Le paysage dans tous ses états photographiques

PhotographieAvec Landmark, William Ewing parcourt le paysage contemporain. Saisissant

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Morne plaine ou poncif de carte postale? En photographie, les attentes liées au paysage ne sont pas toujours très élevées. Associé à une célébration de la nature, le genre porte les stigmates du bucolisme dans une époque plus trop portée sur la chose romantique et effrayée par la possible absence d’activité humaine…

Avec son récent ouvrage Landmark, le commissaire d’expositions William A. Ewing brise avec brio ces conceptions convenues en montrant combien la photographie contemporaine réunit d’approches et de lectures sur le thème. «C’est un rêve que j’ai depuis dix ans, confie l’ancien directeur du Musée de l’Elysée. Cela ne veut pas dire que j’y travaille depuis tout ce temps, mais j’y pensais, je coupais des images dans les journaux, je notais des noms.»

De la Terre à Saturne

La première manifestation concrète de ce projet fut une exposition à Londres l’an dernier. «C’était comme un test, une répétition. L’expo comptait environ 80 images, le livre 120.» De cette collection patiemment composée, il se dégage un portrait saisissant de la planète – pas seulement: la lune Dione tourne autour de Saturne – mais aussi du regard que l’on porte sur elle.

«J’ai cherché à créer des relations entre les images, détaille le spécialiste, plus connu pour son travail sur la représentation du corps en photographie. Je voulais que le tout soit plus que la somme de ses parties.» Au fil des images, un classement s’est imposé. Dix chapitres distincts qui vont de «Sublime» à «Rêverie», mais passent par «Cicatrice» et «Rupture». «Au final, l’angoisse liée à l’environnement – les changements climatiques, la pollution – est sensible, même si ce n’était pas ma première motivation: plutôt l’amour de la photo.»

Images du XXIe siècle

Fait frappant, presque toutes les images ont été réalisées au XXIe siècle et transcrivent des réalités très contemporaines. «Je n’ai pas tellement travaillé avec les institutions mais plutôt directement avec les photographes. Notre époque de contact internet le permet, même si c’est une hérésie pour un conservateur bien élevé, s’amuse-t-il. Et les rares images du XXe restent assez valables aujourd’hui.»

Landmark témoigne des transformations titanesques, si ce n’est des mutations, que subit la planète et qui font rimer paysage avec urbanisation et industrialisation. Les visions angoissantes liées à l’avenir de la planète y sont nombreuses. Sites pollués, villes champignons, catastrophes environnementales et invasions technologiques défilent dans ses pages. Mais la gradation qui s’y révèle ne se cantonne de loin pas à une avalanche alarmiste.

Du rêve au cauchemar en passant par l'hallucination

L’ancien directeur du Musée de l’Elysée parcourt tout le spectre et montre comment le sublime trouve de nouveaux champions photographiques qui, comme Olaf Otto Becker redonnent toute leur inquiétante étrangeté aux banquises (plus très éternelles). Le chapitre «Pastoral» ne manque pas de paisibles cohabitations entre l’homme et la nature, quitte à se satisfaire de la vue d’une centrale nucléaire ou d’éoliennes. L’originalité de Landmark tient aussi à son audace et à des images qui s’affranchissent posément des contraintes du réel. Au chapitre «Hallucination», l’autoroute de Lauren Marsolier n’a jamais existé, le photographe l’a créée de toutes pièces en mixant plusieurs éléments visuels. «Un paysage virtuel et composite est un paysage, revendique l’auteur. Qui répond à vos exigences ou à celles du photographe.» Au contraire, certains paysages réels prennent des allures de mirage, comme cette ville de néons dans un désert par Florian Joye. Quand il ne s’agit pas d’environnements parfaitement artificiels déclinés à Las Vegas ou dans un parc d’attractions!

William Ewing réserve aussi quelques énigmes visuelles dans le chapitre du même nom, mais il a tenu à clore ce livre, où chaque photographe représenté présente ses conceptions dans les notices, par le chapitre «Rêverie». «J’ai fini par les rêves car je ne voulais pas partir sur une atmosphère négative. Il y a de l’espoir, même s’il est ambigu.»

Créé: 22.11.2014, 10h53

Infos

Landmark
William A. Ewing
Thames & Hudson, 256 p.

Un symposium sur la question de la photographie de paysage en lien avec la parution du livre aura lieu au Musée de l'Elysée le 4 mars prochain.

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