Objectif corps, encore en vue

PhotographieÀ la suite de William Ewing, Nathalie Herschdorfer publie un ouvrage qui rassemble les visions photographiques du corps et leurs enjeux au XXIe siècle.

Jeanne Tullen, «Self-Portrait with Device», de la série «Womb», 2014.

Jeanne Tullen, «Self-Portrait with Device», de la série «Womb», 2014. Image: JEANNE TULLEN

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Le corps, central dans notre expérience au monde, n’échappe évidemment pas à la photographie. L’historienne de l’art et directrice du Musée des beaux-arts du Locle Nathalie Herschdorfer rouvre les perspectives de sa représentation au XXIe siècle en éditant un important corpus d’images dans le récent ouvrage «Corps». Cette somme de plus de 400 pages prolonge et relance de manière fouillée les travaux de William E. Ewing, notamment «The Body: Photographs of the Human Form», que l’ancien directeur du Musée de l’Élysée – avec lequel la spécialiste de la photographie a longtemps collaboré – avait fait paraître en 1994.

Au tournant du nouveau siècle, certains enjeux n’ont pas disparu. L’emprise publicitaire demeure prégnante sur la perception d’un corps idéalisé. Mais les polarités ont tendance à s’accentuer. Les outils informatiques permettent de retoucher les images avec toujours plus de facilité pour les rendre conformes aux idéaux du moment. Dans le même temps, des démarches militantes, opposées à ce qui ressemble de plus en plus à un totalitarisme esthétique, dévoilent les différences corporelles. La chair résiste. Parfois.

Déni ou surinvestissement

Même au cœur des dernières évolutions technologiques, les approches divergent entre un vœu de virtualisation, d’affranchissement du corps par son déni, et les désirs de transformations matérielles, surinvestissement rendu possible par la chirurgie, les implants… Les avancées scientifiques s’avèrent parfois aussi tributaires de celles de la photographie comme le démontre l’imagerie médicale.

Dans le torrent d’images incessant des flux contemporains, dont Instagram se présente comme le meilleur emblème, l’ancestral narcissisme trouve de nouvelles acceptions. L’image de soi, l’autoportrait et son rival proliférant, le selfie, indique non seulement une hystérisation de l’égotisme mais aussi une peur de se perdre dans la masse. Dans cette foire aux apparences que la photographie porte à son corps défendant, l’immatériel s’invisibilise. Comme le note Nathalie Herschdorfer: «L’amour apparaît à notre époque comme une expérience quasi taboue.»

Créé: 08.06.2019, 18h02

En image



Daniel Sannwald, «Pop Magazine», automne-hiver 2012.




David Vintiner, «Skinterface», de la série «Futuriste», 2016




Juul Kraijer, «Untitled (L.P. #2), 2014-2015

Le livre

«Corps»
Nathalie Herschdorfer
(et un texte de David Sander)
Fonds Mercator, 432 p

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