Patrick Dujany, le rocker devenu confident des mamies

La rencontreVingt ans que le Jurassien tend son micro aux passants pour différentes émissions de la RTS. Cette fois, c’est lui qui répond aux questions.

Patrick Dujani, alias Duja, promène son micro dans les rues romandes depuis 20 ans.

Patrick Dujani, alias Duja, promène son micro dans les rues romandes depuis 20 ans. Image: RTS/Philippe Christin/DR

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C’est devenu un personnage qu’on a l’habitude de croiser dans les rues de Suisse romande. Toujours en noir – de ses Doc Martens (il en use trois paires par an!) à sa crête («un look de rocker, quoi, pas de punk!») – Patrick Dujany balade son micro au gré de l’actualité pour recueillir la vérité du bitume. «Mon réseau social, c’est la rue. Là au moins il y a une vraie interactivité!»

Pour une fois, Duja n’a pas donné rendez-vous dans son boui-boui thaï favori – le Pla-Tu-Thong, rue César-Roux, à Lausanne –, mais sur la terrasse du Simplon. Pratique, il doit prendre le train pour rejoindre sa maman dans le Jura. Il visse ses deux petites billes (en tête) dans les vôtres et répond avec franchise à des questions bien moins surréalistes que celles qu’il a l’habitude de poser.

Animateur radio, un job dont vous rêviez depuis petit?
Pas vraiment, non. En fait, gamin je ne savais pas trop ce je voulais devenir. Encore aujourd’hui, je suis angoissé par le présent, alors imagine l’avenir. Gosse, c’est surtout le foot qui m’intéressait; forcément, ma maman voulait que je fasse du piano! J’ai connu mes moments de gloire, notamment en juniors C1, à Moutier, quand on jouait contre Young Boys ou Bâle. J’étais stoppeur, puis demi-défensif, un peu à la Gattuso. Avec un pote, on était super-myopes et on nous appelait «les Chinois» tellement on plissait les yeux pour voir le ballon! C’est d’ailleurs en lien avec le foot que j’ai fait mon premier micro-trottoir. Je suis allé au Circolo italiano de Moutier avec mon enregistreur pendant le match Italie-Brésil de la Coupe du monde España 82!

Vous avez d’ailleurs commenté pas mal de matches aux côtés de Jean-Jacques Tillmann…
C’est vrai, moi à la bière, lui au whisky. Pour essayer d’imiter la drink culture des Anglais. Il disait de moi «Dujany est un transformateur d’idées discutables». Avec lui, c’est une forme de journalisme, les grosses gueules, qui est parti. Le foot a toujours été important pour moi, même si je lui ai ensuite préféré le rock’n’roll. J’ai bien essayé de recommencer avec les vétés de La Sarraz, mais j’ai la cheville gauche dans un sale état suite à une figure ratée en ski acrobatique…

Mais pas suffisamment explosée pour vous empêcher de passer votre temps à battre le pavé…
Exact! Cela fait vingt ans que je tends mon micro aux gens, une manière comme une autre de passer moins de temps au bureau. Le micro-trottoir, je dis que c’est un art de rue et tant que je m’amuse, je continue. C’est vrai, les échanges sont à chaque fois différents. Avant on avait tendance à fuir le micro, maintenant les gens me reconnaissent et essaient de jouer aux malins, ce qui fait qu’ils se ridiculisent souvent tout seuls. Il y a aussi des moments inoubliables, comme le 11 septembre 2001. Les tours venaient de tomber, j’ai attrapé mon matériel pour aller prendre la température de la rue. Bon, aujourd’hui, je sens bien que ça déconne moins qu’à l’époque. Les gens sont devenus paranos. Le pire c’est à Paris, où on m’envoie carrément bouler.

Et la gastronomie, quand est-elle entrée dans votre vie?
En tant que fils de restaurateur, j’ai toujours aimé bien manger. Mais Bille en tête est loin d’être une émission seulement sur la gastronomie. C’est une émission de rencontres, où on se promène d’univers en univers, avec pour base l’amitié que j’ai pour Philippe Ligron (ndlr: l’historien gastronome). La Première, c’est un autre univers que la 3… Cela dit, globalement, c’est toute la radio qui a changé. Je ne veux pas jouer au nostalgique, mais il faut bien dire qu’on est passé d’une joyeuse fourmilière à un open space où chacun bosse dans son coin, un casque sur les oreilles. Bon, pour en revenir à manger, je ne suis pas un Jurassien qui fait la Saint-Martin. Et comme je suis hypocondriaque, je me fais régulièrement des cures de jus oranges-carottes!

On ne vous connaît peut-être pas bien, mais on vous reconnaît dans la rue. C’est agréable?
Pas vraiment. En fait c’est surtout fou: tu fais vingt ans de radio dans un anonymat relatif et en un an de 26 minutes, tu deviens une personnalité! C’est presque vexant! Donc oui, les gens m’accostent et il faut être très disponible, ce qui n’est pas toujours évident pour un cyclothymique comme moi. Je me sens parfois agressé. Avec mon micro, j’essaie justement de ne pas agresser les gens, comme le faisaient Baffie ou Lafesse qui voulaient ridiculiser leur interlocuteur. J’y vais en douceur et beaucoup de choses se passent dans le regard. Cela dit, la Suisse romande manque cruellement de deuxième degré. Moi je n’ai pas envie de me justifier. Une fois que la séquence est diffusée, on passe à autre chose. J’ai beaucoup de mal avec les réseaux sociaux, où tout le monde critique et personne ne fait rien. L’absurde et le surréalisme font peur. Moi je ne suis pas humoriste, je suis drôle!

L’an dernier, vous avez sorti votre premier livre. Un projet de longue date…
Exact. Parce que je suis quelqu’un d’enthousiaste qui accepte toujours plein de projets. J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire Les Ecorcheresses (ndlr: un livre fait uniquement de débuts d’histoires qui s’est déjà vendu à plus de 1500 exemplaires), même si certains m’ont accusé de n’avoir aucune trame romanesque. Je m’en fous, je suis un faiseur et je m’éclate en donnant des lectures. Le livre a été écrit pour être lu en musique. Ma maman l’a détesté. Oui, je parle beaucoup d’elle car c’est ma seule famille. Mais attention, ça chauffe toujours pas mal entre nous… J’ai un peu son caractère!

Il y a des gens qui vous font rêver?
Johnny Rep (ndlr: star du foot néerlandaise dans les années 1970), bien avant la chanson de Mickey 3D. J’aimais bien Platini, aussi, mais plus maintenant. Il y avait aussi des groupes, mais je les ai pour la plupart interviewés, comme Iron Maiden, Faith No More ou System of a Down. Et évidemment Coluche et Desproges. Les vrais humoristes, pas des gamins qui se filment dans leur chambre et diffusent sur YouTube! Enfin, je dis ça mais j’aime beaucoup Thomas Wiesel, un mec du coin qui est très drôle et surtout qui ose dire des énormités.

Créé: 19.06.2016, 09h17

Un dernier pour la route


Votre dernier concert?
«Mercredi il y a une semaine, un concert pirate au Pantographe, un super lieu artistique et alternatif à Moutier.»

Votre dernière cuite?
«Celle de demain, vu qu’on dit toujours que c’est la dernière…»

Vos dernières larmes? «J’ai de la peine avec ça. Quand je coupe des oignons? Bon, non, je pense que c’était
à la mort de Jean-Jacques Tillmann.»

Votre dernier coup de cœur artistique? «Le groupe américain Baroness.»

Votre dernière session de sport?
«Hier, j’ai fait 1?h?30 de vélo, puis de la muscu. Je suis quelqu’un d’excessif,
je ne sais rien faire à moitié. Et puis je marche, toujours et partout. Regarde mon podomètre, j’en suis à 2?122?924 pas, soit 1570 kils depuis le début de l’année!»

Vos dernières vacances? «Il y a peu, à Arles. J’ai eu la chance de ne pas avoir de flotte, juste des nuages.»

Votre dernier festival? «On a joué l’an dernier au Chant du Gros avec Difficult to Cure, vingt?ans après notre premier et seul passage. On a répété comme des fous!»

Infobox

1972 Naît le 12 octobre à Montreux.
Papa est Valdôtain, maman Jurassienne.

1976 Il passe sa toute petite enfance entre les cantons de Vaud et du Valais avant que la famille ne s’installe à Moutier.

1992 Après une scolarité plutôt classique – «j’ai quand même dû passer de la section littéraire à la scientifique en 8e?année parce que j’avais trop d’entraînements de foot!» – il se fait virer du gymnase à Bienne pour mauvaises notes: «je m’étais clairement trompé de filière». Il se recycle en suivant une école socioculturelle avant de devenir animateur (mais pas encore de radio).

1993 Après deux ans dans le groupe de heavy metal Defender, il passe à Difficult to Cure, qui fait du fusion-crossover jusqu’en 1995.

1995 Il fonde le groupe d’électro-metal MXD, toujours actif aujourd’hui.

1996 Son père l’inscrit à un concours d’entrée de la Radio suisse romande. Il ne fait pas partie des élus, mais Blaise Duc de Couleur 3, son «papa radiophonique», le repêche.

1996 Jusqu’en 2012, il enchaîne de nombreuses émissions sur la 3 avant de passer à La Première avec Bille en tête. On le voit aussi à la télévision dans 26?minutes.

2015 Sort son premier roman, Les Ecorcheresses, aux éditions Hélices Hélas.

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