Nîmes parie sur Rome et ouvre un beau musée

CultureÀ côté des arènes, le Musée de la romanité assoit la réputation de la ville comme fleuron de l’Antiquité, alors que son inscription au Patrimoine mondial attend l’approbation de l’Unesco.

Défi relevé par l’architecte Elizabeth de Portzamparc: faire dialoguer la modernité du verre sérigraphié de la façade du nouveau bâtiment avec les pierres antiques des arènes. À l’intérieur, une muséographie intelligente et limpide, agrémentée d’animations numériques, met en valeur les 5000 pièces archéologiques sélectionnées. Image: MUSÉE DE LA ROMANITÉ/STÉPHANE RAMILLON

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Nîmes méritait le détour pour ses arènes et sa Maison carrée. Elle vaut désormais le voyage si l’on ajoute à ces grands classiques de l’Antiquité son nouveau Musée de la romanité, qui ouvre ses portes samedi 2 juin. Confiée sur concours à l’architecte franco-brésilienne Elizabeth de Portzamparc, la construction de ce bâtiment de 10 000 m2 à côté de l’amphithéâtre romain est audacieuse. «Nous avons usé de toutes les techniques contemporaines pour éviter le pastiche. Il y a dialogue de formes entre le rond des arènes et le carré du musée. Celui-ci est posé sur un socle transparent, comme l’amphithéâtre l’est sur ses arcades», expose Alexandre Belle, représentant du cabinet de la lauréate, 2Portzamparc. «Quant au revêtement de la façade, constitué de tesselles en verre sérigraphié, il rappelle les mosaïques romaines et évoque le drapé d’une toge. Des ondulations sont créées par effet cinétique.» Argentée ou mordorée suivant l’heure du jour, rétroéclairée et illuminée la nuit, cette peau semble parcourue d’émotions fugaces. Elle bée par endroits, laissant voir les arènes et la ville depuis l’intérieur du musée.

Reconstitutions numériques

À l’arrière du bâtiment, un jardin public de 3500 m2 permet aux passants de se familiariser avec les vestiges archéologiques de l’ancien rempart, dont la trace passe exactement sous le musée (lire ci-dessous). Le toit-terrasse, lui aussi ouvert à tous, dessine «une place urbaine en hauteur d’où l’on peut admirer la ville à 360 degrés», pour reprendre les mots d’Alexandre Belle. On y retrouve la rotondité de l’amphithéâtre antique dans une longue rampe de forme elliptique. Un vaste plancher de bois est laissé libre pour les flâneurs. Un bar et un restaurant, supervisé par le chef étoilé de Carcassonne Franck Putelat, agrémentent les lieux. «Nous avons souhaité créer un musée urbain, vivant, ouvert à tous, rien d’élitaire. Un lieu de rassemblement pour les Nîmois, dit-il, et tant mieux s’ils souhaitent en profiter pour visiter les collections du musée.»

Au rez, un passage traverse le bâtiment. Il permet au public d’admirer, dominant l’atrium, l’un des fleurons du Musée de la romanité sans acheter de billet: un fragment de fronton faisant directement référence à la naissance de Nîmes (Nemausus pour les Romains). Il ornait en effet l’un des bâtiments monumentaux du sanctuaire de la Source, au pied du Mont-Cavalier, érigé à l’emplacement d’une fontaine sacrée gauloise autour de laquelle s’est développée la première communauté gauloise, dès le VIe siècle av. J.-C. Suspendu à 15 mètres du sol, le fronton est assorti d’une reconstitution numérique du temple, éclairante pour les non-initiés. «L’installation de cette pièce extrêmement lourde a représenté un chantier dans le chantier», relève Alexandre Belle. Chaque bloc a été modélisé, afin d’identifier le centre de gravité de l’ensemble du fronton. Pour faire tenir les pièces entre elles sans les sceller, l’entreprise chargée de cette mission délicate a utilisé une technique de translation assortie de contrepoids, inspirée… de la balance romaine utilisée dans l’Antiquité.

À l’intérieur du musée, le visiteur retrouve la couronne des arènes antiques dans la rampe d’escalier en métal brossé, elle aussi circulaire. Une muséographie à la fois simple, esthétique et efficace guide agréablement le public. «Le musée est conçu comme une porte d’entrée pour la compréhension de la ville de Nîmes», souligne Dominique Darde, conservatrice en chef du patrimoine, responsable de l’institution. «Il permet de diffuser auprès d’un très large public les richesses de son patrimoine architectural.» Le parti pris muséologique est clair: «Faire parler les objets, c’est-à-dire les replacer dans le contexte de leur création et de leur usage.» Les Nîmois ne seront pas les seuls à apprendre beaucoup sur leurs origines. Les Romains, faut-il le rappeler, ont fondé de nombreuses colonies en Suisse romande: Nyon, Avenches et Martigny notamment. L’espace des collections permanentes – 5000 pièces, sur les 25 000 que compte le fonds de la Ville de Nîmes – est divisé en trois sections. La visite commence par la période précédant la conquête romaine. Nîmes est, à l’âge du fer, la principale agglomération du Languedoc. À la fin du VIe siècle av. J.-C., des peuples s’installent aux abords de la Source de la Fontaine; la reconstitution d’une maison gauloise illustre leur vie quotidienne. Les Gaulois n’ont pas d’écriture, aussi usent-ils, durant la période de transition précédant la conquête romaine, de l’alphabet grec pour transcrire leur langue. «Il s’agit d’une particularité locale sans équivalent», nous apprend Manuelle Lambert, conservatrice adjointe. «Attestée par des inscriptions, essentiellement dans un contexte religieux, en gallo-grec.»

Le parcours aborde ensuite le vif du sujet: à la fin du IIe siècle av. J.-C., les Romains prennent possession de la Source de la Fontaine, vénérée par les Gaulois, et de la bourgade. Nemausus prend son essor. Les riches Romains se font bâtir des villas agrémentées de somptueuses mosaïques, comme celle de Penthée ou celle de Bellérophon. Le musée se montre ici particulièrement didactique: des dispositifs multimédias, des animations graphiques et des reconstitutions en mapping, parfois interactives, donnent au visiteur une idée précise d’une salle de réception ou d’une chambre à coucher d’alors. «Une muséographie doit alterner les moments d’apprentissage, de contemplation et d’interaction – grâce aux moyens numériques d’aujourd’hui», déclare Alexandre Belle. Des «boîtes du savoir», procédé mis au point par Elizabeth de Portzamparc, ont été disposées en guise d’introduction au début de chaque section du parcours. Celui-ci se termine avec le Moyen Âge.

L’îlot Grill, une friche urbaine depuis 25 ans

Les Nîmois découvrent tout ceci dès aujourd’hui. Le premier à pousser la porte du Musée de la romanité offrira à Jean-Paul Fournier, maire de la ville depuis 2001 (Les Républicains), un frisson de satisfaction attendu depuis longtemps: «Durant vingt-cinq ans, cette parcelle surnommée l’îlot Grill, en référence à l’ancienne quincaillerie qui se trouvait là, est restée en friche.» L’élu, amateur de formules, n’hésitait pas à la qualifier de «dent creuse» défigurant un quartier des arènes auquel il rêvait de redonner le sourire. «Les oppositions se sont succédé; une seule personne déposait recours sur recours, jusqu’à la Cour européenne. Un original habitant à Montpellier, dont le père était né dans la rue et qui ne voulait pas y voir un bâtiment contemporain.» Le cauchemar a pris fin. Jean-Paul Fournier peut inscrire son nom dans la pierre de Nîmes, comme vingt-cinq ans avant lui Jean Bousquet avec son Carré d’art, bâti par Norman Foster. Le Musée de la romanité, malgré les atermoiements, est resté sagement dans son budget: 60 millions d’euros, dont un peu plus de 35 à la charge de la Ville de Nîmes.

Infos sur: www.museedelaromanite.fr (24 heures)

Créé: 09.06.2018, 18h54

Un nouveau site inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco?

«L’Antiquité au présent». C’est sous cet étendard que Nîmes est partie en campagne, dès 2011, pour gagner ses galons auprès de l’Unesco. Avec de solides arguments. Le patrimoine romain de la ville est conséquent; il est aussi animé régulièrement: dans ses arènes se déroulent corridas, courses camarguaises, concerts, combats de boxe, jeux romains et congrès. La Maison carrée, qui était un temple dédié au culte impérial sur le Forum, est très visitée. De l’ancien rempart, qui enserrait la ville romaine sur 6 km, avec ses 80 tours et ses 10 portes, il reste à voir la tour Magne, la porte d’Auguste et celle de France. Le Castellum, marquant l’arrivée de l’aqueduc d’Uzès (pont du Gard) dans la ville, est sans équivalent en France. Les jardins de la Fontaine et le temple dit, à tort, de Diane, à l’endroit de la source sacrée dédiée au dieu gaulois Nem (ou Nam), est un lieu de récréation très apprécié des Nîmois. Étonnamment, le Musée de la romanité n’est pas retenu comme atout gagnant par les experts de l’Unesco. Dans les couloirs de la Municipalité, on peine à comprendre cette position. Mais pourquoi vouloir «en être» absolument? «Par cette inscription, Nîmes serait reconnue comme valeur universelle à la face du monde», résume Daniel Valade, adjoint au maire et délégué à la Culture. «La décision doit être prise à Bahreïn courant juillet. Selon une étude menée à Albi, ce label amène 30% de visiteurs en plus. Or la première activité de Nîmes, c’est le tourisme culturel et, à côté de notre Musée d’art contemporain qu’est le Carré d’art, l’axe latin est prépondérant.»

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