Noseda, un esthète à Verbier

ClassiqueLe chef d’orchestre est une des figures attendues du festival qui ouvre ses portes vendredi.

L’Italien Gianandrea Noseda présente notamment «Luisa Miller» de Verdi

L’Italien Gianandrea Noseda présente notamment «Luisa Miller» de Verdi Image: SUSSIE AHLBURG

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Le Festival de Verbier ne dévie pas de ce qui fait sa force. Avec l’ouverture de ses portes ce vendredi, on y croisera une fois encore des figures incontournables du paysage classique, qu’elles soient glamour ou discrètes. Le chef d’orchestre italien Gianandrea Noseda est un des invités très attendus dans la station valaisanne, lui qui offre un degré d’exigence et de qualité rares, tant dans le répertoire symphonique que lyrique. A quelques jours de son concert, il répond à nos questions avec un propos généreux et éclairant.

A Verbier, vous proposez des extraits de «Luisa Miller» de Verdi. Comment avez-vous choisi les passages qui seront joués?

Il faut parler avant tout du choix de l’œuvre, qui est intimement lié aux cantatrices et aux chanteurs qui seront présents sur le plateau. Luisa Miller est à mon sens l’opéra qui compte les pages les mieux adaptées à leurs qualités vocales. Quant à la sélection des passages, elle tient compte d’une nécessité importante: celle de sauver les parties vocales incontournables et de garder en même temps la continuité dramaturgique de l’œuvre. Ceci ne veut pas dire que je considère les parties exclues comme moins importantes ou moins belles. Tout cela relève au fond d’un compromis qui permet de donner un résumé cohérent de Luisa Miller.

On n’est pas là face à l’œuvre la plus connue du compositeur italien. Pourtant elle est considérée comme une pièce charnière dans l’histoire de l’opéra. Pour quelle raison précisément?

Disons que Verdi amorce des changements importants dans son discours deux ans avant Luisa Miller, avec la première version de Macbeth, en 1847. Luisa Miller donne une très grande importance à la parole scénique. Les rapports entre les personnages sont approfondis. C’est une œuvre charnière donc, qui ouvre le champ à la grande trilogie populaire du Rigoletto, Il Trovatore et La Traviata.

Verdi, c’est votre grande passion. Comment est-elle née?

J’ai commencé à apprécier Verdi le jour où j’ai décidé de l’étudier. Pendant longtemps, la vision erronée qui veut que Verdi brillait dans les parties vocales et qu’il utilise celles instrumentales comme un simple accompagnement, et bien cette vision je la partageais moi aussi. Puis, un jour, en 1997. j’ai dirigé Rigoletto et je me suis aperçu qu’il y avait dans cette œuvre qu’on considère comme peu novatrice, des partitions d’une grande qualité dramatique et d’une grande cohérence avec le livret. A partir de cette expérience, j’ai complètement revu mon jugement sur Verdi et il est devenu alors un de mes trois compositeurs préférés. Les deux autres étant Beethoven et Chostakovitch.

L’Italie compte sur une grande tradition de chefs d’orchestre. Vous sentez-vous inscrit dans une filiation particulière?

Je ne me sens pas de dire qu’il y a une véritable école italienne. Il y a certes une lignée excellente, de Toscanini, de De Sabata à Abbado, de Muti à Chailly en passant par Gatti. Il y a par contre une certaine manière d’entendre la musique qui peut être qualifiée d’italienne.

Qui étaient vos modèles lorsque vous étudiez la direction?

J’en avais mais ils ne sont pas les mêmes que mes modèles d’aujourd’hui. Je préfère ne pas les nommer alors… (rires). Dans mon parcours je peux citer néanmoins deux chefs à qui je dois beaucoup: Valery Gergiev et Myung Whun Chung. Je les porte dans mon cœur.

A quel genre de défis êtes-vous confronté dans le contexte particulier de Verbier?

En tant que chef, nous devons faire preuve de flexibilité face aux conditions qui se présentent. Il est évident que face aux temps de préparation parfois serrés, on acquiert un degré d’adaptation assez vertigineux. Aujourd’hui, si on me donne six séances de répétition, je les utilise en sachant que je peux développer un certain type de travail; si on m’en donne deux, je sais qu’il faut obtenir le maximum de qualité possible en très peu de temps. Ce qui me plaît particulièrement de Verbier c’est qu’on y croise un nombre considérable de grands artistes durant un laps de temps relativement long, dans une atmosphère de grande convivialité. C’est en cela que ce festival est unique.

En mai dernier vous avez fait vos débuts à la tête du Philharmonique de Berlin. Que retenez-vous de cette expérience?

Sans doute la recherche spasmodique de la qualité qui traverse l’orchestre; le fait de ne pas accepter des compromis. Les Berliner veulent toujours donner le maximum, ce qui les place au-delà du star-system, des modes et des logiques liées au marketing. Et ils l’ont prouvé en nomment à leur tête un chef comme Kirill Petrenko pour succéder à Simon Rattle. Voilà un directeur qui met la qualité musicale au centre de tout. C’est un grand signe de force et de sens de responsabilité de l’orchestre.

Vous avez été élu par le prestigieux magazine «Musical America» chef de l’année. Que vous inspire ce genre de reconnaissance?

Je mentirais si je disais que cela ne me rendait pas heureux. D’autre part, ce prix vous donne une nouvelle responsabilité. Les éclairages qu’on dirige sur vous, vous obligent à garder le niveau et à poursuivre vos recherches.

Gianandrea Noseda, Festival de Verbier, Salle des Combins, lu 20 juillet à 19h. Rens, www.verbierfestival.com

Créé: 13.07.2015, 20h42

Les choix du directeur de Verbier

Comment choisir trois concerts dans une affiche qui regorge de moments immanquables? Martin Engstroem, directeur du Festival de Verbier, accepte l’exercice, et après brève réflexion, il évoque le concert du chef Valery Gergiev (je 23): «J’ai une grande amitié pour le Russe et nous venons de passer trois semaines ensemble, lors du Concours Tchaïkovski de Moscou. Il m’a dit qu’il accepterait de venir à Verbier à condition que je lui soumette un défi. Je lui ai proposé de jouer au piano, chose qu’il ne fait plus en public depuis vingt-cinq ans! Il a accepté. Le deuxième choix se porte sur le baryton-basse Thomas Quasthoff (ve 24). Lui aussi, il sera amené à sortir de sa zone de confort en se mesurant à l’exercice de la direction. Il s’attellera à une grande œuvre du répertoire sacré: la Passion selon Saint Matthieu de J.S. Bach.»

Le troisième moment élu? Martin Engstroem attendait avec impatience le retour à Verbier du chef James Levine, qui a été le directeur musical de la manifestation de 2000 à 2007. Hélas, une infection auriculaire sévère a obligé l’Américain à renoncer au déplacement. Le vœu du directeur est remis à l’édition prochaine.R.Z.

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