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Les Red Hot à Paléo, histoire d’un «coup»

La 42e édition a (enfin) mis la main sur le groupe majeur de la Californie rock. Une ouverture grand-luxe pour six jours de bel équilibre.

Les Red Hot Chili Peppers seront présents au Paléo festival, le 18 juillet prochain.
Les Red Hot Chili Peppers seront présents au Paléo festival, le 18 juillet prochain.
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«C'est un travail de longue haleine qui a payé.» Mardi en conférence de presse, Jacques Monnier avait le triomphe modeste. Pour décapsuler le menu de sa 42e édition, le coprogrammateur de Paléo a dégainé rien de moins que le groupe le plus explosif que Los Angeles a connu depuis son dernier tremblement de terre: les Red Hot Chili Peppers seront sur l’Asse le 18 juillet, répondant ainsi aux rêves du public — dans les sondages que Paléo réalise régulièrement, le gang arrive à la première place des fantasmes, aux côtés de U2.

La Suisse romande, il est vrai, n’a plus accueilli les «piments rouges» depuis février 1988, dans une Dolce Vita remplie de 200 spectateurs — 20 000 à en croire tous ceux qui ont ensuite assuré avoir été présents dans la salle lausannoise pour humer le funk metal des Californiens, ainsi que le musc de leurs roubignoles délicatement enrobées d’une chaussette de tennis, la marque de fabrique des quatre vauriens de Hollywood à cette époque. Ils reviennent au Paléo en stars absolues, sur une affiche qui aligne aussi Arcade Fire, Pixies, Jamiroquai, Manu Chao, Renaud, Justice, Camille, Midnight Oil et autre Black M.

Longtemps inaccessibles du propre aveu des programmateurs, les Red Hot Chili Peppers ont choisi de tâter du festival cet été. «Comme Robbie Williams il y a deux ans, compare Jacques Monnier, qui avait fait une pause des stades pour jouer dans quelques open airs triés sur le volet. Nous avons eu de la chance que les Red Hot soient dans cet état d’esprit cette année, et en Europe à la fin de juillet. Cela fait des années que nous faisions des offres.» Les bons offices du manager de Muse, sur le terrain l’an dernier et séduit par «la touche Paléo», ont aidé à boucler le deal. «Il s’occupe aussi des Red Hot, détaille le coprogrammateur. Dans ces cas-là, le charme de l’endroit peut jouer.»

Prix du billet stable

Le festival nyonnais perpétue ainsi sa martingale de jolis gros coups, libérant des enveloppes «parmi les plus importantes de son histoire» sans augmenter le prix du billet. L’hypothèse d’un groupe commercialement moins «immense» qu’il y a dix ans est balayée par Jacques Monnier. «Ils auraient pu remplir un stade, et partir avec 95% de la recette. Jouer au cachet dans quelques festivals est clairement leur choix.»

Pour autant, la version 2.0 des Red Hot Chili Peppers est loin de l’équipage brut de décoffrage qui, en 1983 déjà, épiçait le rock de funk, de punk, de metal et de rap, et inversement. Les «junkies les plus musclés de Hollywood» sont devenus des véganes bio qui se shootent au lait de soja. Les obsédés potaches auteurs de l’inoubliable Sex Rap se posent depuis belle lurette en chantres d’un politiquement correct bien gentrifié. Les frères d’âme fondateurs, le bassiste Michael «Flea» Balzary et le chanteur Anthony Kiedis, vont sur leurs 55 ans. Si le batteur Chad Smith continue «de manger des batteries au petit-déjeuner» (il avait été engagé sur cette promesse), le jeunot Josh Klinghoffer a remplacé le guitariste des meilleures années du groupe: John Frusciante, diamant opaque à l’œuvre sur les disques forgés entre 1989 et 2007, à l’exception d’une longue pause presque fatale pour usage d’héroïne (1992-1998). A l’âge de 18 ans, il avait déjà succédé au guitariste originel, Hillel Slovak, mort d’overdose en juin 1988 — quatre mois après son concert lausannois.

Dans l’ADN téméraire, parfois tragique des Red Hot Chili Peppers se niche une authenticité intacte, qui les a vus traverser les décades et demeurer artistiquement actif et pertinent, secouant les stades dans le format minimal d’une basse, d’une batterie et d’une guitare — avec un sens de l’improvisation et du spectacle qui, à l’heure de la standardisation autotunée, mérite tous les éloges. Cas rare dans le big business musical, le gang incarne un succès basé sur une amitié d’enfance, si forte et durable qu’elle continue d’inspirer les paroles d’Anthony Kiedis. Si le 11e album paru l’an passé (The Getaway) se fourvoie dans le clinquant d’une production très pop et ne frôle jamais les chefs-d’œuvre Blood Sugar Sex Magik (1991) et Californication (1999), les piments rouges de Los Angeles demeurent la plus sûre recette pour un 18 juillet nyonnais chaud bouill ant .

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«Le rap, un produit de saison»

Paléo, 42e édition, a dévoilé ses fastes. Il y a du rock au menu, son content de chansons. Tandis que le rap prend, pour la première fois, une place vraiment importante. Macklemore & Ryan Lewis, Vlad, MHD, AllttA, c’est l’indice qu’une nouvelle génération de festivaliers doit être séduite. Egalement le reflet d’un marché de la musique façonné par les agents de concerts.

«Emergence d’une nouvelle scène rap, il y a, en effet, réagit Daniel Rossellat, directeur de Paléo. Mais cette présence importante est surtout déterminée par les groupes disponibles en tournée. En somme, nous avons là les produits de saison.» Qui plaisent aux jeunes? «L’avenir du festival, c’est son public», répond, laconique, Daniel Rossellat. Au dernier recensement, 17% des festivaliers ont moins de 20 ans, et 32% entre 20 et 29 ans. On comprend mieux, dès lors, où se situe l’enjeu. Du coté des jeunes. Mais le festival, cependant, reste généraliste et doit contenter également les plus âgés. «Or, relève Daniel Rossellat, Paléo garde un ancrage local. L’essentiel du public provient de la région et ne se déplacerait pas pour aller voir les Red Hot Chili Peppers à des kilomètres d’ici.»

Paléo est-il plus solide pour autant? «Nous n’avons pas vraiment de concurrence, sinon un festival au Japon qui demande les mêmes têtes d’affiche aux mêmes dates. Ou, évidemment, les festivals très proches géographiquement.» Comme le Montreux Jazz Festival, pour ne pas le nommer.

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