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Philippe Geluck: «Je ne me sens pas toujours fier de moi»

Le satiriste bruxellois ressort les griffes du Chat. Il le craint tout en l’espérant en secret: «Cette fois, il va trop loin.»

De la pédophilie chez les prêtres au mercantilisme du milieu sportif, en passant par l’euthanasie ou l’avortement, Philippe Geluck entend faire tache. La preuve en deux albums d’automne.
De la pédophilie chez les prêtres au mercantilisme du milieu sportif, en passant par l’euthanasie ou l’avortement, Philippe Geluck entend faire tache. La preuve en deux albums d’automne.
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Depuis 25 ans que Philippe Geluck ronronne et griffe, l’homme à la tête du Chat retombe toujours sur ses pattes. «Le chat pète le feu», traditionnel best of, se double du troisième volume de ses dessins irrévérencieux, «Geluck pète les plombs, cette fois il va trop loin». Au fond, c’est bien la moindre des politesses pour qui se veut satiriste de nos jours.

Pourquoi prendre le soin d’expliquer en quoi consiste le deuxième degré?

Disons que je tente une parodie de pédagogie, l’humour expliqué aux imbéciles. C’est l’histoire du grand méchant loup: je dis que je vais te manger mais c’est un jeu.

Devoir se justifier, c’est le comble?

De nos jours, toute pensée, toute image, est par essence suspecte. Décryptée, elle reçoit un tampon. Ou non. Ça nous renvoie aux régimes totalitaires où les blagues circulaient sous le manteau.

Traité de réac, d’opportuniste, vous sentez-vous mal compris?

Je n’ai jamais subi de campagne de diffamation. Mais j’ai vécu dans ma chair de voir mes camarades de Charlie Hebdo payer de leur vie d’avoir cru en cette légende du «tout permis» (ndlr. Attentat du 7 janvier 2015 qui tue notamment Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski). Il y a 40 ans, un petit journal satirique à 30, 40’000 exemplaires pouvait y croire. Visible par la Terre entière, il est menacé de manipulation. Nous ne sommes pas égaux face au deuxième degré. Je ne parle même pas de la religion, clairement incompatible avec tout second degré.

«Rire de tout mais pas avec tout le monde», la formule de Pierre Desproges en devient-elle obsolète?

À cause du gigantisme, de l’immédiateté de la communication, sans doute. Et encore. Dans une salle, face à quelques centaines de personnes, vous pouvez établir un code de confiance. Ainsi, l’autre soir, j’ai balancé des horreurs lors d’un gala de solidarité. Puis la télé, par malchance, a diffusé un court extrait. Hors contexte, c’était insoutenable.

Comment avez-vous réagi?

Je fais avec, sans me lamenter. L’argument «C’est pour dénoncer», c’est si lourdingue. Les fous furieux, les excités de la Toile, j’essaie de les prendre à revers.

Le dessin sur Michael Schumacher ne pourrait-il pas blesser sa famille?

Je ne me sens pas toujours fier de moi. En montrant Michael Schumacher sur son lit d’hôpital balafré de logos, avec la légende «les sponsors gardent espoir», je dénonce un sentiment d’indécence généralisée. Je l’utilise comme une icône paradoxale. Nos sociétés hypergâtées prolongent la vie d’êtres humains là où elles pourraient faire vivre une population miséreuse des semaines. Et pourtant, c’est formidable.

Là, vous simplifiez à outrance. Au fond, jusqu’où aller trop loin?

Mon sentiment, c’est que les lignes se sont rapprochées plutôt que de se distendre. Je refuse de voir mes confrères mourir une deuxième fois en laissant la clarté des Lumières s’obscurcir. Au-delà de mon mauvais goût, de ma violence, je veille à un propos. Même dans le dessin du curé qui rêve d’enfants à double anus après la catastrophe de Tchernobyl.

Visez-vous ce clash si tendance dans les talk-shows désormais?

J’en suis conscient. Là, je dessinais aussi pour Siné Mensuel, plus lâché. Et ça colle à mon esprit grinçant de jadis, pour dire aux bien-pensants que ce n’est pas gagné.

La mort rode mais ce vieux con de Chat n’en ronronne pas moins?

La mort me tourne dans la tête depuis ma jeunesse. Ça s’était calmé avec l’arrivée de mes enfants, c’est revenu depuis que je suis grand-père. Le chrono s’est remis en route. D’où mon envie de Musée du Chat. En attendant, je prépare une gigantesque expo du Chat en 20 bronzes de 2 mètres de haut! Tout ça avant l’age canonique de 70 ans. Le comble, ce serait qu’un jeune politicien fasse voter la loi après avoir vu un de mes dessins où j’encourage à piquer les vieux.

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«Geluck pète les plombs» «Le Chat pète le feu» Philippe Geluck Ed. Casterman, 144 p. et 48 p.

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