L’ours qui dompta sa voix

DisqueAvec son premier album, Marius Bear valide deux années de bouche à oreille autour de son organe en or. La révélation d’Appenzell se range au rayon pop mais garde quelques rugissements blues.

Marius Bear, 24 ans en cet automne 2018, avait donné au public lausannois une démonstration de ses graves et de ses capacités pulmonaires, ainsi qu’un aperçu de sa gestuelle tout en mains agitées et en yeux fermés, renforçant plus encore la similitude avec un certain Joe Cocker.

Marius Bear, 24 ans en cet automne 2018, avait donné au public lausannois une démonstration de ses graves et de ses capacités pulmonaires, ainsi qu’un aperçu de sa gestuelle tout en mains agitées et en yeux fermés, renforçant plus encore la similitude avec un certain Joe Cocker. Image: DR

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«Not loud enough»: pas assez fort! Pour le titre de son premier album, Marius Bear s’est peut-être souvenu de son camarade d’école de recrues, ami anonyme que l’on imagine chevelu et qui convainquit son caporal de camarade de chanter dans un groupe de metal. «Tu te rends compte que tu gueules deux fois plus fort que les autres lors de l’appel?» lança-t-il. «C’est comme ça que j’ai découvert que j’avais une voix», rit cinq ans plus tard Marius Bear, qui géra si bien sa trouvaille qu’elle l’a mené aux plus hautes marches des vocalistes pop en terres helvétiques, de vidéos sur YouTube au plus traditionnel et finalement aussi efficace bouche à oreille.

Similitude avec Joe Cocker

Ainsi, lors du dernier festival Label Suisse, «l’ours d’Appenzell» était celui qu’il fallait approcher. Chacun vantait l’impressionnante puissance vocale, doublée d’une force d’évocation rare, de ce robuste gaillard qui se déchausse avant de monter sur scène et chante comme s’il était dans son salon. Marius Bear, 24 ans en cet automne 2018, avait effectivement déposé ses tartines en coulisses et donné au public lausannois une démonstration de ses graves et de ses capacités pulmonaires, ainsi qu’un aperçu de sa gestuelle tout en mains agitées et en yeux fermés, renforçant plus encore la similitude avec un certain Joe Cocker.

«On me le dit souvent, s’amuse Marius au téléphone. Mais je ne viens pas du blues, je n’en ai jamais vraiment écouté, même si certains de mes morceaux vont dans ce registre. J’ai toujours aimé le rock et la pop. Comme beaucoup d'ados, j’avais des barrières assez rigides. Mon premier CD acheté était celui de Linkin Park: j’espérais entendre le rock metal que j’appréciais, mais j’avais acheté un album spécial, remixé rap par Jay Z. Cette déception! Et puis, des années plus tard, je l’ai réécouté en l’appréciant vraiment. C’est là où je me suis rendu compte que j’avais fait du chemin, musicalement.»

«Je chantais aussi du Drake»

Ce n’est pas qu’une métaphore. Rendu à la vie civile qu’il ne sait pas par quel bout empoigner, le bidasse part en vadrouille sur les routes de Suisse. Puisque le filon de sa voix était mis au jour, il fallait l’exploiter. Il s’installe à Fribourg, «au centre du pays», pour mieux rayonner de ville en ville, de trottoir en place publique, chapeau à ses pieds, étirant ses cordes vocales aux croches des reprises obligées du chanteur de rue – Foo Fighters, Oasis, Hozier. «Il avait ce tube cette année-là, «Take Me to Church». Marius entonne le refrain dans l’écouteur, qui vrombit de surprise, puis d’aise. «Je chantais aussi du Drake.»

Les références de son odyssée sur macadam sont importantes; elles nourrissent son premier disque. Celui d’un quasi millénial qui verse tous les genres, tous les styles dans la même bouteille pop, loin des familles, voire des castes, dont l’intransigeance parfois éclairée faisait la musique indépendante des années 1990. «Not Loud Enough» cuisine du blues, du folk, des ballades au piano, des brisures soul, des cavalcades pop à la Coldplay. La voix mord, rugit, feule, cajole, dans la lignée évidente de gueulards gentils comme Rag N Bones Man ou des néoromantiques façon Sam Smith. Il y a des tubes radio périssables où le timbre se robotise et des moments d’exception, à nu, où il remplit l’espace. Un disque absolument dans l’air du temps, pas assez aventureux pour faire de Marius l’artiste national qui allait secouer l’arbre comme le firent Stephan Eicher, les Young Gods et Sophie Hunger, mais assez efficace pour essaimer sur YouTube, glisser sur les ondes et assurer une tournée des grands festivals de l’été.

«J’ai installé mon studio dans une vieille ferme en Appenzell. Je me balade les mains dans les poches, comme je suis sur scène»

Marius Bear, chanteur

Pour l’heure, le musicien se concentre sur la Suisse alémanique et l’Allemagne. Il se focalise aussi sur les brocolis qu’il cuisine pour sa douce, téléphone coincé entre l’oreille et l’épaule. «Mi amore, here's the food for you!» gueule-t-il sans crier gare. Même bien léché, l’ours reste rude. «J’aime la montagne, la nature. J’ai installé mon studio dans une vieille ferme en Appenzell, où j’habite quand je ne suis pas chez mon amie à Winterthur. Je me balade les mains dans les poches, comme je suis sur scène. Je ne voudrais ni ne pourrais jouer un autre personnage, et je pense que le public aime ce naturel. Même quand je marmonne ou balance une grossièreté en Schwytzerdütsch.» Une gentille grossièreté.

Créé: 01.02.2020, 13h56

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