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Selon Ourednik, la fin du monde n’aurait (peut-être) pas eu lieu

Dans son dernier ouvrage, l’écrivain tchèque joue toujours avec les idées dangereuses, jonglant entre comique et désolant

Patrik Ourednik envisage la fin comme révolue.
Patrik Ourednik envisage la fin comme révolue.
Jindrich Nosek/LDD

Impossible de se défaire de l’humour très particulier de Patrik Ourednik, écrivain tchèque établi en France qui poursuit une œuvre où son esthétique du fragment sert de miroir brisé pour refléter un monde qui ne l’est pas moins. Remarqué il y a une douzaine d’années avec Europeana - Une brève histoire du XXe siècle, livre qui retournait le gant de l’histoire officielle au hachoir, l’auteur de 59 ans se projette désormais dans un futur hypothétique, mais sans optimisme démesuré: sa dernière publication s’intitule La fin du monde n’aurait pas eu lieu.

Imaginant donc la possibilité d’écrire après l’ultime soubresaut de l’histoire, ce désabusé notoire de la littérature n’en tire par des motifs de réjouissance excessifs. «Cassandre et Laocoon étaient d’authentiques prophètes: anticipant les monstruosités que le genre humain s’apprêtait à produire, ils cherchaient à mettre en garde leurs contemporains de l’Anatolie d’autrefois.» Pas sûr que Patrik Ourednik cherche à mettre en garde. Avec son comique désespéré, il mesure plutôt l’étendue des dégâts à l’aune du souvenir, position plus confortable car moins sujette à caution.

«Nous voulons rester ce que nous sommes»

Si le fil rouge de son récit emprunte aux codes du roman avec son personnage de Gaspard Boisvert, lettreux et ancien conseiller personnel du «président américain le plus bête de l’histoire», il trouve toute sa saveur dans les digressions, les hors propos et les nombreuses sorties de route qui l’émaillent. Y sont ainsi doctement (et parfois fallacieusement) discutés le nombre de victimes des bombardements de Dresde en 1945, les devises nationales (celle du Luxembourg mérite d’être citée: «Nous voulons rester ce que nous sommes»), Adolf Hitler (recordman de l’assassinat de masse et putatif grand-père de Gaspard) et, par conséquent, une typologie du suicide ou de l’alimentation mondiale – des carnivores aux végétariens – pondérée par l’appartenance religieuse ou le fait d’être Chinois.

Inutile de préciser que sous ses constats très neutres, l’humour de Patrik Ourednik se révèle très noir. Tout comme le destin de son héros. Mais si l’on peut survivre à la fin (et non à la faim), toute forme d’espoir n’est pas interdite. Comme le déclarait Arthur Chamberlain de retour de Munich, cité en page 54: «Je ramène dans mon pays la paix pour des générations». Comme l'assure l'auteur, ces rappels peuvent exaspérer. «Plus il y a d'écrivains, plus il y a d'exaspération. Soit ils sont mauvais: leur nullité nous afflige; soit ils sont bons: ce qu'ils nous disent nous accable.» Accablé ou non, le sourire pointe avec constance.

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