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Même sans Oscar, «Courgette» est allé «jusqu’au bout»

Après le triomphe des César, le film de Claude Barras était en lice à Hollywood. L’équipe repart sans statuette mais avec la fierté d’un parcours somptueux.

L'équipe de «Ma vie de Courgette» à son hôtel, quelques heures avant la cérémonie. De gauche à droite: Max Karli, producteur, Claude Barras, réalisateur, Céline Sciamma, scénariste et Pauline Gygax, productrice.
L'équipe de «Ma vie de Courgette» à son hôtel, quelques heures avant la cérémonie. De gauche à droite: Max Karli, producteur, Claude Barras, réalisateur, Céline Sciamma, scénariste et Pauline Gygax, productrice.
DR
En voiture pour la cérémonie
En voiture pour la cérémonie
Instagram @maxkarli
Sur le tapis rouge à Hollywood.
Sur le tapis rouge à Hollywood.
EPA
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Pas de surprise, dans la nuit de dimanche à lundi, à l’heure du verdict. Au rang des long-métrages d’animation, les juges de la 89e cérémonie des Oscars ont choisi de récompenser «Zootopie», des studios Disney. Le Valaisan Claude Barras, auteur de «Ma vie de courgette», repart donc sans l’illustre figurine. Sans une once de déception non plus: pour le cinéaste de 44 ans, être sélectionné à ce niveau était déjà un aboutissement, «un truc incroyable».

Avant la cérémonie – marquée par une bourde monumentale au moment de l’annonce du meilleur film et une volée de blagues et de diatribes contre Donald Trump-, les sites de paris en ligne donnaient «Ma vie de Courgette» à 60 ou 80 contre 1, très loin derrière ses adversaires. Claude Barras avait préparé un petit discours, «pour être tranquille», en cas «d’énorme surprise»...

Quelques heures avant le grand soir, on rencontrait l’équipe du film à l’interview, près de la piscine d’un grand hôtel dominant Los Angeles. Une belle bande de potes fatigués, jetlagués, encore tourneboulés de la double victoire aux Césars, l’avant-veille. « Etre ici, c’est clairement un aboutissement, raconte Max Karli, le charismatique producteur. On nous a souvent demandé si on pouvait aller jusqu’au bout… Mais on EST allé au bout!»

Libéré

Depuis Cannes, en mai dernier, la vie de l’équipe a ressemblé à un immense tourbillon. Dix mois de voyages, de festivals, de projections, de promo à n’en plus finir. «Les César nous ont vraiment libérés, reprend Claude Barras. C’était une émotion énorme, pour tous les gens qui ont travaillé sur le film. Là on arrive au bout de quelque chose. On est vraiment content parce qu’on est épuisé, mais en même temps triste que ça s’arrête. Aujourd’hui, il n’y a plus de pression, on est surtout là pour s’amuser.»

Croisé la veille lors d’une soirée cocktail où le gratin de la communauté suisse de Los Angeles était venu trinquer en l’honneur de l’équipe, l’acteur lausannois Carlos Leal résumait parfaitement les chances de ce petit bijou de la stop-motion, si européen dans son rythme et son ambiance. «Courgette» est tout ce que Hollywood n’est pas, et ne peut pas être, estimait l’ancien rappeur, établi en Californie depuis quelques années. C’est doux, subtil. Bien sûr, avec un «Zootopie», on s’en prend plein la gueule. Mais n’en auront-ils donc jamais marre?»

Surfer le tsunami

Retour au bord de la piscine. Si le ton est léger, la fierté du travail accompli est énorme. «C’est la consécration de treize ans de travail, reprend Max Karli. Depuis le premier court-métrage de Claude, «Banquise», on a travaillé avec la même passion. Tout ça n’est pas arrivé d’un coup. Ces quatre derniers mois, depuis le début de la promo américaine (ndlr : dont le coût est estimé à 650'000 francs et qui a également valu au film une nomination aux Golden Globes), on a traversé des grosses remises en question ensemble. On en sort complètement broyé, lessivé. C’est une machine qui t’écrase, te prive de vie privée, sociale. Mais c’est en même temps tellement beau, tellement grisant. C’est comme un immense tsunami sur lequel tu surfes. Tu ne peux pas dire « Ok, je descends », tu dois le suivre jusqu’au bout.» L’histoire est d’autant plus belle qu’elle s’articule autour d’un film pas comme les autres. Avec ses marionnettes de gamins cabossés et attachants aux couleurs blafardes, sa bande-son de rock suisse, ses messages sur la résilience et la possibilité de créer des liens forts là où on ne l’attend pas, le film n’avait pas forcément les ingrédients d’un tel carton. Claude Barras: « Je crois qui si «Courgette» peut plaire aussi bien en Suisse qu’en France, qu’aux Etats-Unis, c’est parce qu’il apporte une réponse à une forme de peur. On sent bien ici qu’avec Trump, le climat est tendu, des craintes remontent. On a besoin d’un film de tolérance et de dialogue.» La scénariste Céline Sciamma renchérit. «Quand un film plaît autant, que les gens se l’approprient individuellement, c’est qu’il vient remplir un besoin qui est collectif. Nous ne sommes pas définis par des grands récits communs, des romans nationaux. Dans la sensibilité personnelle, on trouve le bien commun.»

«Rien moins qu’un miracle»

Le film n’est sorti que ce week-end dans les salles. Si la première semaine d’exploitation se passe bien, il devrait être projeté sur une centaine d’écrans. Certes pas la distribution d’un blockbuster, mais un destin prometteur tout de même. D’autant que le film a reçu un beau bouquet de critiques élogieuses. Selon le «Hollywood Reporter», il n’est «rien moins qu’un miracle». De quoi faire rêver à une suite de carrière hollywoodienne ? «Nous sommes ouverts à tout, pondère Claude Barras. Nous avons des contacts avec Dreamworks, avec Disney. Mais les projets sur lesquels je travaille sont plutôt typés européens. Et j’ai envie de continuer de travailler avec mon équipe... » «On sait que travailler avec un grand studio équivaut à beaucoup moins de liberté créatrice, reprend son producteur. Des cadres viennent constamment vous dire qu’il faut faire ci ou ça, se garder de blesser tel ou tel type de public... »

A l'affiche du Nuart Theater à Santa Monica (Image: DR)
A l'affiche du Nuart Theater à Santa Monica (Image: DR)

Dans les salles américaines, «Ma vie de courgette» est interdit aux moins de 13 ans. En cause, d'apparemment problématiques « marionnettes nues », ainsi que des thèmes tels que l’alcoolisme, la dépression… « De manière générale, on peut dire que pour les Américains, la violence est ok, mais pas la nudité. Pour nous c’est l’inverse.» Claude Barras pourrait se retrouver dans les semaines qui viennent face à un choc culturel encore plus ample. Il présentera son film en Chine, en Mongolie, au Japon, un marché notoirement difficile pour les films d’animation étrangers. Avant d’enchaîner sur l’Amérique du Sud en avril… Après seulement, peut-être, il pourra se reposer et mesurer totalement l’ampleur du chemin accompli.

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