La nouvelle scène comique romande adore le stand-up

DécryptageVolontiers irrévérencieuse, caustique, mordante et pleine d’autodérision, la scène humoristique romande n’a jamais été aussi foisonnante.

Thomas Wiesel:

Thomas Wiesel: "Nous avons une dette envers Vincent Veillon et Vincent Kucholl, qui ont largement contribué à déringardiser les humoristes helvètes." Image: DR

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«Actuellement, on découvre une cinquantaine de nouveaux humoristes par an en Suisse. C’est énorme», explique Ivan Madonia, fondateur du Swiss Comedy Club.

Et cette jeune garde est talentueuse maîtrise la langue de Shakespeare aussi bien que celle de Molière, sait écrire, sait filmer, sait scénariser et possède une énorme force de travail. «Il y a un saut générationnel dans l’humour suisse, précise Thomas Wiesel, sorte de chef de file de cette bande de comiques juniors. Nous avons une dette envers Vincent Veillon et Vincent Kucholl, qui ont largement contribué à déringardiser les humoristes helvètes. Quand ils ont débarqué avec 120 secondes, on s’est dit «Wouah! C’est possible de faire ça alors?». Ils ont décomplexé pas mal d’entre nous.»

Venu des Etats-Unis

Et le stand up a fait le reste. Il s’agit d’un format de spectacle au cours duquel le comédien ou la comédienne se tient debout, seul, sur scène et s’adresse directement au public. Les codes sont toujours les mêmes: le stand-upper parle la plupart du temps en son nom et raconte une succession d’histoires courtes (observations du quotidien, expériences amoureuses et autres anecdotes…). L’objectif est de faire rire, de surprendre, d’afficher une certaine forme de sincérité tout en flirtant sans ciller avec les tabous. Et s’il est important de se moquer de soi-même, il faut quand même parler de manière assurée, tout en restant cool.

Hasard de calendrier ou sérendipité, l’engouement pour ces one-man-show venus des Etats-Unis, Louis C.K. en figure de proue, est arrivé au même moment que 120 secondes en Suisse. Et ce format moderne a emballé les vingtenaires.

«J’ai créé le Swiss Comedy Club en 2010, sur le modèle du Jamel Comedy Club, précise Ivan Madonia, parce que j’avais envie d’importer ici cette culture stand-up que j’ai découverte à Paris. Au départ, il n’y avait pas grand monde, mais aujourd’hui beaucoup de jeunes veulent faire ça.» Et depuis, les scènes ouvertes se multiplient, à l’exemple du Chat Noir à Genève, permettant à l’aspirant comique de se frotter à son premier public et d’aiguiser ses vannes avant de s’offrir de plus grandes salles.

Signe du succès: les spectateurs se diversifient. «Au début, les plus anciens nous regardaient avec méfiance, se souvient Thomas Wiesel. Ils nous voyaient arriver habillés n’importe comment, sans mise en scène, sans jeu d’acteur, avec des propos parfois franchement vulgaires… Nous avons eu du mal à implanter ça. Mais aujourd’hui, je vois arriver des soixantenaires dans mes spectacles. Et les jeunes acceptent sans râler de payer 25 ou 30 fr. leur place pour venir nous voir.»

Heureusement cette nouvelle scène a pu compter sur des figures emblématiques du monde du spectacle romand, en particulier Pierre Naftule, le «papa» de Marie-Thérèse Porchet. «Il fait partie de l’ancienne génération mais il n’a pas peur de mélanger les genres, poursuit Thomas Wiesel. Il a le nez pour découvrir des gens, des idées. J’ai gagné au moins cinq ans en travaillant avec lui…»

Le Graal? La télé française

Reste à se faire un nom. Et là, pas de mystère, mieux vaut passer par la case radio ou télé. Charles Nouveau a vu sa popularité décoller après ses passages sur Couleur 3 et la 1re, au point d’atterrir au Grand Journal de Canal Plus. C’est là la reconnaissance ultime. «Pour devenir connu en Suisse, il faut faire une apparition à la télévision française. C’est dommage. Les médias romands devraient davantage mettre en lumière les artistes qui restent ici», soupire Ivan Madonia.

Thomas Wiesel assure avoir vu nettement la différence après son passage à l’émission Quotidien de Yann Barthès: «Disons que le téléphone sonne beaucoup plus après. La France n’est pas un passage obligé mais c’est clairement un accélérateur. Je n’aimerais pas évoluer non-stop là-bas, la concurrence est plus rude, mais ça reste très formateur.»

Dans sa version helvète, par chance, la concurrence semble beaucoup plus saine. «C’est un métier très solitaire, du coup on reste solidaires entre nous. On s’est rencontrés sur les mêmes scènes, on s’appelle, on se demande conseil», explique Charles Nouveau. Lui et Thomas Wiesel, Nathanaël Rochat, Alexandre Kominek et Marina Rollman se connaissent tous. Et le public aussi commence à les connaître. (24 heures)

Créé: 17.12.2016, 10h53

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