Zaz, une petite valse et ça repart

InterviewÀ peine une pause, un voyage en solitaire, puis un album, «Effet miroir», et la chanteuse à nouveau arpente les scènes du monde. Passage à l’Arena de Genève le 14 février.

Zaz, chanteuse française, repart en tournée avec «Effet miroir», son troisième album.

Zaz, chanteuse française, repart en tournée avec «Effet miroir», son troisième album. Image: Yann Orhan

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Stable à l’export – 300'000 exemplaires de «Paris» en 2014 – mais baisse substantielle en France – 300'000 du même album, contre 550'000 du précédent, «Recto Verso», en 2013, contre 1,1 million du premier, «Zaz», en 2010… Si Zaz plaît toujours aux francophones, elle entretient des rapports privilégiés avec l’étranger, l’Allemagne notamment, la Suisse alémanique également. Cela étant, Zaz, dont on disait à ses débuts, raisonnablement ou non, qu’elle avait le timbre d’Édith Piaf, reste, toutes proportions gardées, une grande vedette. Un quatrième album est paru fin 2018, «Effet miroir». En ce début d’année, Zaz entame une tournée, avec passage à l’Arena de Genève, jeudi 14 février. La voici au bout du fil, pour dire comment ça va, «comme ci, comme ça»…

«Effet miroir», joli titre pour parler de soi?
Pour dire qu’on a des filtres quand on regarde le monde. Prendre un bisou, ce n’est pas recevoir une claque. Mais la vérité sur les choses me semble relative…

Que voyez-vous dans la glace?
Je me sens beaucoup plus «ancrée» qu’avant. Je n’accuse plus tout le monde de tous les maux. Au lieu de cela, je tâche de me comprendre moi-même. Aujourd’hui, je me sens plus libre, plus joyeuse. Je n’angoisse plus.

Vous chantez «Ma valse», une valse triste, qui raconte comment, «vivante et reine dans un monde innocent», on vous regarde «souffrir quand, vulnérable, vous avez peur d’être vue». Confessions pour un métier à risque?
C’est une chanson de guérison. Manière de dire qu’il ne faut pas s’encombrer de trop de filiations. S’accepter, être libre. Elle peut même faire plaisir aux gens, cette chanson.

C’est vous, «Ma valse»? Écriture et composition?
C’est moi. Elle est venue… comme ça. J’essayais d’écrire, j’étais en plein blocage. Il était 5 h du matin. Je regardais un film, une scène d’enterrement. J’ai mis sur pause. C’est sorti d’un jet, avec la mélodie. Je me suis dit: «Merde, j’ai écrit une chanson!» Elle était parfaite, à peine s’il y avait deux fautes de syntaxe.

«Ma valse» fait état d’un sentiment de mélancolie tenace…
Oui. Mais à la fin, je lâche prise. Et tout va mieux.

«Laponie», un texte déclamé en toute fin de l’album «Effet miroir», raconte votre abandon aux vastes étendues de l’extrême nord de l’Europe. C’est ce même lâcher-prise?
Le vide, le calme… En Laponie, l’expression «beauté de la nature» convient parfaitement. J’ai vu les parhélies, cet effet d’optique qui vous fait voir trois soleils. J’y suis resté cinq jours. Voyager pour soi, c’est un rêve, pas nécessairement inaccessible.

«Trois tours du monde»: la publicité résume ainsi l’enchaînement, particulièrement important, des concerts que vous avez donnés ces dernières années, en Europe et en Amérique latine notamment. S’arrêter, partir en Laponie, c’était éviter de crever?
Se retrouver dans le rien du tout, avec soi-même, met dans un état de transe, de méditation. Vous n’êtes pas bien, mais vous êtes seul: paradoxe. J’ai besoin de l’intensité des tournées, de cet état d’esprit comme à la colo’. J’ai besoin d’aligner les concerts, les rencontres avec les fans, avec les ONG, de faire les interviews. Ça me nourrit. Mais à un moment donné, cependant, je suis trop remplie, je ne peux plus rien mettre. Quand j’ai commencé à avoir du succès, c’était ça. Je voulais profiter. J’ai fini par m’oublier. Aujourd’hui, on s’organise. Pas plus de trois concerts d’affilée, sinon ma voix casse. Je respecte un équilibre. C’est le travail de l’équipe qui m’entoure. Pour moi, c’est le travail d’une vie.

L’entreprise Zaz, ce n’est pas un vain mot. Le succès amène des responsabilités supplémentaires. Il s’agit de faire vivre les gens qui travaillent avec vous. Pesant?
Je préfère ne pas y penser. Ce métier, c’est ma passion. J’adore être là-dedans.

Vous sentez-vous vulnérable sur scène?
Mes premières scènes, je tombais dans les pommes. Le regard des autres m’importait tellement. Depuis, je ne me juge plus, il n’y a plus de brèche. Cela dit, des choses trop profondes pour qu’on s’y engouffre, j’en garde toujours.

Chanteuse, c’est un métier de fou?
Il faut aimer l’intensité. Aimer tout court. Accepter la musique qui fédère, qui relie. Aimer son public aussi. C’est un équilibre à trouver: si je ne m’aime pas, alors aimer le public deviendrait chose impossible. Question de confiance. Celle-ci m’est donnée notamment par l’équipe qui m’entoure, les musiciens, les techniciens. Ces derniers, d’ailleurs, n’écoutent que du metal! Voilà une chose qui relativise, et qui réunit.

Vous aimez-vous vous-même?
Il arrive que je ne m’aime pas.

Pour quelles raisons?
Je ne m’aime pas quand je crie trop.

Rien de grave, alors…
Et quand je fais des fausses notes. Mais à part Céline Dion, qui n’en fait pas? D’y penser, ça me rassure.

Et encore?
Quand je suis mal à l’aise dans mon corps. Je me sens maladroite. Heureusement, dans chaque tournée, une routine s’enclenche, qui permet de se recadrer. Le scat est-il bon? Les arrangements me plaisent-ils? J’ai pu, un jour, être trop brouillon, ne pas assez articuler. C’était le cas de mon premier album. À l’inverse, faire du trop lisse, c’est pas beau non plus, c’est dictateur.

Vous allez chanter «Ma valse» sur cette nouvelle tournée. Que va-t-il se passer, dans votre for intérieur?
Plus je vais la chanter, plus «Ma valse» s’incarnera. Et quand je chante, parfois, je ressens des frissons. L’envie de pleurer. On n’est plus des corps qui écoutent ensemble de la musique, mais un seul corps humain. C’est beau, non?!

Zaz, je 14 fév, 20 h, Arena, Genève. Première partie: Gipsy Traffic, projet jazz manouche du guitariste Guillaume Juhel, accompagnateur de Zaz. Infos: opus-one.ch

Créé: 11.02.2019, 12h37

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