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Paul McCartney se conjugue au présent

Le plus célèbre bassiste gaucher de la pop honore 60 années de musique avec un 18e disque solo au plus près de sa nature.

A 76 ans, «Macca» n’a perdu ni son envie de jouer, ni sa basse Höfner. Il la tenait déjà avec les Beatles il y a un demi-siècle.
A 76 ans, «Macca» n’a perdu ni son envie de jouer, ni sa basse Höfner. Il la tenait déjà avec les Beatles il y a un demi-siècle.

En 1958, les Beatles n’avaient pas encore percé sous les Quarrymen que Paul Mc­Cartney menait déjà le bal à Liverpool, ado sûr de son talent et de sa chance. En 2018, il est toujours aux commandes, plus célèbre compositeur avec Dylan à avoir survécu à soixante années pop, dont il fixa par ailleurs le propos et la grammaire au sein du plus important groupe de l’histoire.

Dit ainsi, la chair de poule guette. L’hagiographie aussi. Sir Paul McCartney n’est pas un client ordinaire, et c’est sans doute la pensée qui traversa l’esprit du très «in» producteur Greg Kurstin (Adele, Sia, Foo Fighters) en acceptant de l’accompagner sur la naissance d’«Egypt Station», le 18e album solo du fameux gaucher. Comment donner une patine contemporaine à une légende, 76 ans aux prunes, sans en gâter l’essence? Lors de son dernier disque en date, en 2013, McCartney, dont la vivacité d’imagination l’a toujours retenu de se recroqueviller sur son propre mythe ou sur un passé déifié, avait cédé aux appels d’un jeunisme pas concluant sous la houlette de Mark Ronson, mentor de feu Amy Winehouse.

On pouvait aussi craindre l’abêtissement du buzz, tant la sortie d’«Egypt Station» a été accompagnée d’une promo multi­écrans, entre concert surprise retransmis sur YouTube (à la gare Grand Central de New York) et cabotinage web en karaoké automobile, ou comment faire découvrir ce qu’il reste de l’ancien Liverpool à un gros Américain goguenard. Sur le câble, l’affaire était à peine plus subtile chez Jimmy Fallon, du Tonight show du même nom, les deux compères jouant à effrayer des péquins en ascenseur. Mais McCartney n’a-t-il pas été le Beatle le plus réactif aux formes mouvantes de la com audiovisuelle, lui qui imaginait en 1967 un nouvel album du groupe délivré dans un film pour la télévision, le décrié «Magical Mystery Tour»?

De tout ce barnum, on peut retenir deux bonnes nouvelles: Paul McCartney est encore en vie, et il est bien vivant. Et une troisième, du coup: son nouveau disque est à l’image du bonhomme, de son heureuse santé et de sa fantaisie naturelle, lui le «gentil Beatle» qui aimait les gens quand John Lennon leur montrait ses fesses. Greg Kurstin a raffiné le talent multiforme du bassiste. Il l’a aéré, colorisé sans lui imposer les teintes criardes de l’esprit du temps, souvenir du pénible «Press to Play» du Macca eighties. Si le génie du Beatle réside dans son insolente facilité à composer dans tous les styles, «Egypt Station» contient le noyau atomique de ce don. Et à 76 ans, le musicien a moins de raison que jamais de brider sa monture. Le tiers de ballades qui parcourt les 16 titres renverse par son minimalisme élégant, piano-voix et harmonies qu’«I Dont Know» et surtout «Hand in Hand» projettent du côté de «Let It Be». Un voile de fatigue s’est déposé sur son timbre, rendant plus vibrantes encore ces mélodies vespérales du Macca mélancolique. Mais il reste bien assez tonique pour oser l’énergie d’un boogie rock optimiste («Come On To Me», imparable), d’une bossa-nova gourmande ou d’un rock généralissime («Caesar Rock»). Quelques bluettes folk lorgnant vers les Wings et une tentative de chanson-valise à la «A Day in a Life» (ici «Despite Repeated Warnings») achèvent la diversité entêtante d’un presque sans-faute (le vulgaire «Fuh You», produit par un jeune roi de la synthpop américaine). Pas une raison pour bouder ce disque d’une intelligence et d’une sincérité rares, comme un voyage dans un demi-siècle de la pop music par son plus fidèle serviteur. Et créateur.

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