Photographies du désordre ambiant

Culture et SociétéLe Musée de la Croix-Rouge, à Genève, accueille «Disorder», thème du sixième Prix Pictet.

Retenus pour avoir saisi le chaos du monde, les finalistes du Prix Pictet voient leurs œuvres sagement accrochés aux cimaises du MICR. Ici, la série

Retenus pour avoir saisi le chaos du monde, les finalistes du Prix Pictet voient leurs œuvres sagement accrochés aux cimaises du MICR. Ici, la série "Le monde se noie", du Sud-Africain Gideon Mendel, explore les effets du réchauffement climatique. Image: Georges Cabrera

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Créé en 2008 par la banque genevoise du même nom, le Prix Pictet s’expose pour la première fois au bercail. Il était temps! Devenu en six éditions l’une des récompenses majeures en matière de photographie, il s’attache tous les dix-huit mois à une thématique en lien avec le développement durable – à savoir, cette année, le «désordre».

De par ses préoccupations analogues, le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR) apparaît tout désigné pour accueillir l’escale lémanique de l’exposition itinérante Disorder. Après le vernissage à Paris, une halte à Rome, et avant la tournée prochaine qui zigzaguera de Zurich à Bruxelles, puis de Barcelone à San Diego.

«A mesure que les jours passent, notre illusion d’ordre se désintègre», a déclaré Kofi Annan, président d’honneur du Prix Pictet, en remettant, le 12 novembre dernier à Paris, le chèque de 100 000 francs suisses à la lauréate du concours 2015, Valérie Belin. Auparavant, douze finalistes avaient été retenus parmi les sept cents photographes sélectionnés à travers la planète. Ce sont les séries de ces finalistes que nous invite à découvrir le MICR.

Pour illustrer une notion aussi vaste que celle de désordre, le jury indépendant du Prix Pictet, composé de neuf conservateurs, journalistes ou photographes, s’ouvre à un large éventail de traitements. De l’approche documentaire sur le terrain à la composition artistique en studio.

Mais voyons plutôt sur pièce, en arpentant le très élégant espace des expositions temporaires, au sous-sol du MICR. Voici l’Ukrainien Maxim Dondyuk qui capte les affrontements de l’hiver 2013-14 à Kiev, lors des manifestations pro-Union européennes: dans le ciel nocturne et les embrasements de la rue se reflètent les couleurs du drapeau national.

Autres exemples de photojournalisme, un peu plus loin, là où le Sud-Africain Brent Stirton épingle les atteintes à la faune sauvage dans une réserve congolaise; ou là où la Britannique Alixandra Fazzina suit la route périlleuse d’émigrants somaliens vers un golfe d’Aden qu’ils espèrent édénique.

Au bout opposé du spectre, voilà notamment Matthew Brandt, qui n’utilise la photo que comme étape passagère dans son processus artistique. L’obsession de ce trentenaire américain? La disparition des colonies d’abeilles, sans qui l’humanité courrait à sa perte. Ou Yang Yongliang, qui conçoit un paysage montagneux inspiré de la tradition picturale chinoise, mais qu’on découvre dans le détail entièrement constitué de gratte-ciel, de grues, de pylônes, bref de fragments urbains. Ou même la lauréate du Prix, la Française Valérie Belin, qui conçoit des natures mortes avec des objets jetables en plastiques qui, eux, paradoxalement, ne meurent pas.

L’eau qui monte

A mi-chemin entre ces extrêmes se démarque le travail du Sud-Africain Gideon Mendel. Pour son projet au long cours Le monde se noie, le photoreporter s’est rendu sur des lieux d’inondation dans tous les continents. Sur place, il réalise le portrait d’individus chez eux, debout dans une eau qui menace très différemment selon qu’on se trouve en Angleterre, en Haïti ou aux Philippines. A observer la succession de ses clichés, on s’aperçoit qu’au fil des images, le niveau de l’eau s’élève…

«Nous croyons avoir plié la planète à notre volonté. Cependant, la fragilité de cette présomption se révèle à chaque épidémie, tremblement de terre, raz-de-marée ou sécheresse», a ajouté Kofi Annan lors de la remise du Prix Pictet à Paris. Que le désordre puisse correspondre à un état naturel, semble suggérer l’ancien secrétaire général de l’ONU, est une chose. Que l’homme soit la cause première des chaos actuels en est une autre, que dénoncent en chœur les photographes réunis par l’exposition Disorder.


Genève, Musée international de la Croix-Rouge jusqu’au 8 mai. Rens. 022 748 95 01. www.redcrossmuseum.ch (24 heures)

Créé: 06.03.2016, 13h10

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