Le père de Yok-Yok crée Les Maîtres de l’imaginaire

IllustrationSous l’impulsion d’Étienne Delessert, une nouvelle fondation basée à Lausanne recueille des œuvres des plus grands illustrateurs de livres pour enfants. Une première expo montrera 200 travaux européens et américains à Strasbourg.

Certains planches de l'illustrateur vaudois figurent dans la collection des Maîtres de l'imaginaire, comme cette aquarelle tirée de <i>Bas les monstres!</i>(1994).

Certains planches de l'illustrateur vaudois figurent dans la collection des Maîtres de l'imaginaire, comme cette aquarelle tirée de Bas les monstres!(1994). Image: ETIENNE DELESSERT/LES MAITRES DE L'IMAGINAIRE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Illustrateur, peintre et écrivain né à Lausanne, Étienne Delessert, 77 ans, pense au futur. «À ma mort, mes dessins iront à des cousins français que j’estime énormément, mais qui ne sauront probablement pas quoi en faire. Il en va de même pour beaucoup d’illustrateurs que je connais», remarque l’artiste depuis sa maison américaine du Connecticut. Auteur d’une œuvre conséquente, il est notamment connu ici pour avoir imaginé le personnage de Yok-Yok.

Comme lui au Musée des arts décoratifs du Louvre, à Paris, et à la Bibliothèque du Congrès à Washington, ses pairs font l’objet de rétrospectives dans des musées, mais leurs œuvres n’y sont pas conservées, pas plus qu’elles ne sont attachées à une galerie. Le Vaudois souhaitait depuis longtemps créer une fondation afin de prendre soin de ce patrimoine. «Il est justifié que ces travaux de talents qui se soucient d’ouvrir les enfants aux réalités de la vie bénéficient d’une structure à long terme pour les conserver.»

Le fonds des Maîtres de l’imaginaire a ainsi vu le jour l’an dernier à Lausanne, avec dans le conseil de fondation Jean-Frédéric Jauslin, qui a dirigé l’Office fédéral de la culture, ou Cyril Petitpierre, à la tête de la HEP Vaud. Il regroupe aujourd’hui 26 artistes, mais devrait s’enrichir de nouveaux noms bientôt. Car le but est d’honorer des vivants, mais aussi des disparus de ces cinquante dernières années.

Le fonds comporte pour l’instant des Européens et des Américains, tels Seymour Chwast, André François, Henri Galeron, Alain Le Foll, Georges Lemoine, Éléonore Schmid ou David Wiesner. Dont certains n’ont jamais été exposés en Europe. «J’ai été très surpris que Jerry Pinkney et David Macaulay nous rejoignent, car ils sont très connus aux États-Unis. Pinkney est une star qui représente tout le mouvement afro-américain, mais un seul de ses livres a été publié en Europe», remarque l’instigateur.

On y retrouve aussi des artistes qui ne travaillent pas exclusivement pour la jeunesse, comme la photographe Sarah Moon. «Elle a livré la meilleure interprétation du Chaperon rouge qui existe. Le loup s’y promène dans une Citroën de la Gestapo.»

Première exposition à Strasbourg

Un pas de plus sera franchi le 15 mars, avec l’exposition de 200 œuvres, dans le cadre des Rencontres de l’illustration, à Strasbourg. Les planches y seront rassemblées physiquement pour la première fois, avant de prendre le chemin de la Suisse. Pourquoi un premier accrochage dans la ville française? «J’espère évidemment pouvoir montrer ces œuvres à Lausanne, mais quand j’ai su que Strasbourg allait accueillir une rétrospective sur le travail de mon épouse, il m’a paru intéressant de la compléter avec le fonds des Maîtres de l’imaginaire.» Depuis trente ans, sa femme, Rita Marshall, directrice artistique au sein de la très reconnue Creative Company, a fédéré artistes et auteurs américains et européens dans la confection d’albums pour la jeunesse exigeants et avant-gardistes, dans la forme et dans le propos.

Ces expositions dialogueront étroitement, puisque toutes deux occuperont la Médiathèque André-Malraux à Strasbourg. «Nous sommes actifs dans la médiation de l’image, et la démarche des Maîtres de l’imaginaire est très intéressante car elle correspond exactement, au niveau international, à ce que nous faisons à l’échelle de notre ville», se réjouit Élise Canaple, assistante principale de conservation au Centre de l’illustration strasbourgeois.

Aussi une visée pédagogique

Conserver et exposer: les buts de la fondation ne s’arrêtent pas là. En partenariat avec la HEP Vaud, ces trésors visuels serviront aussi de base pour apprendre à regarder les images autrement. Dans une société saturée, sociologues, artistes ou photographes relèvent l’urgence de fournir des instruments pour les décoder, qu’elles soient artistiques ou publicitaires.

Si l’étude du visuel figure dans le Plan d’étude romand depuis longtemps, Cyril Petitpierre, directeur de la HEP, observe que la question est devenue cruciale avec le déferlement d’images sur Internet, toutes placées au même niveau. «Nous avons donc mis, depuis quelques années, un accent encore plus marqué sur la formation des professeurs à l’analyse de l’image. Même si l’illustration jeunesse n’est pas numérique, elle permet de travailler ces éléments-là, et la fondation nous fournit un matériel précieux.»

Dans le même but, un livre paraîtra au printemps 2019 chez Gallimard pour présenter la collection et la démarche, avec des analyses d’œuvres par des experts en image, des psychologues ou des artistes. Car, rappelle Élise Canaple, «on apprend à lire des images comme on apprend une langue».

Strasbourg, Médiathèque André Malraux «Rita Marshall: dompteuse de lions» «Les maîtres de l’imaginaire» 15 mars au 12 mai www.strasbourgillustration.eu

Créé: 09.03.2018, 07h36

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.