Nicole Croisille s’éclate au «Cabaret»

SpectacleLa chanteuse et actrice joue au Théâtre du Jorat dans la fameuse comédie musicale. Entretien avec une acharnée de la scène.

Dans le «Cabaret» mis en scène par Olivier Desbordes,à découvrir au Théâtre du Jorat et en spectacle de fin d'année au Reflet de Vevey, Nicole Croisille (à g.) reprend le rôle de Fräulein Schneider.

Dans le «Cabaret» mis en scène par Olivier Desbordes,à découvrir au Théâtre du Jorat et en spectacle de fin d'année au Reflet de Vevey, Nicole Croisille (à g.) reprend le rôle de Fräulein Schneider. Image: Manuel Peskine/LDD

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«Il y a un moment que je suis sur le tarmac. Depuis mes 18 ans, je n’ai jamais arrêté.» Même si elle n’a pas sa langue dans sa poche, Nicole Croisille ne se la raconte pas. A l’affiche de la fameuse comédie musicale Cabaret jusqu’à la fin de la semaine au Théâtre du Jorat, la chanteuse et actrice sait d’où elle vient et où elle va. «J’avais envie d’autre chose, de sortir de mon tour de chant où je tournais en rond, assène-t-elle au téléphone. C’est dur d’avancer quand on est adopté par les gens: ils aiment quelques chansons de la même couleur et ils ne veulent pas vous laisser faire autre chose!»

L’interprète d’Une femme avec toi, de Téléphone-moi ou d’Emma – tous ces titres plébiscités pour leur forte teneur en «sentiment, en émotion» – a su élargir son horizon et retrouver des amours anciennes avec les planches de la comédie musicale, déjà arpentées à la fin des années 1950. «C’est une chance extraordinaire pour une fin de carrière, il aurait été idiot de ne pas sauter dessus. Le risque est total, mais je m’en fous. A 79 ans, c’est excitant.» D’autant plus que les projets se bousculent au portillon. Après son rôle de Fräulein Schneider dans le Cabaret, mis en scène par Olivier Desbordes, elle enchaînera avec une Irma la douce, programmée dès septembre à Paris et un Opéra de quat’sous à suivre.

Celle qui confesse une «carrière bizarroïde» n’a jamais cherché à suivre une ligne droite. «Tous les moyens sont bons quand il s’agit de distraire, de faire réfléchir ou d’émouvoir les gens. J’ai toujours essayé de mener à terme le plus de disciplines artistiques possibles.» Dès l’enfance, Nicole Croisille attrape le virus de la scène. «C’est du moins ce que me disait ma mère, qui m’a toujours soutenue, au contraire de mon père qui plaidait pour un vrai métier par sécurité. Aujourd’hui, c’est peut-être plus facile pour les jeunes: il n’y a plus de sécurité de l’emploi nulle part, même dans la fonction publique.»

Aventures à foison

Sa soif d’apprendre la lancera dans toutes sortes d’aventures. De sa première virée aux Etats-Unis avec la troupe du mime Marceau, elle reviendra avec la passion du jazz, glanée à Chicago et très vite partagée avec son ami Claude Nougaro. «A chaque fois qu’il sortait un album, il me donnait un titre pour mon tour de chant, mais j’ai fini par mettre un peu d’eau dans mon vin «jazzique» et m’occuper de ma carrière de comédienne, alors que lui a toujours dû exprimer le jazz pulsé et le son qui fait sens.»

Les premiers succès de Nicole Croisille seront pourtant souvent marqués par la culture américaine, que ce soit sa reprise de Ray Charles ou ce I’ll never leave you, titre très soul annonçant le film Les jeunes loups de Marcel Carné, en 1968. «Le film a fait un bide, mais on a fait un tube. Tout le monde demandait: «Qui est cette chanteuse noire américaine?» J’écoutais du gospel à 19 ans et j’ai découvert Sidney Bechet en France.»

En 1964, elle atterrit à New York en meneuse de revue pour les Folies-Bergères au Broadway Theatre. «Un vrai bouillon parce qu’il n’était pas question de seins nus pour la censure américaine. Nous avons donc dû protéger les tétons de ces jeunes femmes.» Les siens aussi, du même coup. «Cela perdait de son intérêt, mais j’en ai profité pour écumer tous les cours de danse et de tout le reste en ville.» Lors du séjour, elle assiste à la création de Hello, Dolly!, «l’une des plus belles comédies musicales». «Des années plus tard ( ndlr: en 1992), on m’a proposé le rôle. J’ai d’abord cru à un gag!»

Pour cette version de Cabaret – qu’elle aurait refusée si elle avait été chantée en français –, elle a insisté pour ne pas mettre en avant son aura de chanteuse de variétés. «Si l’on me reconnaissait tout de suite, c’était foutu!» Le spectacle lui a ouvert des portes, mais elle en est aussi très fière. «C’est plus fort qu’Evita, pourtant très fort aussi. Là, il s’agit de la montée du nazisme.» De ses propres souvenirs de l’Occupation, elle retient le traumatisme des descentes à la cave pendant les bombardements. «N’essayez pas de me réveiller quand je dors profondément, même si je dors moins profondément qu’avant.» La scène la garde éveillée.

Créé: 18.06.2015, 09h03

Les débuts de Nicole

1936Naissance le 9 octobre, à Neuilly.

1957Participe à la comédie musicale L’apprenti fakir, de Jean Marais.

1960 Premier voyage aux Etats-Unis avec la troupe du mime Marceau.

1961 Son adaptation du Halleluya,I love her so de Ray Charles a du succès. Première partie de Brel à l’Olympia.

1966 Enregistre Chabadabada avec Pierre Barouh pour le film de Claude Lelouch Un homme et une femme. Elle retrouvera le réalisateur et le compositeur Francis Lai à plusieurs reprises.

1973 S’impose comme interprète avec des titres composés pour elle.

1976 Triomphe à l’Olympia.

A l'affiche

Une comédie musicale aux succès historiques

De la nouvelle de Christopher Isherwood, I Am a Camera (1939) au film Cabaret de Bob Fosse, en 1972 avec Liza Minnelli, il a fallu passer par une adaptation théâtrale de John Van Druten en 1951 pour arriver à la création de la comédie musicale à Broadway, en 1966, dans une mise en scène de Harold Price qui décrochait huit Tony Awards.

Depuis, ce spectacle qui évoque la montée du nazisme sous les paillettes amoureuses d’une boîte de nuit berlinoise a connu des versions renommées, comme celle de Sam Mendes en 1998, présentée en français dès 2006. Jérôme Savary le montait en 1986 avec Ute Lemper, puis Dee Dee Bridgewater dans la reprise de 1995. Au Jorat, sa fille, China Moses reprend le flambeau chez Olivier Desbordes.


Mézières, Théâtre du Jorat
Je 18 (20 h), sa 20 (20 h) et di 21 juin (17 h)
Rens.: 021 903 07 55
www.theatredujorat.ch
Puis:
Vevey, Théâtre du Reflet
Je 31 décembre (18 h et 22 h)
Rens.: 021 925 94 90
www.lereflet.ch

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