Passer au contenu principal

Les Zoocrates mixent les sons

Thierry Besançon s’associe au sound designer Nicolas Descloux pour augmenter l’orchestre de cette création.

Thierry Besançon (compositeur) et Nicolas Descloux (sound designer) signent la partition musicale des «Zoocrates» à l'Opéra de Lausanne.
Thierry Besançon (compositeur) et Nicolas Descloux (sound designer) signent la partition musicale des «Zoocrates» à l'Opéra de Lausanne.
Vanessa Cardoso

«Attention! Quand on dit que nous utilisons de la musique électronique pour cet opéra, ça ne veut pas dire qu’il y aura de la techno. On est plutôt dans un esprit de dessin animé comme L’âge de glace.» L’avertissement de Thierry Besançon est important car le terme de musique électronique est un grand fourre-tout. D’ailleurs, les spectateurs jeunes et moins jeunes qui viendront découvrir dès vendredi Les Zoocrates, loufoquerie animalière et opératique à l’Opéra de Lausanne seront peut-être surpris par le côté extrêmement discret des effets électroniques du spectacle réalisés par le sound designer Nicolas Descloux. Et c’est parfaitement volontaire. «C’est même mieux si on ne s’en rend pas compte, affirme le compositeur vaudois. Car nous visons à l’intégration des sons artificiels dans l’orchestre, comme une nouvelle section de celui-ci.»

Installé au balcon de l’Opéra à côté de l’imposant équipement informatique de Nicolas Descloux, Thierry Besançon ouvre la partition manuscrite des Zoocrates où la partie électronique est entièrement écrite sous les lignes consacrées aux chanteurs et à l’orchestre. «La composition m’a pris environ un an, détaille le musicien, et cela fait un an que je travaille avec Nicolas sur la plastique sonore. Nous sommes en train de finaliser le mixage en temps réel avec l’orchestre.»

Quelque 200 pistes électroniques

Lundi soir avait lieu en effet la dernière répétition avant la générale, où les derniers réglages des quelque 200 pistes électroniques pouvaient être opérés, spécialement pour ne pas couvrir les solistes. Les sons sont diffusés dans la salle depuis la façade et le fond de scène. Explication de Nicolas Descloux: «En créant un léger décalage entre les haut-parleurs du fond puis ceux de la façade, on trompe l’oreille, et cela donne l’impression que le son vient de partout.»

Dans la fosse où l’OCL a pris place, le chef Andreï Feher est directement connecté à la partie informatique par une oreillette qui lui donne le tempo. Car l’orchestre doit suivre à la microseconde le rythme des sons artificiels – «c’est un sacré défi, avouera le chef à l’issue de la répétition, mais je commence à y trouver une certaine liberté».

Illusion acoustique totale

Dès que la musique surgit, l’illusion acoustique est totale: à part les bruits ouvertement artificiels comme un rugissement de lion, un coup de fusil, un effet mystérieux ou drolatique de réverbération, il est presque impossible de distinguer les sons réels des sons artificiels. D’autant plus que Nicolas Descloux et Thierry Besançon s‘amusent à brouiller les pistes. Si tel solo de saxophone est entièrement produit par synthèse sonore, cet écho de violon flottant dans le lointain provient d’un véritable violon préenregistré dans le studio de Nicolas Descloux et enrobé d’un halo électronique. Le percussionniste de l’OCL a fort à faire, mais ce n'est pas lui qui joue des bongos, des congas, de l’udu, de l’octoban, de la calebasse ou du balafon.

Les deux experts en bidouillages homme-machine n’en sont pas à leurs premiers essais. Ils ont déjà commis deux créations avec des ensembles d’harmonie dans A l’horizon de Janus et Mécamorphose, ou pour reproduire les effets électroacoustiques des musiques de films avec l’Orchestre Bande-Son que dirige Thierry Besançon. Mais ils n’avaient jamais poussé si loin la richesse des couleurs électroniques et la complexité rythmique. «Au final, nous cherchons à créer une ambiance différente de la vie réelle et même de celle d’un concert normal, suggère l’informaticien, et faire ressortir la poésie grâce à la technologie.»

L’inspiration vient directement de Hollywood, qui a expérimenté cet alliage en studio. Thierry Besançon cite Jerry Goldsmith et son chef-d’œuvre «somptueux» de Star Trek Nemesis. Les Zoocrates peuplent un univers plus léger voire désopilant. Mais finalement, qui imite qui: les animaux singeant les hommes, ou plutôt les machines?

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.