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«Papa, je t’écris de la cabane au bout du chemin»

Chaque samedi, un membre de l’Association vaudoise des écrivains adresse et publie dans «24 heures» une lettre aux personnes les plus concernées par le Covid-19, nos aînés confinés chez eux ou dans les EMS.

Charles Sigel

«Papa, je t’écris de la cabane au bout du chemin»

Inspiré par l’initiative menée par les écrivains valaisans et plusieurs médias romands, un membre de l’Association vaudoise des écrivains adresse et publie, chaque samedi dans «24 heures», une lettre aux personnes les plus concernées par le Covid-19, nos aînés confinés chez eux ou dans les EMS.

«Papa, je t’écris de la cabane au bout du chemin. Entre nous ces mots suffisent. Je t’imagine regarder tous les détails que toi seul parviens véritablement à aimer. Les choses qui passent à travers ton regard prennent vie sans que personne ne comprenne où tu puises ta source d’inspiration. C’est à elle que je confie l’espoir de te tenir la main. Même si je me sens incapable d’incarner ta magie, je la ressens dès que je te rends visite à l’EMS. Ni ses chambres, ni sa nouvelle façade, ni la jolie terrasse ne sauraient combler le vide d’avoir été placé dans un home. Mais cela ne te dérange pas. Toutes les portes de ton passé repoussent l’ennui. Je reconnais en toi cette nécessité de garder les bonheurs secrets, de ne pas en dire trop, de ne pas blesser. Pourquoi t’ai-je raccompagné dans ta chambre le jour où je t’ai aperçu attendre un taxi devant l’hôpital, habillé en chemise de nuit, poussant ton compte-gouttes sur le trottoir? Était-ce la dernière fois que tu aurais pu t’enfuir, être libre…? Aucun incident ne t’a changé papa, aucun n’a pu faire fléchir ta sagesse et ta foi. Tu es remonté dans ta chambre, tu cachais les médicaments entre les pages de tes livres de chevet. Je t’apportais du vin. Nous le buvions en cachette, heureux. Aujourd’hui, entre les murs de l’établissement médicosocial, EMS, tu dis certains jours: «On dirait que l’on est sur Mars»; et aussi, sans réaliser que tu te trompes de mot, «je me demande ce que je fais dans ce sms…» Dans le calme troublant du home, j’imagine que toi et les hommes et femmes qui y résident connaissez le langage du silence pour communiquer entre vous. Telle une mélodie intérieure harmonisant les réponses à toutes vos questions. Peut-être que les anges s’en mêlent déjà… Papa, je t’écris ce matin de la cabane au bout du chemin et pas un jour ne passe sans t’aimer avec reconnaissance.»

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