Passer au contenu principal

Oni assume son «rap de daron» sur des sons modernes

Le rappeur nyonnais raconte sa vie de jeune papa dans un deuxième album auto-produit, entre trap et cloud-rap.

En solo et en indépendant, Oni livre un nouvel album fait à la maison et influencé par sa progéniture.
En solo et en indépendant, Oni livre un nouvel album fait à la maison et influencé par sa progéniture.
Luthor

Il vit cette période comme un second confinement. Ces derniers mois, Oni avait déjà passé pas mal de temps enfermé chez lui pour composer et enregistrer «O», son deuxième album solo, qui sera disponible le 3 avril en format numérique. «Pour le coup, j’en profite pour déjà écrire la suite», s’accommode le rappeur d’origine nyonnaise, qui façonne seul ses morceaux depuis le studio home made de son salon à Genève, du beatmaking à l’écriture puis l’enregistrement. Une recette qu’il affectionne depuis qu’il a débuté le rap il y a vingt ans au côté de son complice Epik, avant de tenir le micro dans la formation Tweek dès 2009. En 2013, Oni s’affranchissait de tous en sortant son premier album solo.

«O» évoque aussi bien l’initiale de son concepteur que «l’image d’une boucle qui se boucle». Déjà pour ce retour à des textes en français, ce qu’il n’avait pas fait depuis plus de dix ans. Aussi car il revient à une phase de création introspective, après une période intense à défendre le premier album de Tweek sur les planches. «Je me suis retrouvé seul dans mon salon, comme à mes débuts, raconte l’artiste de 36 ans. À la seule différence que j’étais cette fois interrompu sans cesse par mes enfants.» Jody, 4 ans, et Isla, 1 an, sont au centre d’«O», qu’on entende leur voix sur certains morceaux ou qu’ils soient l’objet des paroles. «Mon public, c’est ma fille, mon public, c’est mon fils», entend-on sur le titre «OK». «Fiston mange tes céréales» répète le rappeur dans le refrain de «Jody».

Ne pas jouer au jeune

«Je ne m’étais jamais imaginé continuer à rapper à mon âge, avoue Antonio Buencamino, de son vrai nom. Je croyais que le rap était réservé aux plus jeunes, que, passé 30ans, je serai cramé. En fait, je crois que ça a d’avantage de sens maintenant. Ma vie a plus de valeur, les sujets que j’aborde sont plus intimes et profonds. Il y a tellement d’enjeux à devoir être un bon père et un bon mari.»

S’il s’écarte volontairement du champ lexical inhérent à la grande majorité du rap dur actuel (les armes, la drogue, le sexe), Oni en épouse pourtant les codes instrumentaux. Ses productions empruntent les basses vrombissantes de la trap et les mélodies synthétiques du cloud-rap à l’américaine. Bercé par Nas, Tupac ou le Wu-Tang Clan, le rappeur est aujourd’hui fasciné par les nouvelles stars des deux côtés de l’Atlantique, de l’Américain Lil Baby au Français Josman en passant par le Belge Hamza.

«Je ne peux pas rester figé dans le temps. J’adore le rap actuel, qui est à la fois très varié, innovant et libre. C’est ce qui me plait dans le hip-hop à la base, le non respect des règles.» Dans «Ah Ouais», premier single de «O», le rappeur se laisse volontiers aller à l’ego-trip et aux paroles crues, «pour le sport, le plaisir de la rime et de la punchline.» C’est Jody qui en a trouvé le refrain. «À 4 ans, il me balançait des «Ah ouais» avec tellement d’insolence et d’attitude. J’ai trouvé ça génial.»

«Rap conscient, ça m’emmerde, je préfère dire ce que je ressens», lance-t-il encore sur le même morceau. Une pique à ceux qui considèrent le genre comme noble pour autant qu’il soit engagé. «Je déteste qu’on juge le rap actuel comme creux et bête. Je rappe ce que je vis, ce qui me touche. Je ne me sens pas obligé d’être politisé. D’autant que je serais incohérent de clamer «nique le capitalisme», plaisante celui qui fait carrière dans le milieu bancaire.

Il est encore question de son âge dans le morceau «Doute»: «Rap de daron je ramène […] j’suis qu’un gosse dans ma tête, mais j’écris comme un ancien.» Oni ne prétend pas jouer au jeune au milieu des vingtenaires qui dominent l’industrie. «Je ne doute pas de ma légitimité à rapper à mon âge, mais je reste conscient de ma place dans le game. Je suis rare.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.