne dans «Doña Francisquita» d’Amadeo Vives, une grande zarzuela créée à Madrid, en 1923. Roberto Forés Veses a fait ses premières armes de chef dans ce répertoire incontournable en Espagne. Il est notre guide.

Que représente la zarzuela en Espagne?

La zarzuela est un genre qui nous appartient, à nous Espagnols, plus que n’importe quel autre. C’est une musique populaire, destinée au peuple. On grandit musicalement avec. Quand j’étais petit, les gens écoutaient la zarzuela à la radio, mes grands-parents étaient de grands amateurs. À Valence, ma ville natale, deux théâtres proposaient de la zarzuela et presque pas d’opéra.

À la fin du franquisme, qui en a fait un art très nationaliste, n’était-elle pas devenue quelque chose de poussiéreux?

C’est vrai, mais les choses changent. Comme jeune violoniste, je cachetonnais dans des zarzuelas. On n’y voyait qu’un public âgé. Avec les dialogues évoquant une réalité encore plus ancienne, cela représentait un double anachronisme. On se sentait en décalage. Malgré tout, quand j’étais étudiant en direction d’orchestre, j’ai monté avec des amis de mon âge des productions bon marché dans des villages en dehors des grands centres, pour offrir ces œuvres à un public local. Et comme l’opéra, c’est une très bonne école pour apprendre à diriger. Le répertoire a aussi été repris par des jeunes metteurs en scène qui ont dit que ce genre devait se perpétuer, qu’il gardait une actualité. Et la qualité est là.

Pourquoi en joue-t-on si peu à l’étranger?

L’obstacle de la langue! Les dialogues sont longs et parlent d’une réalité disparue. Rajeunir la zarzuela, c’est précisément le propos du metteur en scène Lluís Pasqual dans «Doña Francisquita». Il a tout réécrit les textes. Au 1er acte, il imagine une session d’enregistrement de l’œuvre dans les années 30 sans les dialogues pour en faire un produit d’exportation. Les chanteurs s’en offusquent. Et aussi une partie du public, qui a hué la création du spectacle au Teatro de la Zarzuela à Madrid. Mais dès le 2e acte, on sent une évolution, avec la reconstitution d’un studio de télévision et au 3e, du ballet moderne, avec une amplitude encore plus grande.

Quelles sont les sources d’inspiration de Vives??

Il y a des influences plus larges que l’esprit purement madrilène de la zarzuela d’origine. On entend des musiques de cabaret, des séguedilles, du flamenco, un célèbre fandango. Beaucoup de castagnettes. Vives s’inspire aussi clairement de Verdi, de «La bohème» de Puccini, de Wagner, de Richard Strauss qu’il a rencontré. Cet opéra sonne comme «Pini di Roma» que Respighi a écrit à la même époque, avec une profusion de couleurs riches portées à la dimension d’un opéra.

Vous dirigez depuis 8 ans l’Orchestre national d’Auvergne. Le contact avec l’OCL est-il du même ordre?

Oui, avec un orchestre de chambre, on ne peut pas se cacher, on est tous à découvert. On peut passer 5 minutes sur 5 mesures. Ils sont demandeurs, ils ont une exigence et un amour de bien faire. Et ça tombe bien. Dans cette musique, il faut beaucoup de souplesse. Il n’y a pas deux mesures égales.

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