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Le photographe William Eggleston a plus que quelque chose de Tennessee

Au moment de fêter ses 30 ans, le Musée de l’Elysée présente l’Américain pionnier de la couleur en regard de son travail en noir et blanc

En natif de Memphis, William Eggleston a donné son meilleur en photographiant le sud des Etats-Unis. Il considère ses image comme des "fictions".
En natif de Memphis, William Eggleston a donné son meilleur en photographiant le sud des Etats-Unis. Il considère ses image comme des "fictions".
© William Eggleston Courtesy Wilson Centre for Photography

Pour ouvrir l’année de ses 30 ans, le Musée de l’Elysée ne pouvait rêver meilleure amorce à son anniversaire que cette présentation de l’œuvre iconique de William Eggleston. L’Américain de 75 ans fait partie des pionniers qui ont donné ses lettres de noblesse à la photographie couleur, genre qui a longtemps peiné à pénétrer le cercle de l’art. Même décriée par une partie de la presse qui la jugeait vulgaire, son exposition de 1976 au Musée d’art moderne de New York a fait date.

«Il a inventé un langage photographique», définit Agnès Sire, commissaire de l’expo et directrice de la Fondation Cartier-Bresson, partenaire régulier de l’Elysée et premier hôte de sa sélection. «Eggleston disait: la couleur existe, mais elle n’est pas utilisée», surenchérit Daniel Girardin, conservateur d’une institution lausannoise qui attend l’arrivée de sa nouvelle directrice, Tatyana Franck, en mars.

A Lausanne, des tirages originaux relevant de la technique aujourd’hui obsolète du «Dye-Tranfer», permettent de mesurer sa maîtrise des teintes, chaudes et profondes. Des œuvres plus récentes, réalisées à l’imprimante à jet d’encre, complètent ce panorama qui, comme l’indique l’intitulé, «From Black and White to Color», ne se contente pas de magnifier ses couleurs – admirateur de celles de Hitchcock, il a de son côté influencé celles des cinéastes David Lynch et Xavier Dolan –, mais lève aussi le voile sur ses travaux en noir et blanc.

Le modèle du jeune William Eggleston était Henri Cartier-Bresson, dont il adulait les Images à la sauvette, et ses premières photos trahissent à l’évidence son admiration pour le fameux Français. Il en garde une pratique instinctive de la prise de vue (au contraire de sa méticulosité au labo). Mais ses intérêts ne vont pas tarder à bifurquer dans un tout autre sens.

Le natif de Memphis, Tennessee, se fascine pour son entourage, ce qui l’amène à réaliser des portraits, des paysages ou des détails, des objets. «Il adopte volontiers ce qu’il appelle le point de vue de la mouche et du chien», formule Agnès Sire.

A savoir des prises de vue flottantes, adoptant d’inattendues contre-plongées ou rasant les pâquerettes. La forme est audacieuse, mais s’allie à la beauté de ses compositions et à la somptuosité de ses couleurs. Il devient ainsi «le grand photographe du sud» des Etats-Unis, qualification qui le rend furieux, mais lui rend justice, parfois à son corps défendant puisqu’il lui est arrivé d’être incapable d’exercer son art en dehors de son territoire culturel.

Du coca-cola à voir

Eggleston ne se préoccupe pas des aspects documentaires. Il considère ses images comme des «fictions», n’hésitant pas à déclarer: «Je pense que mes photographies sont les éléments du roman que je suis en train de faire.» Une épopée qui a plus que quelque chose de Tennessee… Son attrait incident pour des produits de grande consommation, comme bouteilles de Coca-Cola ou briques de lait, a conduit certains critiques à lui trouver une parenté avec le pop art, mouvement qui lui est contemporain.

Mais, même si Eggleston a fréquenté la Factory de Warhol, il n’est pas sûr que cette piste soit la bonne, le photographe arrivant à des destinations similaires mais en empruntant d’autres chemins, comme sa fascination pour la vie quotidienne, les situations banales, inopinées. Dans le film By the Ways, actuellement projeté au Zinéma, à Lausanne, le photographe n’est pas disert sur cette influence supposée et renvoie Rau­schenberg hors de son horizon.

Musicien accompli, William Eggleston se passionne pour Bach. Le blues, la pop l’indiffèrent. Elvis ne l’obsède pas, même s’il a donné sa version de Graceland. Seule exception à son dédain: Bob Dylan. On croit comprendre pourquoi.

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