Les plans d’Olivier Christinat, «voyeur bienveillant»

PhotographieLe photographe lausannois publie le livre «Nouveaux souvenirs», somme de ses dernières recherches, aussi exposées à Cully. Rencontre

Dans la mosaïque mouvante des foules, Olivier Christinat agglutine les abstractions floues comme autant d’hommages à l’anonymat mais préserve presque toujours une échappée sur un visage enfin net, portant avec clarté la fascination de son regard photographique. Une illumination, presque une rédemption, dans un flux social indifférencié.

Dans la mosaïque mouvante des foules, Olivier Christinat agglutine les abstractions floues comme autant d’hommages à l’anonymat mais préserve presque toujours une échappée sur un visage enfin net, portant avec clarté la fascination de son regard photographique. Une illumination, presque une rédemption, dans un flux social indifférencié. Image: OLIVIER CHRISTINAT

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«Je ne peux pas le nier, je suis un voyeur. Depuis les paparazzis et la mort de Lady Di, c’est très mal perçu… J’assume, mais pas la malveillance qu’on lui associe: j’essaie d’être un voyeur bienveillant.» Au moment de dévoiler une recherche photographique qui l’a occupé près de dix ans, Olivier Christinat joue cartes sur table.

Avec son exposition «Nouveaux souvenirs» à la Galerie Davel 14 de Cully, mais surtout avec le livre du même nom aux Editions Art & Fiction – et ses quelque 250 images –, le photographe lausannois dévoile un corpus complexe, traversé par l’utilisation constante de téléobjectifs qui écrasent les perspectives et par l’application de ses recadrages.

A première vue, les thèmes abordés sont nombreux – paysages, vues urbaines, foules, portraits. Pourtant, dans presque tous ses clichés se laisse percevoir la position de celui qui épie la réalité dans un fantasme d’invisibilité, cultivant ainsi les situations d’observateur privilégié – les surplombs, l’éloignement que permettent les longues focales.

Car ce voleur d’images ne cherche pas à dérober quelque secret scabreux. «J’évite la sphère intime.» Il cherche plutôt à capturer des «moments anodins», mais transfigurés par une soudaine disposition d’éléments (souvent la confrontation de l’humain et de la ville) et par l’inconscience de ses modèles, non seulement d’être observés, mais aussi à eux-mêmes.

Il y a une quête d’abandon, doublée d’une tension liée à la distance, dans le regard d’Olivier Christinat. «Dans la rue, regarder quelqu’un droit dans les yeux crée une gêne. La photographie le permet.» Une pratique encore facilitée par le fait qu’un grand nombre de ses photographies ont été prises en Asie, particulièrement au Japon, où «l’appareil n’est pas mal interprété, contrairement à la France, où les réactions sont parfois dures».

Dans les lieux de passage, au milieu de la foule (mais à l’abri par la distance), le photographe se fait parfois le témoin d’une société où se côtoient les indifférences, où la déshumanisation semble guetter. «Mais, dans ce flot infini d’anonymats, il y a toujours un visage à retenir.» Si l’instinct du chasseur anime Olivier Christinat, ce n’est parfois qu’après coup qu’il circonscrit la fascination de ses prises de vue, découpant une partie périphérique de ses images au moment du recadrage.

Les ramifications de ses différentes obsessions – et leur jonction – apparaissent avec insistance dans son livre, aux séquences formant parfois une sorte de narration. Ses visions éthérées ou assombries des villes et des montagnes semblent ainsi évoquer, en guise de conclusion provisoire, des univers paradoxalement proches dans leur négation de l’homme.

Maniant ainsi le chaud (de la pulsion scopique) et le froid (de la distanciation), Olivier Christinat se révèle dans des doubles mouvements féconds. Le titre de son ouvrage, Nouveaux souvenirs, relève lui aussi d’une belle ambivalence. Au sens le plus littéral, il indique une collection de «traces de mémoire» inédites. Plus subtilement, il suggère aussi que la démultiplication des images génère de nouvelles manières de se souvenir. «Je rêvais parfois de photographies qui s’oublieraient presque instantanément.»

Créé: 12.06.2017, 10h52

Une expo et un livre

Cully, Galerie Davel 14
Jusqu’au je 6 juillet (ma-sa 15 h-18 h)
Rens.: 021 799 33 37
www.davel14.ch

www.olivierchristinat.com

Nouveaux souvenirs
Olivier Christinat
Ed. Art & Fiction, 288 p.

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