Le photographe veveysan Yann Gross dans la jungle d’Arles et d’Amazonie

InterviewLe photographe présente une expo aux Rencontres et sort «Le livre de la jungle», ouvrage au fil du fleuve mythique qui en casse les clichés.

Pour sa série du «Livre de la jungle», le photographe Yann Gross s’est immergé en Amazonie en cherchant à casser les clichés associés à cette région du monde. La publication conjointe à l’expo arlésienne juxtapose aussi des textes à ses images en décalage, qui déjouent les préconceptions.

Pour sa série du «Livre de la jungle», le photographe Yann Gross s’est immergé en Amazonie en cherchant à casser les clichés associés à cette région du monde. La publication conjointe à l’expo arlésienne juxtapose aussi des textes à ses images en décalage, qui déjouent les préconceptions. Image: Yann Gross/LDD

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Il avait déjà attiré l’attention avec Horizonville, images qui présentaient le Valais comme une Amérique fantasmée, ou Kitintale, reportage sur des skateurs ougandais. Aussi ludique qu’engagé, le Veveysan Yann Gross, 34 ans, remet le couvert avec une expo dévolue à son expérience amazonienne aux Rencontres d’Arles – dirigées par un Sam Stourdzé qui l’avait déjà soutenu alors qu’il était à la tête du Musée de l’Elysée. Cette installation géante, faite d’images luminescentes sur des cubes, a été conçue par un bureau lausannois et trône au Magasin Electrique. Interview d’un reporter qui a des idées.

Le déclencheur de ce projet?
En 2008, j’ai effectué une partie de mon service civil au Brésil, dans le cadre d’un programme de reforestation. Au contact des communautés indigènes, j’ai découvert une population qui revendiquait sa culture indigène, mais qui avait aussi adopté des modes de vie brésiliens comme le fitness, le foot, les sorties… Normal. En même temps, ils tenaient un discours sur l’identité perdue, les Blancs qui ont tout défait, la nostalgie du passé et d’une vie simple où ils pouvaient vivre de la pêche.

Cette ambivalence vous a surpris?
Oui. Un soir, il y avait une fête de village, ils sont venus me chercher, moi, leur nouvel ami européen. Chacun projetait son idée préconçue sur l’autre. Je les voyais comme des représentants d’une tradition authentique. Eux me percevaient comme un personnage «classe» sorti d’une série TV. En me voyant avec mes habits de travail – pantalons troués et chaussures de marche –, ils n’ont pas voulu sortir avec moi! Dans cette incompréhension, il y avait une histoire à raconter.

Comment l’avez-vous élaborée?
J’ai repris le trajet de Francisco de Orellana en 1541, parti des Andes, le premier à avoir découvert le fleuve Amazone pour le royaume d’Espagne. Je suis descendu des montagnes pour m’enfoncer au cœur de la forêt et en ressortir jusqu’aux territoires défrichés par les monocultures de soja, de canne à sucre.

A quoi étiez-vous attentif sur place?
Je cherchais des histoires en décalage. J’ai suivi un concours de beauté d’Amazonie où le premier prix consistait en une opération de chirurgie esthétique à Bogotá! J’ai rencontré un groupe de rap indigène qui milite pour la démarcation des terres. En toile de fond, je voulais qu’apparaissent l’histoire de la colonisation, l’exploitation du caoutchouc, de l’or, du pétrole.

Votre travail consiste souvent à déjouer les attentes, non?
Je n’invente rien, je cherche des histoires à l’encontre des stéréotypes que véhiculent les mass media. Quand on vous dit «Valais», vous imaginez plus volontiers des montagnes et du fromage qu’un motard avec une coupe mulet. Pour l’Amazonie, j’ai évité les contrastes de couleurs, les arbres, les animaux.

Justement, ce travail a-t-il modifié votre syntaxe photographique?
Toujours dans l’envie de casser les codes, de surprendre, j’ai poussé mon esthétique un peu plus loin. Il y a beaucoup de choses hors contexte pour déjouer les clichés. Afin d’illustrer le rapport homme-nature, j’ai recouru à des natures mortes. Dans le registre du rêve ou de lectures, j’ai réalisé des mises en scène. J’ai cherché à respecter les sensations éprouvées: je me suis retrouvé plus contemplatif et moins documentaire. J’ai parfois perdu la rationalité de projets précédents, pour devenir plus évocateur et métaphorique.

Comment vivez-vous cette exposition à Arles?
Ce n’est que le début, mais déjà un aboutissement: je n’ai jamais touché autant de gens! Je n’ai pas de stratégie. Mon expo, sur 400 m2 avec l’imposante scénographie du bureau d’architectes lausannois Repaire Fantastique, n’est pas facile à exporter. Arles réalise un bel effort de promotion, sans que je sois connu. Ils n’attendent pas que j’aie 50 ans pour m’ouvrir de l’espace. C’est trop rare. (24 heures)

Créé: 07.07.2016, 21h46

Son livre



«Le Livre de la Jungle -
Histoires contemporaines de l’Amazonie et de ses périphéries»

Yann Gross
Actes Sud, 224 p.

Les Rencontres d'Arles

Arles (France)
Jusqu’au di 25 septembre
Rens.: +33 490 96 76 06
www.rencontres-arles.com

Les monstres de la Maison d’Ailleurs

Le musée yverdonnois a sorti ses plus belles photos de monstres cinématographiques pour les exposer à Arles. A l’invitation du directeur Sam Stourdzé, la Maison d’Ailleurs a puisé 130 clichés comprenant affichettes de films, tirages de presse, etc., dans son fonds de quelque 10 000 images. Des photographies pour la plupart en noir et blanc, ou recolorisées, comme la Méduse. La sélection est agrémentée à Arles de 20 autres images provenant de collections privées.

Dans la Grande halle, l’expo offre deux visages. Celui des monstres de toutes sortes bien sûr. Géants, vampires, morts-vivants, à écailles, mythologiques, extraterrestres… Pour les plus connus, King Kong, Frankenstein, Alien, la mouche, des créatures de «Star Wars» ou Hal 9000, l’ordinateur de «2001, l’odyssée de l’espace».

«Nous nous intéressons à l’origine des formes de ces monstres et à leur signification dans le contexte du XXe siècle», détaille au téléphone Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs. D’autres clichés se concentrent sur l’effet provoqué sur les humains par le monstre, qu’on devine hors champ. Cri d’effroi, fuite, riposte…

«Dans la fiction, celui qu’on montre du doigt est plutôt utilisé pour nous révéler notre propre identité. Le monstre agit comme révélateur photographique. Car il est toujours une façon de parler de l’humain en le transformant. D’ailleurs, sur certains clichés, les humains transfigurés par la peur deviennent eux aussi des monstres», remarque Marc Atallah, qui espère pouvoir présenter aussi cette exposition en Suisse.
Caroline Rieder

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